DOSSIER MINEMBWE : LE FCC EN PASSE DE SACRIFIER RUBERWA ?

Azarias ruberwa

La question de Minembwe, au-delà d’une installation controversée d’un bourgmestre, suscite des interrogatives et préoccupations légitimes qui appellent des réponses sans équivoques. La paix et la cohabitation pacifiques des communautés locales en dépendent », lâche Néhémie Mwilanya.

L’option vient enfin d’être levée. Azarias Ruberwa Manywa, le ministre d’Etat en charge de Décentralisation et Réformes institutionnelles, sera bel et bien interpelé à l’Assemblée nationale. Ainsi en ont décidé les députés nationaux, réunis en plénière hier jeudi 15 octobre, pour examiner l’opportunité d’interpeller ce membre du Gouvernement, mis en cause dans l’affaire Minembwe.

Conformément à la Constitution, le patron de la Décentralisation et Réformes institutionnelles sera invité à l’Hémicycle endéans huit jours pour s’expliquer devant la représentation nationale à propos de l’interpellation initiée par le député Muhindo Nzangi. Elu de Beni, au Nord-Kivu, ce député de Lamuka reproche à Azarias Ruberwa Manywa d’avoir procédé, de manière cavalière, à l’installation de Minembwe en commune rurale, dans la province du Sud-Kivu.

Au regard du Règlement intérieur de la chambre basse du Parlement, le député Muhindo a la possibilité de transformer son interpellation en une motion de défiance, s’il n’est pas satisfait par les réponses du membre du gouvernement interpellé. En d’autres termes, l’élu de Beni pourrait, par la motion de défiance, préparer le lit à l’éviction d’Azarias Ruberwa du Gouvernement central s’il ne se montre pas convaincant. D’autant qu’après ses explications et le débat qui s’en suivra, les élus du peuple seront tenus de passer au vote pour maintenir ou éjecter le ministre accusé.

LA DEFECTION DE RUBERWA RECLAMEE

On s’attend, dès lors, à un débat houleux sur l’affaire Minembwe qui continue à faire couler beaucoup d’encre et de salives au sein de l’opinion. D’ores et déjà, des langues se délient dans les rangs de l’opposition et des mouvements citoyens pour exiger la démission du ministre d’Etat en charge de la Décentralisation et Réformes institutionnelles. Pire, son limogeage du Gouvernement.

Accusé à tort ou à raison d’avoir violé les règles en rapport avec l’installation de Minembwe en commune rurale, Azarias Ruberwa suscite la grogne dans nombre de communautés autochtones du Sud-Kivu, qui l’accusent de baliser la voie à l’expropriation de leurs terres au profit des Banyamulenge, ces immigrés d’origine rwandaise, naturalisés congolais.

ET SI LE FCC LACHAIT RUBERWA ?

Même dans sa propre famille politique, le ministre d’Etat en charge de la Décentralisation et des Réformes institutionnelles n’est pas épargné. Originaire du Sud-Kivu, député honoraire d’Uvira et haut cadre du Front Commun pour le Congo (FCC), Justin Bitakwira est monté récemment sur ses grands chevaux pour charger Azarias Ruberwa à propos du  »complot » sur Minembwe.

Intervenant dans les médias, un autre haut cadre du FCC est revenu à la charge en affirmant qu »’Azarias Ruberwa était le choix de Félix Tshisekedi, qui avait l’opportunité de se prononcer sur les trois ministrables proposés par la famille politique de Joseph Kabila pour le fauteuil de la Décentralisation et Réformes institutionnelles ».

Coordonnateur national du FCC, Me Néhémie Mwilanya s’est, lui, montré plus prudent, mais explicite à travers sa réflexion, balancée hier sur son compte twitter, aussitôt après l’approbation de l’interpellation d’Azarias Ruberwa. « La question de Minembwe, au-delà d’une installation controversée d’un bourgmestre, suscite des interrogatives et préoccupations légitimes qui appellent des réponses sans équivoques. La paix et la cohabitation pacifiques des communautés locales en dépendent », a-t-il lâché.

Ce pavé du coordonnateur du FCC, très influent dans la majorité et surtout au sein de l’Assemblée nationale, laisse perplexe. Surtout que l’épineux dossier Minembwe le concerne directement en tant que fils du terroir et élu de Fizi.

LA REPLIQUE DU MINISTRE D’ETAT

Vilipendé à outrance, le ministre d’Etat Ruberwa a dû rétorquer au cours d’une sortie médiatique au début de la semaine. Le numéro un de la Décentralisation et Réformes institutionnelles a d’office rejeté en bloc toutes les accusations portées contre lui.

Se dédouanant, il a soutenu que le bourgmestre de Minembwe est en fonction depuis deux ans, sans poser le moindre problème. Il ne restait plus qu’à l’installer comme les autres bourgmestres du pays, a-t-il martelé. Aux dires d’Azarias Ruberwa, la passion suscitée par la question de Minembwe est plutôt dictée par son appartenance à la communauté Banyamulenge.

LES ENJEUX POLITIQUES DE MINEMBWE

Au regard des tensions soulevées par cette question de Minembwe, le passage d’Azarias Ruberwa, qui occupe le ministère de la Décentralisation et des Réformes institutionnelles depuis la conclusion de l’Accord de l’Union africaine, dénommé « Accord Tshatshi », n’aura pas été une simple promenade de santé.

Selon certaines indiscrétions, quelques ténors de l’Opposition continuent à se demander pourquoi le patron du Rassemblement congolais pour la Démocratie (RCD/Goma) se positionnait toujours, lors des négociations politiques, pour occuper ce ministère.

Déterminé à conserver l’électorat de l’est de la RDC, dont une bonne frange semble être séduite par le discours anti balkanisation développé par l’opposant Martin Fayulu, après la tentative avortée d’installer Minembwe en commune rurale, le Front Commun pour le Congo serait de plus en plus tenté de sacrifier Azarias Ruberwa, ce ministre issu de ses entrailles. 

Eric WEMBA/Forum des As

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