Biographie Vital Kamerhe Lwa Kanyiginyi Nkingi

Antoine Gizenga

Vital Kamerhe Lwa Kanyiginyi Nkingi, né le 4 mars 1959 à Bukavu, est un économiste et homme politique de la République démocratique du Congo. Il a notamment été président de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo.



Ancien secrétaire général du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) il devient le directeur de campagne du président Joseph Kabila lors des élections de 2006, avant de tomber en disgrâce en 2009. En décembre 2010, Vital Kamerhe lance son propre parti politique, l'Union pour la nation congolaise (UNC) et se porte candidat à l'élection présidentielle du 28 novembre 2011. Il remporte 7,74 % des suffrages et sa campagne est occultée par le duel entre le président sortant Joseph Kabila et son opposant Étienne Tshisekedi de l'Union pour la démocratie et le progrès social(UDPS).



Vital Kamerhe a occupé divers postes dans plusieurs cabinets ministériels, dont ceux de Léon Kengo, Mushobekwa Kalimba wa Katana et du général Denis Kalume Numbi. Il fut nommé commissaire général adjoint du gouvernement (AFDL) chargé des relations avec la MONUC. Plus tard il devint titulaire en tant que commissaire général du gouvernement chargé du suivi du processus de paix dans la région des Grands Lacs. Il a occupé ce poste jusqu’à sa nomination comme ministre de la Presse et de l’Information dans le gouvernement de transition en 2003.



Vital Kamerhe est une personnalité marquante et controversée de la période débutant avec la deuxième guerre du Congo, en 1998, et des divers processus de « paix » subséquents ayant établi durablement une guerre de prédation à faible intensité à l'Est du Congo. Le résultat aura été la guerre la plus meurtrière depuis la deuxième guerre mondiale avec plus de 6 millions de victimes.



Vital Kamerhe est le fils de Constantin Kamerhe Kanyiginyi et d’Alphonsine Nemberwa Mwankingi. Ils sont d’origine shi de Walungu dans la province du Sud-Kivu. Vital Kamerhe est né à Bukavu le 4 mars 1959 dans la province du Kivu.



Vital Kamerhe est marié à Mamick Boji, fille d'un ancien dignitaire de Bukavu. Le couple a huit enfants. Vital kamerhe est actuellement en couple avec Amida l'ex épouse du musicien JB Mpiana et de l'homme d'affaires Didi Kinuani.

Vital Kamerhe est un polyglotte qui maîtrise globalement les quatre langues nationales du Congo : le kikongo, le lingala, le swahili et le tshiluba en plus de certaines langues étrangères.

Il commence ses études primaires à Bukavu puis à Goma dans la province du Kivu. Il les poursuit au Kasaï-Oriental à Ngandajika où il finira son école primaire. De 1973 à1975 il fréquente l'Institut Sadisana (ancien collège Saint-François-Xavier) à Kikwit Sacré-Cœur, dans la province du Bandundu. Il est alors en troisième et quatrième scientifique, option Mathématiques-Physique. L'année suivante, la famille déménage à nouveau à Kananga (province du Kasaï-Occidental) pour une année avant de retourner au Kasaï- Oriental cette fois-ci à Mbuji-Mayi. Là, il obtient son diplôme d’État (diplôme de fin d'études secondaires) en 1980 à l'Institut Mulemba.

En 1980, il s'inscrit à l'université de Kinshasa. Il obtient un diplôme de licence en Sciences économiques en 1987. De 1987 à 1995, il est assistant chargé des cours à la faculté des Sciences économiques à l'Université de Kinshasa, sous la supervision du professeur Nyembo. Après 10 ans comme assistant, il fait ses premiers pas en politique à l’Union pour la démocratie et le progrès social en 1984.

Kamerhe affirme avoir fait ses premiers pas politiques dans l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Plusieurs sources affirment qu'il a milité avant dans le Front des jeunes mobutistes (FROJEMO) comme « informateur » pendant ses études au campus de Kinshasa. Cette version est corroborée par Vital Kamerhe lui-même. Lors d'une interview le 10 mai 2014, pour la première fois, il remonte son activisme politique à 1981 alors qu'il était à l'université en deuxième année du premier cycle ("graduat") mais se défend de l'avoir été sous la bannière du Mouvement populaire de la Révolution. En 1987, il évoque sa rencontre avec le maréchal Mobutu à Nsele, rencontre initiée par la Service d’action et de renseignements militaire, alors qu'en 1983 il rejoint les jeunes partisans de l'UDPS d'Étienne Tshisekedi.

À la fin de ses études, Vital Kamerhe rejoint les sphères mobutistes d'abord comme coordonnateur de la Cellule d’études de planification de l’Enseignement supérieur et universitaire de 1988 à 1989, puis comme conseiller économique et financier au Ministère des Mines et Énergie de 1989 à 1990. Le 24 avril 1990 marque la fin de la deuxième République. Vital Kamerhe se maintient dans le camp au pouvoir.

De 1991 à 1992, quatre premiers ministres se succèdent au gouvernement zaïrois. Vital Kamerhe occupe quelques postes de manière plus ou moins éphémère selon la rapidité de succession des premiers ministres. Durant cette période, d'après les propres dires de Kamerhe il abandonne son postnom (Lwa Kanyiginyi Nkingi) « pour des raisons médiatiques ». Il devient conseiller au ministère des Mines sous le gouvernement de Jean Nguza Karl-I-Bond en 1992. Toujours en 1992 il devient conseiller financier au ministère des Postes, Téléphones et Télécommunication, tout en assumant la fonction de directeur des études de la Chambre de commerce franco-zaïroise.

De 1990 à 1995, il assure la fonction de président de la Jeunesse de l'Union sacrée de l'opposition radicale et alliés (JUSORAL) Pendant cette période, il occupe plusieurs fonctions dans divers cabinets ministériels à un rythme aussi accéléré que lors des successions de gouvernements éphémères de 1991. En 1993 il est directeur du cabinet du ministère de l’Environnement, Tourisme et Conservation de la Nature (le Zaïre a eu deux gouvernements en 1993 : celui de Faustin Birindwa, par l'ordonnance présidentielle du 2 avril 1993, et le gouvernement Tshisekedi remanié par le décret ministériel du 9 avril 1993). En 1994 il devient coordonnateur du Cabinet du Premier ministre Kengo Wa Dondo, dans le septième gouvernement de la transition de Mobutu (ordonnance du 6 juillet 1994). Enfin de 1994 à 1995 il est directeur de cabinet au ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire Mushobekwa Kalimba wa Katana au gouvernement remanié de Kengo wa Dondo.

Lorsque la première guerre du Congo se termine en 1997, Laurent-Désiré Kabila arrive au pouvoir soutenu par son parti, l'Alliance de forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL). Le régime est flanqué alliés rwandais et ougandais portés à bout des bras par les Anglo-saxons et le Royaume de Belgique. En 1997, Vital Kamerhe passe de l’opposition à Mobutu à l'adhésion au régime de l'AFDL.

En 1997, le président Laurent-Désiré Kabila confie au général Denis Kalume Numbi la tâche de mettre en place le « Service national ». Cette structure paramilitaire rassemble des militaires et des civils, avec pour objectif la production agricole, la formation des jeunes aux métiers et une formation militaire de base. Vital Kamerhe est nommé directeur administratif et financier dans son cabinet.

Au déclenchement de la deuxième guerre du Congo en août 1998, Vital Kamerhe fait connaissance de Joseph Kabila, lors de la défense de l'aéroport de Kinshasa. Depuis le 2 août, débarquée sur la côte atlantique, une coalition internationale tutsie (Rwanda, Ouganda, Burundi, Érythrée), sponsorisée par les États-Unis et ses alliés occidentaux, maquillée en « rébellion » du Rassemblement congolais pour la démocratie tentait de capturer l'aéroport international de Kinshasa.

Peu après, au cours de la conférence de Victoria Falls au Zimbabwe, Laurent-Désiré Kabila remarque Vital Kamerhe. Il fait partie de la délégation du gouvernement lors des négociations pour l'Accord de cessez-le-feu de Lusaka en juillet 1999 alors qu'il est directeur de cabinet adjoint au ministère de la Reconstruction. De retour au pays, au moment de la conclusion de l’accord de siège entre la RDC et l’Onu pour la mise sur pied de la Mission de l'Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo (Monuc ) au début de l'année 2000, Vital Kamerhe devient le commissaire général adjoint au Commissariat général du gouvernement chargé des affaires de la Monuc pour les questions politiques, logistiques et Finances (2000-2002). Il est l'adjoint du professeur Ntwaremba Onfre (Bandundu), aux côtés de Vangu Mambweni ma Busana(Bas-Congo). Une lutte de leadership au sein de l'équipe dessert l'organisation et annihile l’action de cette structure qui avait pour mission de gérer les relations entre le gouvernement et la Monuc.

Laurent-Désiré Kabila est assassiné janvier 2001 et Joseph Kabila accède à la présidence de la République. Le nouveau président amorce alors des démarches pour lancer des négociations avec les adversaires du Congo : le « Dialogue intercongolais ». Vital Kamerhe est nommé commissaire général du Gouvernement chargé du Suivi du Processus de Paix dans la Région des Grands-Lacs. Il occupe ainsi un poste stratégique en cette époque précise pendant que la deuxième guerre du Congo,un conflit régional qui a un certain moment a impliqué jusqu'à sept armées africaines s'enlise dans une guerre à faible intensité, centrée à l'est de la République. Elle n'en sera pas moins meurtrière, au fait elle deviendra la plus meurtrière depuis la deuxième guerre mondiale, le nombre de victimes dépassant les six millions.

Au terme du Dialogue intercongolais, Vital Kamerhe demande un nouveau poste. Il est nommé ministre de la Presse et de l'Information de la Transition de 2003 à 2004.

Le 31 mars 2002 à Kinshasa est fondé le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD). Le premier juillet 2004 le Secrétariat général du PPRD est confié à Vital Kamerhe avec comme objectif de lancer la campagne de Kabila pour les élections de 2006. Le vendredi 10 mars 2006, le lendemain de la promulgation de la loi électorale, Vital Kamerhe présente au public un livre, Pourquoi j’ai choisi Joseph Kabila, dans lequel il fait l'apologie de Kabila. Devant le peu de succès que récolte la campagne en faveur de Joseph Kabila dans toute la moitié ouest du pays, Vital Kamerhe mise sur son arrière-pays, au Kivu et la partie swahiliphone de la RDC. Il y installe également sa propre base comme candidat député dans cette partie du pays très affectée par les guerres et invasions rwandaises. À l'issue des élections, Vital Kamerhe est élu député de la circonscription de Bukavu au Sud- Kivu avec une écrasante majorité.

En décembre 2006, il est élu président de l’Assemblée nationale du Congo-Kinshasa. Le 11 mai 2007, Léon Kengo Wa Dondo (né Léon Lubicz) se présente comme candidat indépendant au poste du président du sénat. Il bat, contre toute attente Léonard She Okitundu, candidat de l'AMP, la coalition majoritaire au pouvoir.

Après cette manœuvre, seul le gouvernement cédé à Antoine Gizenga du Parti lumumbiste unifié (Palu) lors de la formation de la coalition dirigeante échappe au clan d'ascendance rwandaise. Par contre ce gouvernement officiel est fortement affaibli par la mise en place, autour de la présidence, d'un gouvernement « parallèle », avec des ministres ayant un pouvoir décisionnel plus élevé que ceux du Gouvernement officiel.

Une opération armée conjointe rwando-congolaise au Nord-Kivu contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) était prévue entre le 20 janvier et le 27 février 2009. Cette opération secrète du nom de code Umoja Wetu (en) (notre unité) était négociée par le président congolais Joseph Kabila et son homologue rwandais, Paul Kagame tous deux étant issus de l'armée patriotique Rwandaise, le groupe rebelle tutsi qui envahit le Rwanda de 1990 à 1994 à partir de l'Ouganda (phénomène des militaires sans frontières).

Vital Kamerhe déclara publiquement son opposition et critiqua le fait qu’une entrée au Congo de l’ex-armée ennemie n’ait pas été discutée au Parlement. Le président Kabila a souligné qu'il en avait néanmoins averti Kamerhe et considérait cette sortie publique comme déloyale et très délicate politiquement. Sous l'instigation de l'entourage de Joseph Kabila, le 24 février 2009, le vice-président de l'Assemblée nationale Christophe Lutundula et le questeur adjointe Brigitte Kalama présentent leur démission au bureau du secrétariat de l'Assemblée nationale. Acculé, Vital Kamerhe démissionne le 26 mars 2009.

La question de la nationalité congolaise de Vital Kamerhe revient avec insistance. • Il affirme détenir un diplôme qui reprend son prénom Vital, obtenu à l'époque de la zairianisation pendant laquelle seuls les étrangers pouvaient s'inscrire à l'université avec un prénom d'origine européenne. • D'aucuns affirment que la nationalité « rwandaise » est bien inscrite sur son diplôme, ce qui justifierait ainsi la présence de son prénom sur ce document. Elle lui aurait donné en plus droit à une bourse de la CEPGL (communauté économique des Pays des Grands Lacs), décernée par le gouvernement zaïrois de l'époque aux ressortissants du Rwanda et du Burundi. • De nombreuses personnes indépendantes l'ayant côtoyé pendant sa scolarité affirment l'avoir connu porteur du postnom "Rwakanyasigize", un nom qui n'a rien de la tribu shi dont l'homme se réclame aujourd'hui, ce qui serait par ailleurs conforme au système patrilinéaire adopté par les communautés de la contrée. Kamerhe a essuyé maintes questions lourdes d'insinuations. Il y a répondu sans toujours persuader.

Un câble diplomatique de William Garvelink (en), - ancien ambassadeur des États-Unis à Kinshasa - décrit à sa hiérarchie la lutte de pouvoir qui a eu lieu entre le président Joseph Kabila Kabange et Vital Kamerhe. Dans ce câble secret daté du 2 mars 2009 et révélé par Wikileaks, le diplomate américain livre un portrait nuancé de Vital Kamerhe : « Sa réputation de leader modernisateur, démocrate et honnête ne correspond peut-être pas tout à fait à la réalité... Ses détracteurs l’ont même accusé (accusations que nous ne pouvons corroborer), d'attiser - pour des fins politiques - la flamme du conflit dans les provinces du Nord et Sud-Kivu(…) dans le but d’affaiblir Kabila. Selon une source, il aurait même acheminé de l'argent au général renégat Laurent Nkundabatware dans son effort de déstabilisation de Kabila. Que ces allégations soient vraies ou non, tous les diplomates occidentaux avec qui nous avons parlé s'accordent sur le constat que Kamerhe recourt fréquemment au mensonge pour s'assurer un gain politique. [...] Nos informateurs nous rapportent que son ambition aveugle de devenir un jour président a compromis son jugement... Il est soupçonné d'avoir bloqué des enquêtes sur les allégations de détournement de sommes considérables lors de sa présidence à l'Assemblée nationale ».

Le 18 avril 2009, Évariste Boshab succède à Vital Kamerhe à la présidence de l'Assemblée nationale. Le 14 décembre 2010, Vital Kamerhe démissionne du PPRD et de l'Assemblée nationale et présente au public son nouveau parti : l’Union pour la nation congolaise(UNC). Deux jours plus tard, il retourne vers sa base électorale au Kivu. Pour l'occasion, Vital Kamerhe déclare : « Je suis venu dire à la population de Goma que j’ai menti en 2006 ». En dehors de son fief, une bonne partie de l'opinion publique et de l'opposition politique congolaise en général continuent de le percevoir comme un « faire-valoir » pour le président Kabila, en attendant son tour en 2016. Visiblement réfractaire à l'ouverture de l'espace économique du Congo à la Chine, Kamerhe préconise une nouvelle formule du commerce triangulaire sur l'Atlantique.

Le 5 avril 2011, Vital Kamerhe publie ses réflexions aux éditions Larcier. Dans un message destiné à l'Occident, l'économiste plaide que la RDC à un rôle stratégique à jouer. À l'issue du congrès de son parti tenu à Kinshasa, il est investi comme candidat à l'élection la présidentielle de 28 novembre 2011. En outre 447 candidats de l'UNC briguent les 500 sièges au parlement pour les élections législatives. Le nouveau mode de scrutin pour la présidentielle ne comportant cependant qu'un seul tour, Vital Kamerhe prône l'union de l'opposition contre Joseph Kabila, sans pour autant annoncer son désistement. Le président de l'UDPS, Étienne Tshisekedi, refuse aussi de céder sa place.

La campagne électorale de 2011 est entièrement dominée par le duo Joseph Kabila, le président sortant d'un côté, et Étienne Tshisekedi de l'autre côté, occultant les autres candidats. Malgré cela, ni le mobutiste Léon Kengo, président du Sénat, ni Vital Kamerhe n'ont souhaité se ranger sous la bannière de Tshisekedi.

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