kagame_macron

Alors que les relations franco-rwandaises restent hypothéquées par des questions mémorielles autour du génocide, Bpifrance est en relation avec le nouveau centre financier mis en place par le gouvernement de Paul Kagame, le Kigali International Financial Centre.

Soucieux, comme son prédécesseur Nicolas Sarkozy, de se rapprocher du Rwanda et de solder l’héritage de François Mitterrand, Emmanuel Macron a vu ce projet compliqué par le retrait, le 13 novembre 2020, d’une des membres de la commission mise en place en avril 2019 pour examiner les archives portant sur l’implication française au Rwanda entre 1990 et 1994. L’historienne en question, Julie d’Andurain, ancienne employée du ministère de la défense, a été accusée de parti pris. La France, qui n’a plus d’ambassadeur accrédité à Kigali depuis 2015, y est représentée par un chargé d’affaires depuis 2019, Jérémie Blin.

Malgré cet incident, un rapprochement est bien en marche entre Paris et Kigali, mais plutôt dans le domaine financier. La banque publique d’investissement française, Bpifrance, a signé un accord en octobre avec Rwanda Finance, l’organisme rwandais chargé de développer le nouveau centre financier international de Kigali, le Kigali International Financial Centre (KIFC). Contactée par Africa Intelligence, Bpifrance souligne qu’elle agit distinctement des discussions autour du rôle historique de la France au Rwanda et que son but est de développer les opportunités économiques entre les deux pays.

Bpifrance prend langue avec les acteurs locaux

Son lancement, initialement prévu en novembre 2020, a été repoussé à décembre voire janvier 2021. Au conseil d’administration de Rwanda Finance, dont les décisions ont été rendues publiques le 12 novembre 2020, le gouvernement de Paul Kagame a choisi plusieurs personnalités de la finance tels que l’ex-patron du Crédit suisse, le Franco-Ivoirien Tidjane Thiam , mais aussi des familiers des administrations rwandaises, comme la cheffe de la stratégie de son organisme de promotion économique, le Rwanda Development Board (RDB), Louise Kanyonga.

Fin 2019 déjà, Bpifrance avait monté sa première mission dans le pays. Son équipe y était restée huit jours, accompagnée par l’ambassade. Elle avait rencontré des fonds d’innovation, des acteurs publics et étudié des projets d’entrepreneuriat. La banque française espère faire de Rwanda Finance, qui est rattaché au ministère des finances, sa porte d’entrée pour rayonner sur le continent. Elle souhaite ainsi renforcer son réseau de partenaires au Rwanda. Bpifrance travaille par exemple à mettre en relation son grand partenaire, le fonds AfricInvest, avec des sociétés d’investissement au Rwanda. 

A Kigali, Bpifrance travaille aussi avec les autres bras financiers de la diplomatie française, et notamment avec l’Agence française de développement (AFD). Cette dernière avait déjà signé des accords de financements avec le Rwanda  pour la lutte contre le Covid-19. Bpifrance a également inclus dans ses discussions l’organisation chargée de promouvoir le centre financier de Paris, Paris Europlace, dirigée par Augustin de Romanet.

Aspirations européennes 

Parmi les acteurs financiers rwandais, la première banque du pays, Bank of Kigali pourrait être un des interlocuteurs privilégiés de Bpifrance. L’établissement est détenu pour un peu plus de la moitié par le gouvernement rwandais, via le Rwanda Social Security Board, et le fonds souverain Agaciro Development Fund.

La France n’est pas la seule à être séduite par les perspectives d’un centre financier rwandais : l’agence de développement britannique, le CDC Group, a également signé un accord le KIFC en juin dernier. Le projet rwandais cristallise les espoirs des financiers africains : il permettrait d’avoir une place financière idéalement située en Afrique, contrairement aux centres financiers européens souvent utilisés et à Maurice, isolée du reste du continent. Cette dernière, tout comme le bourgeonnant centre financier de Casablanca, subit par ailleurs les foudres de l’Union européenne. Or, le Rwanda mise sur la structuration de fonds plutôt que sur des attraits fiscaux, et se trouve déjà béni par les institutions européennes. Les investisseurs et organismes financiers sont enfin rassurés par le climat politique du Rwanda et son administration, qu’ils estiment stables et efficaces. La croissance économique du pays les attire également.

Kagame fédère les grandes fiduciaires africaines autour de son centre offshore 

Le Kigali International Financial Centre attire des cabinets d’avocats et des fiduciaires actifs en Afrique, qui y ont ouvert des antennes.

Les fiduciaires et cabinet d’avocats commencent à se presser au nouveau centre financier de la capitale rwandaise, le Kigali International Financial Centre (KIFC), tant voulu par le président Paul Kagame, qui doit ouvrir ses portes début 2021. Ont désormais confirmé leur présence au KIFC le grand cabinet ENSafrica, qui fait partie des « Big Five » africains, ses concurrents le belge Liedekerke et le suisse DLA Piper via Equity Juris Chambers. Parmi les fiduciaires et gestionnaires s’alignent Stenham, Britam Asset Managers et Ocorian. JurisTax avait déjà annoncé sa présence au KIFC en septembre 2020.

Gestionnaires et conseillers déjà implantés

Kigali veut devenir la nouvelle porte d’entrée pour les investissements en Afrique. La capitale rwandaise s’impose donc comme une rude concurrence pour Maurice. L’île de l’océan Indien s’efforce toujours de sortir de la liste noire sur le blanchiment de l’Union européenne, qui la pénalise grandement.

Parmi les fiduciaires et cabinets qui s’attroupent au centre de Kigali, plusieurs sont déjà actives au Rwanda : c’est le cas d’ENSafrica, Equity Juris Chambers, Liedkerke et Britam. Le géant ENSafrica y bénéficie déjà du réseau de son directeur rwandais, Désiré Kamanzi. Ce dernier est l’ancien conseiller juridique de l’agence de promotion du Rwanda à l’étranger, la Rwanda Investment and Export Promotion Agency (Riepa).

Nouveau centre, mêmes pratiques

Ocorian et Stenham en revanche n’ont pas encore de branche rwandaise. Le premier rayonne en Afrique de l’Est à travers ses bureaux kenyan et mauricien, tandis que le second, outre ses bureaux britanniques, est présent à Maurice et en Afrique du Sud.

Si Kigali souhaite se distancier de la mauvaise réputation en matière d’optimisation fiscale de son concurrent mauricien, ses nouveaux acteurs ont parfois été englués dans des enquêtes pour fraude, néanmoins. En 2018, les autorités sud-africaines s’étaient penchées sur les montages fiscaux réalisés par ENSafrica pour le pétrolier Tullow Oil.

Le centre financier de Kigali compte sur sa direction pour polir son image, et notamment sur le banquier ivoirien Tidjane Thiam, recruté en novembre 2020 comme président de l’agence publique derrière le KIFC, Rwanda Finance. Bien que déchu de la direction de la grande banque Crédit suisse en février 2020, Thiam jouit toujours d’un réseau considérable. Il souhaite actuellement lever 250 millions de dollars, avec l’aide du géant JPMorgan, afin de lancer un nouveau véhicule de financement épaulé par des fonds souverains.

Africa Intelligence

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.