Après des années d’échecs: Les kabilistes rêvent de conserver le pouvoir

Article publié le 10 Janvier 2017

minaku

Président de l’Assemblée nationale, le PPRD Aubin Minaku est également secrétaire général de la "majorité présidentielle" (MP). C’est en cette dernière qualité qu’il a annoncé, lundi 9 janvier, dans un hôtel kinois, la mise sur pied de la «centrale électorale» de la mouvance kabiliste. Il s’agit en fait d’une sorte de "QG" de campagne. Minaku feint d’ignorer que «Joseph Kabila» se trouve à la tête du Congo-Kinshasa depuis 16 ans. Et que le PPRD gouverne et administre l’ex-Zaïre depuis plus de onze ans. Quel en est le bilan ? En France, le président François Hollande, dont le premier quinquennat expire en mai prochain, a renoncé de briguer un second mandat. Tous les sondages le présentent comme le Président le plus impopulaire de la Cinquième république française. En cause, des promesses non-tenues. En dépit d’un bilan qualifié unanimement de calamiteux (mauvaise gouvernance, corruption, blanchiment, violations des droits et libertés, arrestations et détentions arbitraires, exécutions extrajudiciaires, insécurité, pillages etc.), "Joseph Kabila" et ses zélateurs sont convaincus que le pouvoir d’Etat leur revient. Utopie ?



«Dès à présent, il est impérieux que la Majorité présidentielle se mette en ordre de bataille de manière à rafler toute la mise, de la base au sommet, et elle le fera ». C’est la déclaration, empreinte de candeur autant que d’irréalisme, faite, lundi 9 janvier, par le secrétaire général de la MP, Aubin Minaku, devant les militants du PPRD et ceux des partis et associations alliés au parti kabiliste.



Pour atteindre cet objectif, a-t-il dit, la MP doit «se préparer» sur le plan politique, organisationnel, financier, matériel et psychologique. Et de rappeler que cette nouvelle «structure autonome» - dont l’initiative émane de «Joseph Kabila» - a pour mission de «coordonner les stratégies de communication de masses et de planification en vue de la victoire aux prochains scrutins ». La mouvance kabiliste entend faire appel à des « experts aussi bien nationaux qu’internationaux ».



Ceux qui espéraient connaître le nom du candidat de la "Kabilie" à la prochaine élection présidentielle ont dû déchanter. Minaku est resté vague en bredouillant que «ce n’est ni le moment ni le contexte». L’exemple vient sans doute d’en haut.



Dans son message de vœux de fin d’année 2016, « Joseph Kabila » qui est frappé d’inéligibilité – après l’expiration de son second et dernier mandat le 19 décembre 2016 -, a tenu des propos pour le moins ambiguës sur son avenir politique. «En effet, seul notre peuple, dans sa souveraineté devra demeurer la source du pouvoir dans notre pays, par la voie des urnes, conformément aux prescrits pertinents de la Constitution ». Pour les observateurs, l’homme n’a pas encore dit son dernier mot.


Quid du bilan ?

Revenons à Minaku. Concluant son adresse, celui-ci a rappelé que « la Majorité présidentielle est une structure bien organisée, disposant indubitablement du meilleur projet de société (...) tel que porté par son autorité morale, Joseph Kabila, et comme par le passé, elle alignera des candidats à tous les niveaux, de la base au sommet ».

Juriste de formation, Aubin Minaku ressemble à la grande majorité des membres de « l’intelligentsia congolaise » qui évoluent dans les structures du pouvoir. Une intelligentsia déconnectée des réalités par son incapacité à écouter les aspirations de la masse.

Il est surprenant d’entendre « Aubin » vanter non pas le bilan mais plutôt le « projet de société » de la MP. C’est à croire que cette coalition politique se lançait à la conquête du pouvoir pour la première fois.

Avant d’aller battre campagne, «Joseph Kabila» qui va commémorer, le 26 janvier prochain, le 16 ème anniversaire de sa présence à la tête de l’Etat est tenu à l’obligation de rendre compte. «Accountability», disent les Anglo-Saxons. Il doit dire ce qui reste de toutes ces promesses inconséquentes qu’il a faites depuis 2001 à ce jour. A savoir : les Cinq chantiers et la Révolution de la modernité.


Les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD)

« Joseph Kabila » a accédé à la tête de l’Etat congolais, le 26 janvier 2001, soit dix jours après la mort non-élucidée du président Laurent-Désiré Kabila.

Trois mois auparavant, l’Assemblée générale des Nations Unies lançait les «Objectifs du Millénaire pour le développement» (OMD). Ces objectifs sont au nombre de huit dont : réduction de l’extrême pauvreté, assurer l’éducation primaire pour tous, assurer un environnement durable, combattre le VIH/Sida et le paludisme, réduire la mortalité des enfants de moins de cinq ans, améliorer la santé maternelle.

Quel est le secteur qui a connu une certaine embellie au cours des dix dernières années durant lesquelles « Kabila » a exercé un pouvoir solitaire, sans contradicteur?

Pour ne citer que le secteur de l’« éducation primaire pour tous », 18 millions d’adultes congolais ne savaient ni lire ni écrire à la fin de 2015. Cette information a été donnée le 29 janvier 2016 par Jean-Jacques Tshimbalanga, coordonnateur de la Coalition nationale de l’éducation pour tous (CONEPT). Ceux qui ont la possibilité de suivre les émissions de la télévision nationale congolaise (RTNC) à l’étranger, sont souvent surpris par le temps que ce média d’Etat consacre chaque soir aux communiqués nécrologiques. Au Congo-Kinshasa, on meurt pour des maladies curables ailleurs. Le VIH/sida et le paludisme sont devenus des véritables fléaux. Les pompes funèbres et les cimetières sont devenus des activités florissantes.


Les « Cinq chantiers »

En 2006, les Congolais avaient donné un «chèque en blanc» au président-candidat «Joseph Kabila». Celui-ci n’a été «élu» sur la base d’un programme. Ce n’est que vers le mois de novembre de la même année que l’homme a lancé les fameux «Cinq chantiers».

Dans une interview arrangée avec « Le Soir » de Bruxelles daté du 16 novembre 2006, il dit : " J’ai identifié cinq chantiers urgents : d’abord, les infrastructures (routes, rail, port), il faut que les régions soient reliées les unes aux autres, que les gens puissent circuler. Ensuite, la création d’emplois qui passe par les investissements. Troisième chantier : l’éducation. Quatrième chantier : l’eau et l’électricité. Il y a le chantier de la santé".

Que reste-t-il de toutes ces promesses qui n’ont été que des slogans creux? Dix années après, l’état des routes est toujours chaotique aux quatre coins du pays. Certes, les boulevards du 30 juin et Lumumba ont été « réhabilités » à Kinshasa. Il en est de même de quelques rares routes principales dans certaines villes. Il s’agit, en fait, de l’enfumage.

Le taux de chômage explose littéralement. A titre d’exemple, la ville de Kinshasa qui abrite plus de dix millions d’âmes compte moins de 200.000 emplois salariés. Le gouvernement traîne les pieds pour payer la dette intérieure. Une action qui aurait pu « booster » les petites et moyennes entreprises. Enfin, l’eau et l’électricité sont devenues des denrées de luxe. La situation décrite ci-haut n’a pas empêché « Joseph Kabila » à « rechuter » dans ses promesses inconséquentes.


« La Révolution de la modernité »

Lors de son investiture le 20 décembre 2011, «Joseph Kabila» sort de son chapeau, tel un prestidigitateur, un nouveau «projet de société » qui s’intitule : «La Révolution de la Modernité». Ledit projet « vise à faire de la République Démocratique du Congo, un pool d’intelligence et de savoir-faire, un vivier de la nouvelle citoyenneté et de la classe moyenne, un grenier agricole, une puissance énergétique et environnementale, une terre de paix et de mieux-être, une puissance régionale au cœur de l’Afrique, l’objectif ultime étant l’émergence de notre pays », expliquait-il.

Quinze années après l’accession de « Joseph Kabila » au pouvoir, une seule "performance" est à mettre à son actif : sa fratrie est devenue immensément riche. Le Congo-Kinshasa est devenu une sorte d’empire de la corruption et de l’argent sale. A preuve, le boom immobilier perceptible à Kinshasa, à Lubumbashi et à Goma. Le pays est victime d’une razzia.

Les Congolais sont fatigués de l’incurie ambiante. Les prochaines consultations politiques constituent, pour ce peuple humilié, l’occasion de dire "Basta!" à une imposture qui dure depuis seize ans. Les kabilistes ne pourraient que mordre la poussière dans une concurrence électorale pacifique...

B.A.W Congoindépendant

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