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Le rapport sur l’histoire coloniale suscite des échanges «combatifs» entre PS/Ecolo et MR.

 Du côté francophone, Ecolos et socialistes se sont opposés au porte-parole du MR, le député Piedboeuf, sur des questions de fond.

D’après le député Ecolo Guilllaume Defossé, les échanges au sein de la commission consacrée à l’examen du rapport sur le passé colonial ont été « combatifs ». Du côté francophone en effet, Ecolos et socialistes se sont opposés au porte-parole du MR, le député Piedboeuf, sur des questions de fond : le libéral estime que les « regrets » exprimés par le Roi Philippe lors de son voyage au Congo sont suffisants et que l’on ne peut juger le passé à l’aune du présent. Venant de prendre connaissance d’une suggestion du député Christian Lacroix (PS) qui propose la mise sur pied d’une Fondation, M.Piedboeuf écarte d’emblée toute suggestion de réparation.

Considérant les deux années de travaux parlementaires, l’audition de plus de 300 témoins, Guillaume Defossé estime cependant que « les points de vue n’ont guère évolué, et cela alors que, nécessairement, il faudra aboutir à un compromis ». Pour lui, des excuses en bonne et due forme représentent un minimum incontournable, car c’est le « système colonial » lui-même qui doit être mis en cause dans ses composantes essentielles, c’est-à-dire Léopold II le Roi fondateur, l’Etat, les entreprises, les Eglises. Pour lui, comme pour les socialistes, ce « système » est à l’origine du racisme et des discriminations en tout genre dont souffrent aujourd’hui encore les « Afrodescendants » vivant dans notre pays. Aux yeux d’Ecolo « se contenter de dénoncer les dérives et les abus du système colonial sans dénoncer la construction elle-même, c’est comme rappeler que, dans une famille victime de violences conjugales, le père serait tout de même celui qui ramène de l’argent dans le ménage. Comme si, même dans le pire des cas, il y aurait des côtés positifs, des circonstances atténuantes ! » Le député Ecolo récuse tout cela, assurant que chaque individu, chaque institution doit répondre de ses actes.

Au vu de l’intervention du député Piedboeuf, il apparaît que le nécessaire « compromis à la belge » n’est pas encore en vue. Cependant, d’après les Ecolos, « un échec susciterait une grande perte de confiance de la société civile ».

Des portes ouvertes

Benoit Piedboeuf ouvre cependant des portes : il reconnaît la nécessité du travail de mémoire, déplore les lacunes dans l’enseignement de l’histoire, estime que nos livres scolaires doivent être plus étoffés en la matière, mais il insiste « nous ne devons pas être torturés ou masochistes par rapport à notre passé (…) nous devons écarter une rhétorique sermonneuse et moralisatrice. » Pour lui, il ne peut donc y avoir d’excuses rétrospectives et il se dit résolument hostile au déboulonnage des statues ou des symboles, « il faut préférer contextualisation et explications car, en bien ou en mal, les événements du passé demeurent des éléments importants de notre identité. »

Face aux « historiens du dimanche » qui organisent des promenades « décoloniales » et assurent que la Belgique serait à l’origine de 10 ou 12 millions de morts dans son ancienne colonie (!), il entend opposer la réalité des faits, établie par des « historiens professionnels ». Le libéral met aussi en garde contre la « racialisation » de notre société et il ne croit pas en l’efficacité de mesures dites de discrimination positive qui viserait à donner un coup de pouce à telle ou telle frange de la population, car il s’agirait, selon lui, « d’une politique communautariste, en contradiction avec la pluralité de notre société et le principe d’égalité. »

Au-delà des excuses inspirées par le passé, le député libéral avance les impératifs du présent, le devoir de rester attentifs à la vie politique de nos anciennes colonies, à leurs difficultés et leurs besoins, qu’il s’agisse d’aide humanitaire ou d’assistance à des processus électoraux.

Puisque l’histoire divise, qu’il ne reste plus que quinze jours avant la clôture des débats et qu’en Afrique les besoins sont immenses et urgents, on ne peut que souhaiter qu’au-delà d’un passé qui ne passera jamais, ce soit le présent qui réconcilie les membres de la commission et les détermine à agir en faveur des nouvelles générations…

Le Soir