Bonsoir, nous sommes le 24/05/2019 et il est 19 h 50.






Introduction générale

 

 

Objet du travail

 

Ce travail de fin d’étude a pour objet la communication de la Commission Electorale Nationale Indépendante, en sigle CENI. En tant qu’institution chargée d’organiser les élections générales pour le pays, elle se doit de communiquer pour informer les différents acteurs et les populations tout au long du processus électoral.

Constatation des faits

 

La République Démocratique du Congo est un Etat post-conflit. Le conflit qui l’a déchiré a éclaté aux lendemains de la chute du Maréchal Mobutu. Les nouvelles autorités politiques rassemblées au sein de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) étaient aux prises avec une série de rébellions armées ; l’une issue de ses propres rangs, l’autre ayant vu le jour presque au même moment et comprenant en son sein beaucoup d’anciens dignitaires du régime du Président Mobutu.

La contestation qui a conduit à la reprise de l’affrontement armé reposait sur une accusation de manque de démocratie du nouveau régime de l’AFDL et partant d’un manque de légitimité des nouvelles autorités. La guerre déclenchée n’a pu déterminer le vainqueur. Pour cela, les protagonistes étaient appelés à dialoguer pour sortir de la crise. Point n’est besoin ici de retracer les péripéties de ce dialogue qui a eu lieu en plusieurs capitales de l’univers anglo-saxon (Lusaka, Naïrobi, Gaborone,

Pretoria) de la partie australe de l’Afrique.                                       

En dernier lieu, un Accord Global et Inclusif a finalement pu être signé qui prévoyait l’organisation des élections afin de résorber une fois pour toutes la question de la légitimité des dirigeants.

Après une transition conduite par une formule de direction jamais expérimentée nulle part au monde, c’est-à-dire un Président et quatre VicePrésidents, les premières élections ont été organisées en 2006. Ces premières élections ont débuté par le référendum constitutionnel lequel devrait doter le pays d’une nouvelle constitution. Organisées en deux tours, elles permirent aux alliances politiques de se nouer et aboutirent à la victoire de Joseph Kabila qui devait diriger le pays pour un mandat de cinq ans. La loi constitutionnelle avait prévue que l’issue des élections conduiraient à la réinsertion des miliciens Rwandais, Ougandais, qui ont combattus avec M’Sée KABILA, dans l’armée nationale FARDC (Force Armée de la République Démocratique du Congo) y compris l’armée de jean pierre Bemba. Cependant, cette réinsertion sera contesté par Jean pierre Bemba le leader du parti Mouvement de Libération du Congo MLC en sigle au point de faire un affrontement militaire entre l’armé nationales et les militaires de jean pierre Bemba pendant trois jour en déstabilisant complètement la ville de Kinshasa.  

 L’organisation de ces premières élections fut confiée à la Commission Electorale Indépendante, CEI en sigle. Ces premières élections se voulaient libres, transparentes, crédibles et démocratiques. Au terme du mandat confié au vainqueur, il fallait retourner aux urnes. Le retour aux urnes devait être organisé par la même institution mais celle-ci devrait fonctionner sans son président qui était  contesté  par une bonne partie de la classe politique. Le changement intervenu à la tête de l’institution a entraîné également un changement de sa dénomination. De la Commission Electorale Indépendante (CEI), elle devenait la Commission Nationale Electorale Indépendante (CENI).

Quelle que soit l’institution organisatrice des élections, un travail de pédagogie électorale devrait être accompli qui inculquerait aux congolais quelques bribes de civisme électoral.  

Dans ce mémoire, nous avons choisi de nous pencher sur la communication de la CENI dont la signature institutionnelle était « Pour des élections libres, crédibles et apaisées. » Si ce slogan était facilement repérable sur les autocollants et affiches plaqués un peu partout, nous observons que la signature institutionnelle n’est pas la même que celle qui se trouve au fronton du bureau de la CENI : « Pour des élections transparentes, crédibles et apaisées ». 

De ce fait, nous pouvons tout réunir en une seule signature institutionnelle « Pour des élections libres, transparentes, crédibles et apaisées. » 

Cette signature institutionnelle contient en réalité l’essentiel de la promesse de la communication de l’instance émettrice, en l’occurrence la Commission Nationale Electorale Indépendante. Nous focaliserons  notre attention sur cette communication politique, publique et pédagogique à la fois, telle qu’elle s’est déployée Avant, pendant et après les élections.  

Revue de la littérature

 

Les élections démocratiques sont vécues comme une nouveauté pour le peuple congolais qui a longtemps vécu sous une dictature. Alors que sous d’autres cieux, un phénomène ou un fait d’actualité mérite bien qu’on s’y penche, chez nous, il n’est abordé qu’en retard ou même pas du tout. C’est ainsi que, en l’état actuel de nos connaissances, nous n’avons retrouvé qu’un seul travail antérieur abordant la problématique de la contribution des outils multimédias dans la gestion de l’information destinée aux électeurs dans une institution chargée d’organiser les élections[1]

          

De la sorte, et ce, à la suite de ce premier travail, ce mémoire  fait office de travail exploratoire, c’est-à-dire un « travail qui consiste à observer un phénomène pour lequel il n’y a pas eu, ou très peu, de recherches ou d’études antérieures en RDC. »[2]

L’auteur du travail retrouvé est parti du questionnement selon lequel : « Quel rôle peut jouer le multimédia dans la gestion de l’information destinée aux électeurs durant le processus référendaire et électoral en RDC ? »

A cette interrogation, il a répondu en émettant l’hypothèse que « La CEI a, tout au long de l’évolution du processus électoral, mis en place des structures qui ont usé des techniques de production de l’information en y intégrant effectivement les outils multimédia pour une gestion efficace des informations destinées aux électeurs en RDC. Néanmoins, ce recours aux nouvelles technologies n’a pas empêché que des dysfonctionnements et des insuffisances se fassent sentir tant au niveau des structures que de l’application de ces techniques. » 

Problématique      

 

Du fait donc que la communication de l’organe chargé d’organiser les élections au Congo n’a été abordée que par un travail, l’option de l’exploration se justifie pour le nôtre. De la sorte, en prenant en compte toute la communication de la CENI, nous pouvons organiser notre travail autour de la question de recherche générale de la sorte: pour quelles raisons   en dépit de la communication développée en vue d’obtenir des élections libres, transparentes, crédibles et apaisées, les résultats ont été sujets à controverses ?

          

Quant à la question spécifique, elle tourne autour du type de communication développée par la CENI. Plus simplement, il s’agit de se poser la question de savoir quel type de communication la CENI a-t-elle développé tout au long du processus électoral qui devait déboucher sur des élections libres, crédibles et apaisées ?   

Hypothèse

 

La promesse des élections libres, transparentes, crédibles et apaisées n’a pas pu se réaliser du fait d’insuffisances d’évaluations impliquant la désorganisation des élections ainsi qu’une communication politique et publique déficitaire. 

Méthode et techniques 

 

Cette étude s’inscrit dans la logique descriptive telle que la conçoit le sociologue canadien Jacques Hamel.[3] Il s’agit ici de pouvoir décrire, comprendre et expliquer par une interprétation assez rigoureuse le phénomène sous étude. Décrire consistera à « choisir les dimensions de la forme correspondant à des données originairement informes.»[4]  

 

Plus clairement, la description devra se comprendre comme l’effort de mettre au premier plan des éléments empiriques de la forme en s’efforçant de les faire paraître comme distincts.

Quant à la compréhension, elle est le second mode de présentation de la forme. Les éléments distingués sont rapportés à un jeu de transformation. Puis on explique. L’explication consiste à repérer un phénomène comme totalité et de dissocier ses parties, c’est-à-dire décrire ; établir le jeu de relations et des contraintes qui associent celles-ci, c’est-àdire comprendre et enfin insérer ce jeu (décrire et comprendre) dans un système plus vaste dont dépendent sa stabilité et sa genèse. 

La technique à laquelle nous avons eu recours reste la technique documentaire à partir de laquelle nous avons eu accès à toute la littérature en relation avec notre sujet.

Intérêt du travail

 

L’intérêt de ce travail réside dans l’examen de la communication d’une institution publique chargée d’organiser les élections. 

L’enjeu électoral devenu, avec la démocratisation progressive du pays, un rendez-vous quinquennal du peuple avec son propre destin, la communication de cette institution devrait porter en elle des valeurs républicaines de liberté, de transparence, de crédibilité, d’impartialité afin d’assurer une vraie légitimité aux autorités qui en seraient issues.

Délimitation du sujet 

 

Un travail scientifique est toujours limité dans le temps et l’espace. Ainsi, du point de vue temporel, nous considérons la communication de la CENI depuis la nomination des membres par l’ordonnance n° 11/012 du 3 février 2011 jusqu’à la proclamation des résultats des législatives (28 janvier 2012).

Quant au volet spatial, nous consacrons tout ce travail à la communication émise depuis le siège national de la CENI basé à Kinshasa, la capitale du pays.

Division du travail

 

Cette dissertation comporte trois chapitres. Dans le premier, nous esquissons le cadre conceptuel et théorique du travail. 

          

Il s’agit ici de circonscrire les notions de communication, d’élections, de communication électorale, de liberté, de crédibilité et de paix. Pour que ces notions se laissent saisir, il faut les replacer à l’intérieur d’un cadre théorique : la communication publique et la communication politique.

Au deuxième chapitre, nous abordons le contexte d’émergence de la CENI : il s’agit de retracer brièvement toutes les péripéties qui ont conduit à la mise sur pied de cet organe technique chargé d’organiser les élections.

Le dernier chapitre examine la communication politique et publique de la CENI à travers sa signature institutionnelle (Pour des élections libres, crédibles, transparentes et apaisées) laquelle fonctionne comme une promesse faite au peuple congolais. De la sorte, cet examen permet d’expliquer et de comprendre les raisons de tous les dérapages observés et de proposer les pistes pour ne plus retomber dans les mêmes travers en 2016.   

          

Chapitre I

Cadre conceptuel et théorique

 Dans ce premier chapitre, nous nous efforçons de circonscrire la portée de notions clés qui seront les plus utilisées tout au long de ce travail en même temps qu’il sera fait mention du cadre théorique dans lequel ces concepts prennent tout leur sens, à savoir la communication publique, politique et pédagogique. 

Section 1 : Du cadre conceptuel

 

           Le concept structure pratiquement tout travail scientifique : « plus on recourt à des abstractions et plus on est en mesure de saisir des réalités concrètes ; inversement, sans effort significatif de théorisation, de formalisation, de conceptualisation, on est voué à errer dans le flou d’éléments épars, avec la certitude de se méprendre sur la nature et la signification des phénomènes étudiés… La mise en intelligibilité des données empiriques suppose toujours le recours à des abstractions structurantes. »[5] 

Cette mise en garde traduit combien il est important pour une recherche de s’appuyer sur des concepts bien maîtrisés et clairement circonscrits.

  

I.1.1. Elections

 

L’histoire des élections a vraiment partie liée avec celle de la démocratie.  

Les élections sont un mode par lequel les citoyens choisissent leurs représentants ou encore le mode par lequel les gouvernés choisissent les gouvernants ou les détenteurs du pouvoir. Par le fait de désigner ses représentants, le peuple hypothèque en quelque sorte sa souveraineté. Cette cession de souveraineté s’inscrit dans une sorte de dilemme pour le peuple. « Le système représentatif peut, dans un cas, être appréhendé comme un simple artifice technique résultant d’une contrainte purement matérielle (organiser le pouvoir dans une société de grande dimension). »[6] 

De là est née une vive polémique entre les tenants du système représentatif et ceux qui ne l’appréciaient pas. Jean-Jacques Rousseau est l’un des farouches adversaires du système représentatif. Il estimait que la souveraineté ne saurait être représentée pour la même raison qu’elle ne peut être aliénée. En partant de la double signification du mot « représentation » qui désigne à la fois le fait de représenter et les représentants du peuple, les élus, on s’aperçoit que « la souveraineté consiste dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point. »[7] Et du même coup naissait un autre problème autrement plus compliqué, celui de la vraie nature de la souveraineté du peuple. Celle-ci oscillait entre la souveraineté-principe où la passivité du peuple est de mise et la souveraineté-exercice où le peuple exerce véritablement le pouvoir. 

Mais de manière relativement globale, la querelle paraît assez délicate à trancher tant le fonctionnement démocratique semble donner  raison aux uns et aux autres. Tout dépend des contextes dans lesquels se trouvent les populations ; lesquels peuvent exiger que le peuple soit passif ou qu’il s’efforce d’exercer réellement son pouvoir. Un régime tyrannique ne peut que ravaler le peuple au rang de souverain passif et donc sa souveraineté n’existe qu’en principe. 

I.1.2. Caractéristiques d’une bonne élection

 

On ne peut parler véritablement d’élection que lorsqu’il faut choisir  entre plusieurs candidats. Pour que la désignation des candidats à un poste politique ne puisse souffrir de la querelle de légitimité, une bonne élection doit obéir à un certain nombre de caractéristiques dont la liberté, la  crédibilité, la transparence et la paix.

Une élection est libre lorsque le candidat va élire le candidat de son choix sans subir des pressions de la part de qui que ce soit. Par le vote libre, l’électeur montre qu’il est souverain.

Une élection est crédible lorsque son verdict ne souffre d’aucune contestation. Chacun se reconnaît dans le candidat vainqueur, même s’il ne l’a pas élu. Autrement dit, l’électeur doit parvenir à faire le saut qualitatif entre un candidat et un mandataire politique. On est candidat pendant toute la durée de la campagne et on fonctionne ainsi avec la logique de son parti. Une fois, les élections proclamées, on redevient membre de la communauté des citoyens ; on est alors appelé à transcender les querelles idéologiques pour travailler comme un seul homme au développement de son pays. 

Est jugée transparente toute élection dont le processus n’a rien d’opaque. Déjà la première garantie de transparence reste le caractère clair (transparent) de l’urne. Puis, pour que cette transparence ait vraiment lieu, il faudrait que les témoins des candidats soient présents à toutes les étapes du scrutin, surtout à celle du dépouillement dont les résultats (procès-verbaux) seront signés par tous les principaux témoins et agents commis à la supervision de l’élection dans un bureau de vote quelconque.

Enfin, une élection est dite apaisée lorsqu’elle ne connaît aucun incident violent de nature à contrarier l’esprit démocratique et républicain du vote. Tout ceci doit être conforme à la loi électorale qui doit être portée à la connaissance de tous en vertu de la maxime « Nul n’est censé ignorer la loi. »

                         

I.1.2.2. Typologie des élections

 

Les élections peuvent être catégorisées de deux manières. Il y a l’élection au suffrage universel direct et l’élection au suffrage indirect. On  parle de suffrage universel, lorsque chaque citoyen remplissant les conditions imposées par la loi a une voix au vote. Et le système de suffrage indirect est celui par lequel ce sont les représentants élus qui élisent à leur tour. Ceci est souvent constaté, dans certaines démocraties, lors de l’élection présidentielle, celle du premier ministre ou encore celle des sénateurs.

Toutefois, si le suffrage peut se diviser en direct et indirect, le scrutin lui, se divise en deux également : le scrutin proportionnel et le scrutin majoritaire. 

a) Le scrutin proportionnel

 

Le scrutin proportionnel garantit à n’importe quel parti des chances non nulles d’avoir au moins un élu, en raison de la diversité des opinions dans le corps des citoyens. Mais il se trouve que « la pluralité des partis rend improbable et purement contingente l’émergence d’un parti majoritaire à chaque scrutin. »[8] La conséquence logique qui découle de cette absence de majorité est l’émergence d’un régime de cabinet, plus connu chez nous sous l’appellation de « gouvernement d’union nationale » dont les tractations en vue de la formation, après les élections échappent entièrement au contrôle des citoyens.

 

Le scrutin proportionnel comporte également un autre danger ; celui de favoriser la multiplicité des partis. On en arrive à la situation où certains partis relativement puissants financièrement parviennent à créer des partis satellites ou alimentaires juste dans le but de disperser les voix mais surtout de les rassembler au final en vue de se constituer une majorité.

b) Le scrutin majoritaire

 

Ce type de scrutin est d’application heureuse dans un contexte de bipolarisation politique. En d’autres termes, il fonctionne bien quand on a deux grands partis politiques. A deux, la compétition devient plus serrée et elle « incite à ratisser large, en ouvrant l’éventail idéologique, car il faut avoir une voix de plus que les autres ; comme chacun fait le même calcul, le calcul commun conduit à l’émergence de deux partis seulement, car un tiers n’a aucune chance. Chacun des deux partis est, en conséquence, une coalition d’opinions diverses, ce qui les oblige à proposer un programme mixte et modéré. »[9]

L’avantage que présente ce type de cohabitation politique est que le parti qui est au pouvoir, en cas de crise, perd le pouvoir au profit de son opposition. Et l’alternance devient moins difficile tant il est connu à l’avance que si ce n’est l’un, c’est donc l’autre.

Autre avantage du scrutin majoritaire, il amplifie la majorité. On entend souvent dire que tel parti ou telle coalition gouvernementale a remporté les élections avec une majorité écrasante, relative ou absolue. Mais il arrive parfois, mais c’est souvent rare pour être signalé, qu’un parti remporte tous les sièges. En régime parlementaire, la majorité permet à un gouvernement de disposer des arguments solides pour gouverner.

          

Toutefois, la bipolarisation de la vie politique risque d’avoir comme conséquence une sorte de lassitude des électeurs qui choisissent plus l’abstention que le vote pour un camp contre un autre. La démobilisation des électeurs débouche souvent sur une défection du citoyen. Cette démobilisation doublée d’une incapacité pour l’un ou l’autre parti à disposer de la majorité contraint les hommes politiques à s’entendre dans le partage des dépouilles du pouvoir ; situation fréquente  quand on parle en termes de gouvernement d’union nationale ou de salut public. 

I.1.2.3. Objectifs des élections

 

Dans tout Etat qui se veut vraiment démocratique, les gouvernants doivent vraiment jouir d’une légitimité, c’est-à-dire se prévaloir du mandat qui leur a été confié par le peuple ; dans le dut d’éviter  un gouvernement contre la volonté du peuple ; un gouvernement par défi.

De la sorte, toute élection est organisée dans l’intérêt de résoudre une fois pour toutes la question de la légitimité. En démocratie, l'élection libre et disputée constitue la source principale, mais non exclusive, de légitimité. La légitimité se manifeste ensuite pour l'élu par la reconnaissance de sa capacité à parler et agir au nom de l'ensemble des électeurs de la collectivité qu'il représente. Or parler et agir, c'est communiquer. On comprend par-là pourquoi l'élection est une condition nécessaire mais non suffisante de légitimité. L'élection ne suffit pas à rendre légitime un nouvel élu, encore faut-il qu'il parle et agisse de manière telle que ses électeurs soient après coup convaincus d'avoir eu raison de voter pour lui. La communication assure une sorte de confirmation quotidienne de la légitimité du pouvoir. 

       

Par ailleurs, est légitime tout pouvoir accepté a posteriori, reconnu comme valide par la plupart de ceux sur lesquels il s'exerce, quels que soient par ailleurs les motifs de cette reconnaissance. En ce sens, est légitime "ce qui est tenu pour tel par le système de valeurs établi dans la société considérée" selon les mots de Max Weber. En démocratie, l'élection libre et disputée constitue la source principale, mais non exclusive, de légitimité. 

I.1.3. Communication électorale

 

La communication électorale demeure l’une des provinces pauvres de la communication en ce sens qu’elle n’est traitée qu’en relation avec un support : la télévision, la presse, la radio ou Internet. De la sorte, il nous faut conceptualiser en tenant compte de l’observation empirique. Par moments, on peut même la confondre avec l’élection elle-même du fait que l’élection et la communication électorale constituent un processus qui mobilise divers acteurs et même des supports divers.

 

La communication électorale est, sans doute, l'une des premières formes de la publicité politique : il s'agit de l'ensemble des stratégies et des représentations qui visent à faire élire un acteur politique : à décider le peuple à déléguer le pouvoir à un acteur particulier, à choisir au sein d'une  concurrence. C'est la nécessité d'avoir à désigner les mandataires investis du pouvoir, et d'avoir à les choisir au milieu de tout un peuple de citoyens qui a conduit, et cela dès l'Antiquité, à l'apparition d'une activité politique spécifique. 

 

Cette activité consiste, d'abord, dans une rhétorique de représentation des candidats et des acteurs politiques. C'est l'identité politique des candidats, à partir du moment où leurs engagements font l'objet d'une confrontation des uns aux autres dans l'espace de la communication, qui est donnée à voir et à comprendre dans les stratégies de la communication électorale.  

Le débat politique est investi par les représentations singulières des acteurs, et, par conséquent, il s'agit d'une véritable individualisation de la confrontation des acteurs et des stratégies.

 

Les discours des candidats et les programmes des acteurs collectifs qu'ils représentent constituent la propagande électorale des partis.

En effet, la communication électorale s'inscrit dans une rhétorique reconnue par l'ensemble des candidats et des acteurs politiques, qui, à ce titre, organise l'élection comme une institution, mais cette activité rhétorique met en scène un imaginaire des candidats, puisqu'ils l'énoncent avant qu'ils n'assument l'exercice effectif de leur pouvoir.

On peut, dans ces conditions, définir le vote des électeurs comme une sorte de retour métalinguistique sur la communication électorale. Le vote des électeurs sanctionne, comme une évaluation à posteriori, les projets des candidats et les identités politiques qu'ils confrontent les uns aux autres dans les compétitions qui jalonnent la vie politique de la démocratie. Le vote, dans la décision qu'il met en œuvre de la part de l'électeur, est le retour du réel sur l'activité symbolique de la communication électorale. En ce sens, il articule institutionnellement la dimension symbolique de la représentation des candidats et la dimension réelle de la position choisie par l'électeur. 

Ce type de comportement ne peut se concevoir que dans une démocratie consolidée. Mais dans des jeunes démocraties, les électeurs, non familiers du processus électoral, attendent d’être placés en situation d’apprentissage. L’institution à qui incombe la tâche d’organiser les élections a le devoir d’initier le citoyen au processus électoral en développant une communication pédagogique qui lui apprenne toute l’importance politique du vote et son incidence dans la bonne marche du pays.

I.2. Cadre théorique

 

Un thème retenu comme sujet de recherche peut être éclairé par plusieurs théories. Dans le cadre de notre travail, le thème de la communication de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) devra être bien pris en charge par trois théories : la communication publique, la communication politique électorale  ainsi que la communication pédagogique.

Mais avant de passer à l’examen de deux formes de communication qui nous servent de cadre théorique, il nous revient de dire un mot sur la communication de manière générale. Nous savons que la communication est un processus de transmission et de mise en relation. Travaillant sur la communication de la CENI, la transmission dont il sera question ici est celle des messages conçus par la CENI dans la perspective de l’accomplissement de sa signature institutionnelle. Cette transmission ne vise pas que les électeurs mais elle concerne également les candidats aux différents postes politiques.

Quant au volet relationnel de la communication, il vise à relier la CENI à toute l’opinion publique, c’est-à-dire électeurs, les parties politiques et les candidats, les électeurs, la société civile et l’église, les institutions nationales, les ambassades et les agences internationales. Le lien que l’institution CENI entend instaurer repose sur la garantie de son impartialité et de sa neutralité.  

I.2.1. Communication publique

 

La communication publique, comme toutes les autres formes de communication, a ses spécialistes. A l’état actuel de nos connaissances, seul Pierre Zémor[10] s’est attaché à cette forme de communication. Pour cette raison, la synthèse théorique ci-dessous sera, en grande partie, tributaire de son travail. 

I.2.2. Qu’est-ce que la communication publique ?

 

La communication publique est définie comme « la communication formelle qui tend à l’échange et au partage d’informations d’utilité publique, ainsi qu’au maintien du lien social, et dont la responsabilité  incombe à des institutions publiques. »11 

A partir de cette définition, nous voyons se dégager à la fois le domaine ainsi que les missions de la communication publique. Le domaine de la communication publique se ramène donc à celui de la légitimité de l’intérêt public. Cette communication doit se dérouler sur la place publique, sous l’œil vigilant du citoyen, souverain primaire. 

La vigilance du citoyen impose à l’institution publique l’obligation de la transparence, une des valeurs importantes de la démocratie. Mais on sait aussi que l’idéal serait que la communication publique facilite la recherche de l’intérêt général en se présentant ainsi comme le résultat d’arbitrages difficiles entre intérêts singuliers (politiques) et catégoriels (communautaires) : « L’intérêt général reste toujours ouvert à la controverse ainsi qu’au recours des individus ou des minorités frustrés par une décision publique. »[11]

En effet, l’intérêt général reste une notion relativement floue contrairement aux autres notions qui lui sont attenantes : l’intérêt singulier, particulier et commun.  

Pour comprendre la notion d’intérêt général, il faut commencer par bien comprendre les autres types d’intérêts. Ainsi, l’intérêt singulier est, ce par quoi l’on entendra l’objectif d’une activité circonscrite, soit ponctuelle, soit globale.

Quant à l’intérêt particulier, il est « l’ensemble des intérêts singuliers d’un acteur. Comme on ne peut tout avoir tout de suite et en même temps, le propre d’un intérêt particulier est d’imprimer un ordre aux intérêts singuliers, un ordre à la fois de préférence et d’urgence. »[12]

Il apparaît, à la lumière de cette conception que l’intérêt particulier est celui d’un acteur. Cependant, il faut prendre garde à réduire cet acteur à sa seule dimension individuelle : il peut être aussi un groupe. Pour cette raison, il y a lieu de distinguer entre l’intérêt individuel et l’intérêt collectif. Si la compréhension de l’intérêt individuel peut aller de soi, l’intérêt collectif est un intérêt particulier, rangement des intérêts singuliers d’un groupe en tant que tel.

De son côté, l’intérêt commun est « un intérêt singulier qui répond à deux critères précis : être présent dans chaque intérêt particulier, individuel et collectif, et figurer en tête du rangement de chaque intérêt particulier. »[13] C’est par exemple ici qu’il faut placer les programmes d’action des candidats ou des partis.

Après avoir fixé les contours des principaux intérêts, que dire alors de l’intérêt général ? Ce dernier serait une conception fictive tant elle s’oppose à l’intérêt particulier. Les citoyens sont plutôt préoccupés par leurs intérêts particuliers et ne réalisent que faiblement ou pas du tout ce qu’est l’intérêt général. Dès lors, on ne devrait plus s’étonner qu’un acteur politique vise plus ses propres intérêts que ceux de la population auprès de laquelle il sollicite les suffrages.

          

On peut juger du caractère démocratique ou non d’un régime rien qu’en prenant en compte sa communication publique. Car au final, le citoyen qui est le destinataire des services ne se satisfait pas d’une information monocorde et injonctive. Il souhaite plutôt une communication publique susceptible d’identifier l’utilité publique, former au civisme, faciliter l’action publique et garantir un débat politique. 

 

I.2.3. Principes généraux d’une bonne communication publique

 

Une bonne communication publique, doit, pour être efficace, répondre à certains principes généraux. La communication publique en dispose d’au moins trois : le principe d’information et d’explication, le principe de promotion ou de valorisation et le principe de discussion ou de proposition. Ces trois concepts de Zémor se recoupent avec ceux d’Anne Leyval-Granger qui parle de l’authenticité, du long terme et de la proximité.

Pour tout résumer, il faudrait que l’administration fonctionne selon une charte qui en fixe les principes d’action. Nous les reprenons de Pierre Zémor.

1.           La communication publique doit être au service de l’intérêt général légalement défini…Les messages ne sauraient être, dans leur expression, détournés à des fins particulières.

2.           Les communicateurs publics sont responsables à la fois devant l’autorité publique – l’organisation pour laquelle ils communiquent – et devant les citoyens.

3.           La communication publique doit considérer, dans ses démarches, ses destinataires comme des récepteurs actifs : des citoyens à part entière dont procède l’intérêt général, des hommes et des femmes rationnels et raisonnables, des personnes chacun et chacune en situation particulière.

4.           La communication publique doit rendre compte à chacun de l’état des informations et des motivations des décisions qui le concernent.

5.           La communication publique doit s’assurer…, de ne privilégier des destinataires particuliers que dans la mesure où ils contribuent à une meilleure information du public ; de l’accès aux informations que les institutions sont tenues de mettre sur la place publique.

6.           La communication publique doit intervenir dès que possible et aux moments les plus adaptéspour l’élaboration et la prise des décisions…en amont des décisions… Favoriser l’explication de façon à réduire les incompréhensions, les litiges ou les conflits et éviter les recours aux sanctions.

7.           La communication doit permettre à chacun des destinataires intéressés de s’exprimer à tout moment d’un processus de décision…Le dialogue à chaque fois qu’une procédure ou qu’un service offert au public peut être adapté ou ajusté à une demande…le débat lorsqu’un choix est ouvert aux citoyens.

I.2.4. Formes de communication publique

 

Une institution publique a l’obligation de communiquer. Cette communication comporte des registres différents. C’est à partir de ces registres que nous distinguons cinq formes de communication publique selon « qu’il s’agit de répondre à l’obligation qu’ont les institutions publiques de mettre l’information à portée du public ; d’établir la relation de dialogue pour, à la fois, remplir un rôle qui revient aux pouvoirs publics et pour permettre de rendre le service précis qui est attendu ; de présenter et de promouvoir chacun des services offerts par l’administration, les collectivités territoriales et les établissements publics ; de faire connaître les institutions elles-mêmes tant par une communication interne qu’externe ; enfin de mener des campagnes d’information, voire des actions de communication, d’intérêt général. »[14]  Nous distinguons ainsi la mise à disposition des données publiques, la relation des services publics avec les utilisateurs, la promotion des services offerts au public, les campagnes d’information d’intérêt général et enfin la valorisation des institutions publiques.

 

I.2.5. Fonctions de la communication publique 

I.2.5.1. Fonctions générales

 

On distingue entre fonctions générales et fonctions opérationnelles internes. Les fonctions générales se ramènent aux études, à la définition de la politique de communication, la conception des actions et leur évaluation.

Les études portent sur la connaissance des attentes des publics ; celle-ci implique une adaptation de la méthodologie du travail afin de procurer le maximum de satisfaction aux usagers de l’institution publique. 

Quant à la définition de la politique de communication, elle est l’étude essentielle et permanente relevant du directeur de la communication. Ses principes généraux et ses objectifs sont parfois consignés dans une charte rappelant la vocation, l’identité, la stratégie de l’institution, les orientations, le système de valeurs, le plan de communication qui doit être associé aux moments et événements essentiels des services de l’institution.

I.2.5.2. Fonctions opérationnelles

 

La conception des actions est une « fonction opérationnelle qui peut et doit être répartie selon les formes ou les finalités (relations publiques, campagnes publicitaires, communication institutionnelle, grandes causes…), soit regroupée pour que les cahiers des charges qui constituent l’élément pour définir une action, ne préjugent pas prématurément des formes les plus pertinentes de communication à retenir. »[15] 

Une action menée doit faire l’objet d’évaluation afin de savoir si l’objectif visé a été atteint. Mais avant toute évaluation, il faut se souvenir du fait que toute stratégie de communication n’a de sens que replacée dans l’évaluation de la politique qu’elle sert. De la sorte, l’évaluation va plus consister en la vérification de l’image du service public et sous certaines formes appliquées dont l’impact immédiat (test de notoriété) ou moins immédiat d’une action (mémorisation des messages, évolution des comportements en matière de communication sociales et civiques). 

I.2.6. Communication dans le processus de décision

 

I.2.61. Décisions et discours rationnels

 

Un processus de décision publique peut donner l’impression d’être simple. Son caractère linéaire lui confère cette apparence tant la décision est précédée de la préparation et de l’application de la décision. Mais au fond, la chose est plus complexe car il faut passer par plusieurs instances de validation pour revenir à la case de départ qui est le gouvernement. La communication qui met en relation ces diverses instances révèle leur caractère systémique mais surtout met à mal la croyance en une approche rationaliste de la décision. 

I.2.6.2. Personnalisation de la décision

 

Pour comprendre à quoi tient la personnalisation de la décision, il faut retourner quelques longueurs en arrière pour se souvenir que la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) est dirigée par une personnalité issue de la société civile. A ce titre, on peut supposer qu’elle bénéficie d’une grande marge de manœuvre afin de ne point céder aux pressions politiques.        

Ainsi, quand bien même le travail serait réalisé par ses subalternes, c’est le Président de la Commission qui en porte la responsabilité en tant qu’il incarne quelque peu l’institution. En effet, le Président de la CENI est comme placé à la tête d’une véritable entreprise publique et il peut à juste titre revendiquer le titre de manager. 

Ceci fait qu’en principe, si son institution communique bien, c’est lui qui engrange les dividendes politiques du fait de s’abriter derrière son institution. 

De ce fait, tout ce qui peut profiter ou non à la CENI va avoir sur lui des incidences et des effets plus ou moins directs, en tant que personne physique détentrice du pouvoir politique. Ainsi, la communication publique  transformera le Président de la CENI en personnage politique, mais de façon indirecte.

 Ce qu’il faut redouter, c’est de voir le glissement de la communication de cette institution évoluer uniquement vers l’action politique du personnel en place ; cela risque bien de donner lieu à des récupérations politiques. Ainsi, la communication de cette institution, entendue au sens de service public, « serait  alors un remède pour endiguer les différentes erreurs de gestion locale et une arme politique stratégique, utilisée non pour permettre une amélioration de la circulation de l’information entre gouvernants et gouvernés, mais à des fins politiques personnelles. »[16]

Ainsi qu’on le voit entre la rationalisation du discours et la personnalisation de la décision, le chemin est assez sinueux, pour ne pas dire complexe.

I.2.6.3. Complexité de la communication des décisions publiques

 

 A ne considérer que le nombre d’intervenants qui participent au processus électoral, on se rend vite compte de la complexité de la décision.     

Cette multitude d’acteurs du processus électoral fait que « la plupart des décisions publiques ne sont ni justiciables du seul modèle rationnel, même si les textes et les discours officiels feignent de s’y référer, ni du modèle personnel. 

Dans la réalité, les décisions relèvent d’acteurs divers, sont éclairées par plusieurs finalités, procèdent des logiques différentes et leurs processus n’ont rien de linéaires.»[17]  

En tout état de cause, plus une décision est complexe, plus on devrait développer une communication qui rendrait le processus difficilement maîtrisable. Le fait même de développer une ou des actions de communication est révélateur d’une société qui ne sait plus communiquer avec elle-même, qui manque de cohésion, société dont les valeurs se sont effritées : la communication illustre la faillite de grandes figures symboliques chargées d’assurer l’unification sociale. Et la communication publique, dans ce contexte, se trouve à la croisée des chemins entre manipulation et évitement des dévoiements divers. 

Mais il convient de ramener la CENI au milieu du cercle chaque fois qu’elle tend à se situer sur la circonférence. En effet, quand bien même les membres de la CENI appartiendraient à des familles politiques déterminées, ou y auraient quelque inclination, ils doivent « remettre » constamment entre parenthèses ce penchant et penser qu’ils travaillent désormais pour le bien de tous, pour l’intérêt supérieur de la nation, comme aiment à le répéter les hommes politiques : « les services publics nationaux et locaux se servent donc de cette délimitation du champ public et mettent en œuvre des campagnes de communication dans le but de faire valoir leur action dans les différents secteurs qu’ils occupent. Les services publics sont ainsi devenus des annonceurs importants, qui utilisent parfois de manière intensive les médias pour valoriser leur politique. »[18] 

                 

Pour valoriser leur action, les hommes politiques sont astreints à une pédagogie de l’explication, destinée à convaincre du bien-fondé de leur action. Ainsi, leur légitimité ne serait plus acquise de droit, mais elle doit faire l’objet d’une reconquête permanente par la recherche de l’adhésion du public à leur projet de société.

 « L’information n’est une simple faculté dont disposeraient les gouvernants : c’est un devoir à leur charge, parfois imposé par le législateur lui-même, parce qu’elle est la garantie du bon emploi de l’outil gouvernemental. »[19]

I.2.3. La communication politique

 

La communication politique est une province des sciences de la communication dont les assises ne sont pas encore solidement fixées. Son établissement sur un sol mou entraîne la difficulté de lui donner une définition consistante, mais aussi la difficulté de déterminer les frontières du domaine. 

 

J. P. Gourévitch relève cette double difficulté en ces termes : « la notion de communication politique n’est pas scientifiquement fixée. Tantôt elle est réduite à un ensemble de techniques dont disposent les acteurs politiques pour séduire et manipuler l’opinion essentiellement l’image fixe ou animée et les sondages. Tantôt elle est présentée comme la preuve de la consubstantialité de la politique et de la communication dans une société informationnelle. Il n’y a pas de politique sans

communication parce qu’il n’y a pas de société sans circulation de

 l’information. »[20] Pour tenter de trouver sa voie au milieu de cette forêt dense, Gerstlé procède par une analyse de conceptions assignées à cet attelage : communication politique. Il distingue ainsi quatre conceptions à

savoir : l’instrumentale, l’œcuménique, la compétitivité et la délibérative.  

             

La difficulté soulevée par Gourévitch est développée de façon approfondie par J. Gerstlé qui part de la constatation que la

communication politique est un objet flou parce que « le développement de la publicité commerciale, du marketing et des relations publiques, le recours aux techniques d’enquête comme les sondages et les analyses qualitatives, la diffusion massive des messages politiques par les médias ont concouru à faire émerger une industrie politique à laquelle on assimile aujourd’hui trop facilement la communication politique. »[21]   

a)              La conception instrumentale : elle « repose pour l’essentiel sur une vision où la communication politique est constituée par l’ensemble de techniques et procédés dont disposent les acteurs politiques, le plus 

souvent les gouvernants, pour séduire, gérer et circonvenir l’opinion. »[22]

 

L’instrumentalisation de la communication altère la communication dans la mesure où la technicisation de la communication entraîne sa manipulation. L’univers politique congolais éclaire cette vision de la communication politique avec la manipulation des médias, singulièrement

la télévision, par des hommes politiques qui les possèdent. 

 

b)              La conception œcuménique : il s’agit d’une vision de la communication politique qui consiste en un « processus interactif

concernant la transmission de l’information entre les acteurs, les médias d’information et le public (…). Dans la conception œcuménique, tout se passe comme si l’égalité présidait à l’accomplissement des échanges communicationnels avec de surcroît une indétermination conceptuelle

forte quant à la nature de l’information transmise. »22   

             

c)               La conception compétitive définit la communication politique comme « une compétition pour influencer et contrôler, grâce aux

principaux médias, les médias, les perceptions publiques des événements

politiques majeurs et des enjeux. »24 

 

Cette conception est celle qui préside à l’élaboration de notre dissertation. En effet, il se dégage de cette compétition qui convoque la cognition et le symbole une sorte de rapprochement entre le conflit et la coopération d’une part et la construction du sens d’autre part.  

 

d)              La conception délibérative : elle se fonde sur la dimension participative du citoyen au débat et à la discussion des problèmes publics. Ce débat participatif implique non seulement une égalité des citoyens mais aussi la constitution d’un espace public digne d’une démocratie. Mais surtout apparaît ici le lien étroit qui unit liberté et démocratie. Les élections sont un moment important dans toute démocratie. Et c’est l’un des moments où la communication (langage) manifeste son lien avec la politique. Les élections permettent le renouvellement de la classe politique à l’image d’un propriétaire d’engin motorisé qui l’amène au garage pour entretien. Lors de cet entretien, certaines pièces défectueuses vont être renouvelées tandis que les bonnes seront conservées. Il en va de même des hommes politiques qui sont en train de conquérir le pouvoir politique et ceux qui l’exerçaient, tous seront jugés par le peuple qui décidera en toute liberté de déléguer son pouvoir à ceux qui l’auront persuadé. 

 

L’instance chargée d’organiser les élections, par le biais de la loi électorale qui fixe les règles du jeu arbitre ainsi la communication politique des protagonistes. Mais en même temps, elle essaie aussi, par ses appels à aller massivement aux urnes, à développer une communication politique délibérative voire compétitive. 

          

Quant au volet pédagogique de cette communication, il consiste justement à indiquer aux populations électrices que le vote est avant tout un devoir civique, que l’engagement de l’électeur démontre l’amour qu’il a pour son pays et leur apprendre comment se comporter dans un bureau de vote.  

Conclusion partielle

 

Au terme de ce chapitre, il convient de retenir que nous avons circonscrit les principales notions dont la récurrence sera telle dans notre travail. Les élections ont été ainsi comprises dans leur nature et enjeu. Mais aussi dans les déterminants qui leur confèrent plus de caractère démocratique, à savoir la transparence, la liberté, la crédibilité et la paix.

Les concepts prenant tout leur sens dans la théorie qui les porte, la communication de l’instance organisatrice des élections a été jugée à la fois publique, politique mais aussi pédagogique. Cette triple dimension, sans être trop mécanique, pourrait être rattachée aux trois moments de la communication de la CENI, c’est-à-dire avant, pendant et après les élections.

Ce cadre fixé, il reste maintenant à voir dans le chapitre qui suit le contexte d’émergence de la CENI ainsi que sa communication avant, pendant et après les élections. 

 

        


Chapitre II

L’émergence de la CENI et la communication électorale 

 

Dans ce chapitre, nous examinerons la manière dont la Commission Electorale Nationale Indépendante a communiqué avant, pendant et après les élections. Ce chapitre sera beaucoup plus descriptif qu’analytique. L’analyse de cette communication interviendra au dernier chapitre avec l’effort de compréhension que nous tenterons pour comprendre les ressorts cachés de la signature institutionnelle de la CENI.

Mais pour comprendre la manière dont la CENI a communiqué, il nous a semblé important de replonger dans l’histoire politique du pays pour retracer le chemin parcouru par le processus électoral.

II.1. Bref historique des élections au Congo 

 

L’histoire électorale du Congo remonte à l’époque coloniale, précisément en 1957. Les élections dont il sera question à cette époque ne concernent pas l’ensemble du pays mais juste les communes de grandes agglomérations : Léopoldville, Elisabethville et Jadothville. « Le décret du 26 mars 1957 portant organisation des villes a été complété par deux ordonnances qui précisent les mesures d’exécution. Il s’agit de l’ordonnance n° 12/295 et n° 12/296 du 29 septembre 1957 portant mesures d’exécution et les modalités de consultations des habitants, des associations et organismes autorisés à présenter des candidats en vue de la constitution des conseils communaux. »[23]

          

Cette première expérience électorale souffrira du trop grand poids du facteur ethnique et tribal. Ceci a amené les autorités coloniales à interdire toute activité de parti politique jusqu’à la veille de l’organisation de ces municipales. Jean-Pierre Mbwebwa observe qu’à Léopoldville (actuel Kinshasa), les élections ont été largement remportées par les originaires du Bas-Congo, soutenus en cela par les Bayaka avec lesquels ils ont quelques familiarités linguistiques. Tandis qu’au Katanga, la donne ne fut pas la même : le facteur ethnique quoique dominant, a  joué en défaveur des autochtones. Aussi, note-t-il « A Lubumbashi : ce sont les originaires du groupe ethnique luba du Kasaï qui gagnèrent et placèrent des bourgmestres dans les communes de Kenya et de Katuba tandis qu’un Songye du Kasaï fut désigné dans la commune de Ruashi grâce à ses mérites personnels, notamment la défense des intérêts de l’élite au niveau syndical. A Likasi : c’est un originaire du groupe Tetela, Victor Lundula, qui fut désigné bourgmestre de l’unique commune de Kikula. »[24] 

Après cette première expérience, quoique marqué du sceau du tribalisme, une deuxième expérience fut tentée en 1959. Cette fois, « le décret du 7 octobre 1959 fixant les règles de la constitution des conseils communaux sont étendues à l’ensemble des villes et territoires du Congo. »[25] 

Puis vint le tour des élections législatives et provinciales en 1960. « La loi du 23 mars 1960 relative aux élections législatives et provinciales du Congo organise l’élection des premiers parlementaires nationaux et des conseillers provinciaux du Congo indépendant. Il est à noter que seuls ont le droit de voter et d’être élu, les congolais de sexe masculin âgés de 21 ans ; sont exclus, les membres de la Force Publique et de la Police nationale ainsi que les femmes.»[26]

          

II.1.1. Pendant la Première République

 

Prenant en mains sa destinée, le pouvoir congolais de l’époque se devait de consulter son peuple pour des questions d’intérêt national. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre l’organisation des référendums en 1963. « Ces référendums organisés au Congo pour la première fois, ont permis de régler la situation de certaines parties de territoire dont l’appartenance à l’une ou l’autre province n’était pas encore décidée. »[27]

Un autre référendum eut lieu en 1964. Ce dernier portait sur le projet de Constitution de ce qui sera connu sous le nom de Constitution de Luluabourg. Au terme de l’ordonnance n° 226 du 26 septembre 1963, l’organisation de ce référendum fut confiée au premier ministre qui le fit par arrêté.

Les élections législatives nationales et provinciales de 1965. « Elles revêtent une grande importance historique dans la mesure où elles mettent en place les premières institutions issues de la Constitution de Luluabourg. Le décret-loi du 6 octobre 1964 portant organisation des élections nationales et provinciales introduit dans le système électoral congolais les notions de chiffre électoral, de quotient électoral et de quotient électoral minimum permettant de déterminer le nombre de suffrages recueillis par une liste de candidats (par un candidat individuel) ainsi que le nombre de sièges correspondant. »[28]

Le coup d’arrêt fut porté à ce processus par le coup d’Etat militaire de Joseph-Désiré Mobutu qui renversa le Président Kasa-Vubu. Et c’est également avec cet élément de rupture que pris  fin la Première République et que commença la Deuxième.

          


II.1.2. Pendant la Deuxième République

 

La Deuxième République inaugure le processus électoral par le référendum constitutionnel. Au terme de l’ordonnance-loi n°67-223 du 3 mai 1967 portant organisation du référendum constitutionnel reconnaît le droit de vote à tous les Congolais de deux sexes, à l’exception toutefois des membres des Forces armées et de la Police nationale. L’innovation réside dans le fait que les femmes peuvent exercer leurs devoirs de citoyen en participant au vote.

Le pouvoir autocratique s’étant déjà mis en marche, les premières élections législatives sous Mobutu ont été organisées selon l’esprit de l’ordonnance-loi n° 70-026 du 17 avril 1970. La particularité de cette élection est que l’ordonnance-loi est modifiée et complétée par l’ordonnance-loi n°70-038 du 21 juin 1970 mais qu’ensuite, et c’est cela la grande innovation : elle reconnaît les droit de vote aux membres des Forces Armées et de la Police nationale, et surtout introduit le vote par un des bulletins non nominatifs imprimés. Quant aux candidats, leur liste est élaborée par le parti unique, parti-Etat, le Mouvement Populaire de la Révolution (MPR).

A la suite de cette ordonnance-loi organisant les élections des députés, l’ordonnance-loi n° 70-027 du 17 avril 1970, l’élection du Président la République a lieu, pour la première fois, au suffrage universel direct. L’élection du Chef de l’Etat était exclusive, c’est-à-dire pour être candidat, il fallait être présenté par le MPR ; or le MPR ne présentait qu’un seul candidat en la personne de celle de son fondateur. Cette logique d’exclusion enlevait à l’élection son aspect concurrentiel.

En 1975, des nouvelles législatives ont encore été organisées. Au terme de la loi n° 75-009 du 2 avril 1975 portant organisation des élections législatives, le Bureau politique du MPR établit les listes des candidats et les présente aux circonscriptions électorales par le biais du Commissaire d’Etat aux Affaires Politiques. La propagande des candidats retenus est réalisée par le parti. 

En 1977, l’élection du Président du MPR (Chef de l’Etat), des membres du Bureau politique, du Conseil législatif et des conseils de zones urbaines est organisée. C’est la loi n° 77-014 du 16 juillet 1977 qui en fixe les modalités du déroulement électoral. Ces élections restaurent le scrutin secret ; et pour la première fois, les membres du Bureau politique sont élus. La propagande se fait librement mais bien encadré par le MPR. Tout sujet zaïrois remplissant les conditions éligibilité peut se porter candidat.

Quant à la loi n° 77-029 du 30 novembre 1977 portant élection du Président du Mouvement Populaire de la Révolution qui est de droit Président de la République (modification apportée par la réforme constitutionnelle du 15 août 1974), elle stipule que la candidature à la présidence du Mouvement Populaire de la Révolution est présentée au Congrès du parti qui en examine la conformité selon les prescrits de ladite loi et la proclame officiellement. En réalité, tout ce dispositif n’est que pure formalité car tout était joué à l’avance avec le verrouillage des candidatures. Comment comprendre que logiquement, les membres du parti puissent refuser l’investiture à celui-là qui l’a créé ?

En 1982, l’ordonnance-loi n°82-007 du 25 février 1982 introduit les élections à tous les niveaux : depuis le Conseil législatif, les Assemblées régionales jusqu’aux Conseils des collectivités en passant par les Conseils des villes et les Conseils des zones. A tout considérer, les élections se tiennent au suffrage universel et la victoire est assurée à la majorité relative des voix. Mais en tant que régime totalitaire, certains membres appartenant à différentes catégories étaient désignés par le Président du MPR tandis que d’autres sont proposés par des groupes d’intérêts économiques et sociaux. 

En 1984, par la loi n°84-001 du 20 janvier 1984 portant organisation de l’élection du Président du MPR, Président de la République, le vote est rendu obligatoire. Le candidat qui postule à la présidence devrait justifier d’une ascendance cent pour cent zaïroise.  

La candidature retenue est proclamée par le Comité central du MPR. La cour suprême est chargée du contrôle de la régularité de l’élection et de prendre acte de la prestation de serment du candidat élu. 

S’agissant de la loi n° 87-002 du 10 janvier 1987 portant organisation des membres du Conseil législatif, des Assemblées régionales, des Conseils de ville, des Conseils de Zones et collectivités, elle introduit comme principale innovation l’existence des témoins lors des opérations de vote.

La dernière ordonnance-loi de la dictature en rapport avec les élections porte sur la détermination des conditions spéciales d’éligibilité aux élections législatives partielles organisées à Kinshasa. Le souci qui animait cette ordonnance-loi n° 88-002 du 17 février 1988 était la représentation équitable de toutes les régions du pays au niveau des élus de cette ville.

II.1.3. Pendant la Transition

 

Le vent de démocratisation qui s’est levé en Afrique avec la tradition des conférences nationales pour relire ensemble l’histoire afin de baliser le chemin de la démocratie à venir, un fait inhabituel s’est produit le 15 août 1992 qui voyait le premier ministre être élu par les conférenciers alors que d’habitude, c’est le Président qui les nommait. Cette conférence avait enlevé au Chef de l’Etat nombre de ses prérogatives. Réduit presque à l’état de monarque qui règne mais ne gouverne pas, le Chef de l’Etat, non content d’être ainsi dépouillé, le fit savoir de plusieurs façons dont la plus forte fut la fermeture des travaux de la Conférence nationale souveraine qui ne reprirent qu’après une marche pacifique des croyants qui fut réprimée dans le sang.

De tergiversations en tergiversations, la transition ne put être conduite jusqu’au bout telle que voulue par la Conférence nationale Finalement, la guerre qui éclate en octobre 1996 et qui s’achève momentanément avec la fuite de Mobutu, le 17 mai 1997, met un terme brutal à une transition dont les animateurs ne voulaient pas qu’elle se termine.

Une autre transition allait manifestement commencer avec le nouveau pouvoir. Le pouvoir de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo-Zaïre (AFDL), au fur et à mesure qu’il conquérait des villes ne s’empêchait pas d’organiser des élections par acclamation ou à main levée des membres des assemblées provinciales ou des gouverneurs de province.

Quand les alliés d’hier se brouillent et que la guerre reprend de plus belle, le processus électoral est mis en veilleuse jusqu’au moment où l’Accord global et inclusif signé à Pretoria en Afrique du Sud mette en place un Acte constitutionnel de transition. Celui-ci prévoyait, pour résoudre une fois pour toutes, la querelle de légitimité, l’organisation des élections.

 Les premières élections post-conflits furent confiées à la Commission Electorale Indépendante (CEI) dirigée par l’Abbé Apollinaire Malu-Malu. Après un référendum constitutionnel organisé dans la précipitation, le processus électoral pouvait désormais commencer. Mais le top départ est mal donné dès lors qu’une des grandes formations politiques, en l’occurrence l’UDPS, appelle au boycott. Cet appel impacte sur le bon déroulement du processus référendaire au point que le Président de la CEI en vient à le reconnaître implicitement : « Le référendum constitutionnel s’est déroulé dans des conditions relativement bonnes. Prévu en un jour, le scrutin s’est déroulé en deux jours, le 18 et 19 décembre 2005 dans les bureaux de vote et de dépouillement où il y avait encore des files d’attente à l’heure de fermeture. »[29]

       

Les élections organisées par la CEI reprennent un certain nombre de caractéristiques des élections passées, notamment la non-participation des Forces Armées et de la Police nationale, la participation de deux genres. Si telles peuvent être les traits positifs de ces élections organisées en deux tours, certains aspects négatifs leur sont aussi reconnues. C’est notamment la violence qui marque la fin de campagne entre les partisans du candidat de l’opposition, Jean-Pierre Bemba et les forces de l’ordre. 

Une autre violence s’observe au lendemain de la proclamation des résultats définitifs du second tour. Déboutée en justice où l’opposition (le candidat Bemba) a introduit un recours, la Cour Suprême de Justice a estimé la requête non fondée et a entériné les résultats, confirmant par voie de fait la victoire de Joseph Kabila. 

En outre, après les élections, il était convenu que les combattants des anciens groupes armés puissent intégrer l’armée nationale. Non contente de la mesure, la garde rapprochée de Bemba, essentiellement constituée de la milice qui a combattu pour lui pendant toute la guerre, s’est affrontée à l’arme lourde avec les forces armées républicaines entre le 22 et le 23 mars 2007 dans la commune de Gombe. 

Qu’elles soient présidentielles ou législatives, les élections ont connu de la contestation. Mais l’élément le plus inquiétant reste la domination du facteur ethnique et tribal qui fracture ainsi le vote en deux grands blocs : l’Est et l’ouest du pays. Kabila triomphe à l’Est et Bemba, à l’ouest. 

 

 

Fracture électorale est /ouest

 

 

II.2. Elections pendant la Troisième République

II.2.1. Emergence de la Commission Electorale Nationale Indépendante

 

La Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) est une Institution d’Appui à la Démocratie, consacrée par la loi Organique n° 10/013 du 28 juillet 2010 portant organisation, attributions et fonctionnement de Cette Institution.

La Commission Electorale Nationale Indépendante naît des cendres de la Commission Electorale Indépendante. Elle voit le jour, lorsque le Président de la République, par l’ordonnance n°11/012 du 3 février 2011 nomme une équipe de sept membres dont quatre étaient proches du pouvoir et trois de l’opposition.

La CENI commence son travail par un fait quelque peu banal : la modification de la dénomination de l’institution. De la Commission Electorale Indépendante, elle devient la Commission Electorale nationale Indépendante. Ce changement de nom qui s’inscrit pratiquement dans les mœurs congolaises peut insinuer des choses. D’abord quand on sait que les élections organisées par la CEI ont été entièrement financées par la communauté internationale, la dénomination (Commission Electorale Indépendante) insinuait une mainmise des étrangers sur le processus électoral.

Cette lecture peut être confortée par cet extrait tiré de l’interview du Président de la CENI en réponse à une question relative au partenariat entre son institution et la communauté internationale. Il affirme en effet que « le fait que l’aide de la communauté internationale soit réduite veut dire que les Congolais prennent les choses en main. La communauté internationale nous a aidés à organiser les premières élections et aujourd’hui, nous avons l’expérience. 

       

Nous avons un gouvernement élu qui doit décider de son budget. C’est ce gouvernement qui donne des ressources à la CENI. Si nous continuons à dépendre de l’extérieur, cela veut dire que nous n’avons pas de maturité. »[30]

En insinuant ainsi la mainmise de l’étranger sur le processus électoral de 2006, le Président de la CENI donne raison à une partie de l’opinion qui a pensé que le Président de la République avait été imposé par l’extérieur. Si les choses doivent être comprises sous cet angle, on voit mal comment un pion placé par l’étranger et qui n’a pas encore fini de servir ses maîtres peut céder sa place. 

Quand elle devient Commission Electorale Nationale Indépendante, la dénomination veut marquer une appropriation du destin national par les fils du pays. Cette auto-prise en charge va se concrétiser, d’après le gouvernement par le financement presque total des élections par le gouvernement congolais. Toujours d’après le porte parole du gouvernement, les partenaires étrangers avaient promis d’apporter un financement mais ils ne l’ont pas fait comme convenu. Une volte-face qui peut s’expliquer par les difficultés économiques qui caractérisent actuellement les pays donateurs. Par ailleurs, la MONUSCO a apporté un financement de façon indirect, en mettant en place la logistique nécessaire assurant les transports des fonctionnaires de la CENI ainsi que celui des supports électoraux à travers tous les villes du pays ou il y’avait les centres de compilation de même que tous les couts inhérents a la sécurisation policière et militaire du processus. Rappelons que la CENI prenait en charge la rétribution des kits électoraux à travers tout les bureaux de vote.

               

II.2.2. Nature

 

Elle est un organisme de droit public congolais autonome, neutre et doté de la personnalité juridique. Elle jouit de l’autonomie administrative et financière. Elle dispose d’un budget propre appelé dotation qui peut être complété par des apports extérieurs. La Commission Electorale Nationale Indépendante jouit de l’indépendance d’action par rapport aux autres Institutions de la République. Néanmoins, dans l’exercice de sa mission, elle bénéficie de la collaboration de ces Institutions.

 

II.2.3. Mission et attributions

 

La Commission Electorale Nationale Indépendante a pour mission de garantir la neutralité et l’impartialité dans l’organisation d’élections libres,  démocratiques et transparentes. Elle contribue à l’élaboration des cadres juridiques relatifs aux processus référendaire et électoraux. Elle est chargée de préparer, d’organiser, de gérer et de contrôler, en toute indépendance et transparence, les processus référendaire et électoraux pendant la transition. 

A ce titre, la Commission réalise notamment:

1.   l’identification et enrôlement des électeurs ; 

2.   l’enregistrement des candidats pour différents scrutins ; 

3.   l’élaboration des listes électorales; 

4.   le vote: 

5.   le dépouillement; 

6.   l’annonce des résultats provisoires; 

7.   la passation des marchés afférents à ces opérations conformément

aux procédures en vigueur. 

       

Elle élabore les prévisions budgétaires et le calendrier relatifs à l’organisation des processus référendaire et électoraux. Elle reçoit, agrée et publie la liste des candidats. Elle accrédite les observateurs nationaux et internationaux et reçoit les listes des témoins désignés par les candidats et les partis politiques.

 

La communication de la CENI revêt pour nous un intérêt majeur tant elle constitue la clé  de notre travail. Cette commission reprend en fait le flambeau en lieu et place de la CEI dont la direction avait été délaissée par les partis politiques.

 

II.3. La communication de la CENI avant les élections 

 

 Avant les élections, la communication de la CENI comporte un caractère purement pédagogique. Au-delà, cette dimension

communicationnelle a vraiment partie liée avec l’organisation matérielle des élections. De cette manière, il ne sera pas étonnant que le lecteur s’aperçoive que notre description oscille parfois entre communication et organisation. Ce qui, pour nous revient à associer communication et organisation ou, en d’autres termes, l’organisation est une communication en vertu du précepte venu de l’Ecole de Palo Alto, « On ne peut pas ne pas communiquer. » En définitive, nous disons que la CENI a communiqué à ce stade, en plus du message de sensibilisation, par l’organisation. 

 

En effet, le processus électoral demeure jusqu’à preuve du contraire, une réalité nouvelle dans les mœurs politiques congolaises. Le fait que l’on ait élu en 2006 ne saurait suffire à doter les citoyens de tous les réflexes

électoraux. 

       

Raison pour laquelle, le premier acte de communication de la CENI visait bien la révision du fichier électoral. Etant donné qu’un fichier électoral existait et qui nécessitait juste une mise à jour, l’axe de communication autour de ce fichier tournait autour de la question : qui est concerné par l’inscription au fichier électoral. Par une campagne de sensibilisation relativement intense car le temps lui était compté, il s’agissait ici de cibler les personnes qui devraient impérativement prendre leur inscription au rôle. 

 

Parmi elles, nous comptons les personnes qui ont perdu leur carte d’électeur, les nouveaux adultes, c’est-à-dire les jeunes qui viennent d’accéder à la majorité ;  les personnes qui ont changé d’adresse. Lorsqu’on a des personnes ainsi visées en priorité, cela ne veut pas dire que l’on ne s’intéresse pas à ceux qui détiennent encore leur ancienne carte d’électeur. Tout le monde est concerné car l’enrôlement entraîne automatiquement la mise à jour de l’ancien fichier électoral, eu égard aux raisons évoquées plus haut.

 

Le message qui accompagne cette première étape du processus semble avoir pris la mesure du danger qui allait arriver. En effet, forte de l’expérience malheureuse qu’on a connu avec les miliciens de Jean-Pierre Bemba, l’essentiel du message semble tourner autour de la paix. Voilà pourquoi, la CENI exhorte le peuple dans son document portant sur les élections présidentielles et des députés nationaux : « Congolaises et Congolais, allons voter notre président de la République et nos députés dans la paix et pour la paix. » Le jeu de mots avec les prépositions a toute son importance. Voter pour la paix insinue, renvoie ou rappelle au peuple congolais la tragédie qui s’est déroulée en 2006.

Annexe 1 (bande dessinée avec ces mots)

       

Bien plus, la CENI ne revient sur le même thème de la paix sur le document de sensibilisation sur la manière de se comporter dans un bureau de vote : « Electrices, électeurs, voici les différentes étapes du vote.

Allons tous voter dans la paix. »

Annexe 2 (bande dessinée avec différent étapes) 

 

Cette insistance sur l’appel à voter dans la paix est symptomatique de la fragilité de la paix obtenue après les élections de 2006 et qu’en même temps, il augure de la violence qui va émailler le processus électoral

en cours.

 

               Incidents lies aux élections de janvier à novembre 2011

          

Pour montrer l’enjeu des élections apaisées, le premier numéro du magazine Echos des élections consacre son éditorial au thème des élections apaisées. Ces élections apaisées semblent être le pari de la CENI mais aussi celui, plus personnel de son président dont on décèle l’influence pastorale même dans la conception des messages. Le document sur les élections présidentielles et des députés nationaux reprend une expression qui est d’usage dans le discours théologico-pastoral : « Frères et sœurs, le moment arrive… »

Mais quelques petits problèmes ont entouré cette première étape du processus électoral. En effet, le délai accordé paraissait souvent court dès lors que le kit électoral n’était pas au nombre suffisant pour faciliter l’inscription au rôle. Se rendant compte que beaucoup de personnes ne s’étaient pas enrôlées, la CENI a dû jouer la carte de la prolongation pour pouvoir donner la possibilité aux congolais de s’enrôler. Et même alors, les mêmes causes produisant les mêmes effets, la prolongation n’a pas pour autant résolu le problème : beaucoup de congolais en âge de voter n’ont pas pu le faire parce que la logistique présentait déjà de graves signes de faiblesse qui auguraient de la suite. La sonnette d’alarme avait été tirée dès cet instant mais personne n’a fait attention. Et la satisfaction affichée par le bureau, d’avoir atteint le chiffre de 32.024.640 inscrits, n’était pas convainquant. 

 

Il est une autre difficulté corollaire à la précédente : on ne sait pas trop pourquoi la révision avait été éclatée et échelonnée. La tâche aurait été initiée en une fois et cela aurait permis à la CENI de se rendre compte de l’ampleur des difficultés et de l’efficacité de la logistique mise en place par elle. Or, en procédant de cette manière, tout peut porter à soupçon.  

Car il suffisait selon le camps auquel on appartenait, de se baser sur le nombre d’inscrits pour focaliser les enjeux sur le matériel électoral. Pour illustration, nous en voulons ce qui est arrivé à la circonscription de Kiri dans la province de Bandundu. Le nombre d’inscrits de la circonscription n’a pas obtenu les bulletins de vote au nombre d’électeurs. Et ce genre d’incidents a eu lieu dans beaucoup d’autres circonscriptions.

 

Mais bien avant le scrutin lui-même, la CENI se vantait d’avoir réalisé son travail dans la transparence. Mais cette transparence rime mal avec toutes les réticences dont elle faisait montre quant à l’audit du serveur

central.   

 

Quoi qu’il en soit, nous avons juste établi le constat et dressé l’état de la situation organisationnelle observée. Ce qui nous intéresse, c’est plus le volet communicationnel de la démarche.

 

Cette communication a plus essentiellement été portée par les affiches. La CENI le confirme lorsqu’elle admet que « la CENI, avec l’appui du Projet d’Appui au Cycle Electoral (PACE), a produit trois types de supports. Il s’agit des affiches et des dépliants en français et dans les 4 langues nationales et d’une fiche du sensibilisateur en français. »[31]

 

La production de ces affiches laisse tout de même la porte ouverte à la critique à l’endroit de la CENI dont l’ambition affichée, par le changement de dénomination, était de doter le pays des autorités politiques qui n’avaient rien à devoir à l’extérieur au nom du principe qui

veut que « la main qui donne est toujours au-dessus. »      En effet, quand on voit le nombre des affiches et dépliants produits en français et même la fiche du sensibilisateur, on ne comprend pas pourquoi elle a produit plus de documents en français qu’en langues nationales (600.000) pour l’affiche sur la procédure de révision en français, affiche sur la participation féminine à la révision (600.000), dépliant sur la révision du fichier électoral (958.748) et 6.000.000 d’exemplaires de la fiche du sensibilisateur. Pendant ce temps, aucun des documents en langues nationales n’atteint le nombre de 300.000 alors que la majorité de notre population sait à peine déchiffrer quelques mots du français.

 

Si les affiches ont été privilégiées, les autres médias n’ont pas pour autant été négligés. Ils ont été mis à contribution pour sensibiliser les électeurs. 

 

L’autre problème organisationnel dont les conséquences sur la crédibilité des résultats étaient importantes tient au nombre des observateurs. Quand on se fie au chiffre donné par la CENI, on voit qu’il subsiste d’abord un flou. Il ne détermine pas exactement combien il yavait d’observateurs nationaux et internationaux en ce qui nous concerne, nous n’avons pas eu un  document pouvant nous le donné. 

Après l’inscription au rôle vient le tour de la manière de se comporter dans un bureau de vote. Le vote étant un processus relativement complexe, surtout que les élections étaient couplées (présidentielles et législatives), il fallait apprendre aux citoyens de manière

      illustrée comment il fallait procéder. Annexe 3                                       

II.4. La communication de la CENI pendant les élections 

 

 

Dans les lignes précédentes, nous avons trouvé un parallélisme entre communication et organisation. L’organisation étant une forme de communication, pendant les élections, les principes de fonctionnement communicationnel à mettre en place devraient tourner autour d’un certain nombre d’axes : bonne tenue des bureaux de vote, ouverture à l’heure prévue, accessibilité aux électeurs et isoloirs bien en place. La CENI devrait veiller à ce que l’affiche de la procédure à suivre soit à la portée de tout le monde et que les agents de la CENI puissent la suivre correctement. La CENI devrait permettre le contrôle des opérations du scrutin par les témoins délégués par les partis politiques et les candidats indépendants ainsi que par les observateurs nationaux et internationaux.

 

La CENI devrait aussi prévoir l’éclairage (lampe tempête ou générateur électrique) dans le cas où les opérations se prolongeraient jusque tard. Non seulement pour le déroulement du scrutin mais aussi et surtout pour faciliter le travail du dépouillement. 

 

Enfin la CENI devrait, en tant que pouvoir organisateur des élections, doit veiller à ce que les forces de l’ordre se tiennent en dehors des bureaux de vote afin d’éviter qu’elles n’intimident les électeurs. De la sorte, leur liberté de choix sera garantie et l’on évitera le désordre. En plus, la CENI devrait veiller à ce que les partis politiques s’abstiennent de battre campagne le jour et sur le lieu du vote.

Elle devrait aussi demander au peuple d’être aux abords des bureaux de vote afin de surveiller le bon déroulement du scrutin, surtout le dépouillement pour qu’il n’y ait pas de fraude.

       

Si telles peuvent être les principales conditions à remplir pendant les élections, nous avons vu que la logistique de la CENI a été à la source de tous les problèmes qu’on a connus. Sans parler des bureaux de vote dont les emplacements ont été modifiés en dernière minute ; modifications qui ont  dérouté  bon nombre d’électeurs ; sans compter ceux des bureaux de l’intérieur du pays dont les kits électoraux ne sont jamais arrivés à destination, c’est à Kinshasa que la température de la mauvaise organisation a été prise et observée. Certaines communes de l’Est de la capitale ont voté un jour après parce que le matériel électoral n’était pas parvenu à temps.

Les forces de l’ordre qui devaient rester en dehors de la scène électorale en raison des dispositions légales se sont vus accorder un rôle d’intimidation des électeurs en poussant la violence jusqu’à l’extrême en tirant à balles réelles sur des électeurs. Lorsque ceux-ci se dispersent et que chacun cherche à se sauver, les urnes sont sauvées par les forces de l’ordre qui leur donnent une destination inconnue. Par ce comportement qui viole la loi électorale, les forces de l’ordre, gage de l’impartialité ont finalement pris fait et cause pour un candidat. Elles ignoraient, malheureusement qu’elles jetaient de l’opprobre sur l’instance organisatrice du scrutin et décrédibilisaient par le fait même les résultats qui allaient en découler. Annexe (carte de violence)

 

A la fin du scrutin, certains bureaux n’avaient pas de témoins et les populations étaient rentrées chez elles sans qu’elles ne prennent la peine de rester aux abords des bureaux de vote pour veiller au bon déroulement du dépouillement. La tricherie pourrait avoir commencé dès cet instant. 

       

Mais, il faut ici, relativiser le grief porté à la CENI : la faute incombe  aussi aux partis politiques et aux candidats indépendants qui devraient mandater de témoins pour suivre l’évolution de leur score électoral et qui ne l’ont pas fait. Ceux qui étaient gagnés par le démon de la tricherie n’attendaient pas mieux. Cette erreur politique grave était un chèque en blanc offert à ceux qui avaient placé quand même quelques personnes dans des bureaux de vote. 

 

Les dispositions pratiques d’organisation prévoient que les observateurs tant nationaux qu’internationaux et les témoins doivent contrôler le bon déroulement du scrutin. S’il est vrai qu’à certains observateurs internationaux, il a été refusé l’accès à certains centres de dépouillement, souveraineté oblige, on ne peut pas comprendre que le même refus s’applique aux fils du Congo mandatés par certains autres pour les représenter comme observateurs ou témoins dans la compétition électorale où ils étaient engagés. Une fois encore, on n’a pas vu se déployer sur le terrain un nombre impressionnant d’observateurs. Surtout les observateurs internationaux qui cherchent à jouer au gendarme de la démocratie. Ils n’ont jamais été en nombre suffisant sur une scène électorale africaine mais émettent des jugements de valeur qui peuvent souffrir d’un écueil logique : la généralisation hâtive. A tort, on généralise ce qui ne valait que pour quelques circonscriptions électorales. 

 

En analysant également quelques-unes de leurs prises de position en relation avec ce qu’ils auraient constaté d’anormal, on sent qu’elles se croisent autant qu’elles se contredisent. Les prises de positions se croisent dans la constatation de la fraude mais se contredisent quant aux moyens permettant de les prouver. Et même l’opposition politique locale n’a pas été capable de fournir la moindre preuve de cette fraude. Une sagesse africaine dit qu’on ne saisit jamais un voleur par le coude ; il faut l’empoigner par le bras. Sans une seule preuve irréfutable, il est difficile de porter le discrédit sur un processus électoral organisé par un Etat. 

       

La vérité est que les accusations de fraude, dans ces conditions, prennent une couleur politique. 

II.5. La communication de la CENI après les élections

 

Le premier travail que la CENI doit faire, c’est le dépouillement des bulletins de vote sur place dans les bureaux de vote. On peut considérer que si les différents procès-verbaux sont traités objectivement, un candidat qui a placé des témoins dans plusieurs bureaux de vote, peut savoir s’il a gagné ou perdu les élections. C’est sur la base de cette constatation que, sous d’autres cieux, les candidats savent qu’ils ont perdu ou remporté l’élection à laquelle ils participaient.

Or ce dépouillement a été révélateur de toute la désorganisation de la CENI. Le transport des urnes a été un moment délicat au regard de l’absence des moyens de locomotion propres à la CENI. Transportés dans des conditions extrêmement difficiles, les procès-verbaux des résultats des bureaux de vote ont été malheureusement traités avec désinvolture. Nous parlons ici du cas de Kinshasa où, à la Foire Internationale de Kinshasa, ces précieux documents ont été jetés à même le sol comme des papiers inutiles. Avec un tel traitement, il demeure difficile à la postérité, par exemple, d’entreprendre une recherche sur l’histoire électorale de notre pays parce qu’elle n’accédera jamais à des archives fiables. 

Normalement, après dépouillement, on établit les procès-verbaux. Les procès-verbaux de la CENI ont été source de tensions. En effet, certains responsables de bureaux de vote ou même certains candidats qui y ont placé des témoins sont surpris de constater que les résultats qu’ils ont et ceux proclamés par la CENI divergent énormément. Cette divergence est le résultat d’une politisation d’un fait civique qui ne méritait pas tant. C’est pourquoi, à la proclamation des résultats, il y a eu trop de contestations. 

       

Les plus surprenantes sont celles qui ont vu les candidats d’un même parti se retrouver au tribunal (les uns accusant les autres de leur avoir volé leur victoire). 

 

Il faut relever ici que le Président de la République avait nommé, quelques semaines avant les élections, des nouveaux membres à la tête de la Cour Suprême de Justice. Cette nomination avait été perçue par la classe politique comme le symptôme de l’inféodation de cette institution normalement indépendante à son pouvoir. Raison pour laquelle, le candidat malheureux à la présidentielle, Etienne Tshisekedi a refusé d’introduire un quelconque recours à la Cour Suprême de Justice en vue du contentieux électoral qui l’opposait à Joseph Kabila. Il estimait que tout était déjà joué à l’avance étant entendu que le Congo était encore un pays où « le contentieux est tout simplement dévoyé en raison du détournement  pur et simple du suffrage au profit d’un candidat, en général le sortant. Dans ce cas, ce qui fait office de contentieux électoral n’est en réalité qu’un mécanisme qui a montré son incapacité à

fonctionner ou alors qui vise à entériner les irrégularités électorales.»[32] 

 

La CENI affiche une autre particularité par rapport aux irrégularités. En effet, alors que les observateurs internationaux ont crié à la fraude sans en apporter la moindre preuve, elle en est venue à admettre qu’il y a eu quelques erreurs mais qui n’entament en rien l’ordre d’arrivée. Cet aveu peut sembler curieux car il témoigne de la complexité des moyens mis en place pour frauder. 

       

Ou alors, ceux qui ont crié à la fraude avaient véritablement des preuves qu’ils ont refusé de brandir au nom de certaines raisons qui tiennent souvent à des intérêts économiques de leurs pays respectifs.

 

Le même auteur poursuit en estimant qu’« on doit tout de même noter qu’en règle générale le juge dans les pays africains n’est pas très exigeant dans la vérification des allégations à l’encontre de ceux qui sont présentés comme élus. »[33] Cette attitude peut s’expliquer par le fait qu’il y a comme une dette morale contractée par les membres de la Cour Suprême de Justice qui entendent rendre ce qu’ils ont reçu à ceux qui les ont placés où ils sont actuellement.

 

Une autre difficulté de la justice en ces temps de contestation électorale, c’est de ne jamais préciser le type de contentieux auquel son arbitrage est sollicité. Les requérants n’ont jamais précisé autant que la justice d’ailleurs la nature du contentieux qui les conduisait devant le juge. S’agissait-il d’un contentieux répressif, « celui qui se développe parallèlement au contentieux de l’élection et qui vise à sanctionner pénalement les auteurs des fraudes électorales, il n’est pas possible de dire qu’en dehors de quelques faits divers dont la presse se fait l’écho, et qui viennent alimenter l’ambiance des élections, la répression pénale des fraudes électorales soit sérieusement organisée, alors même que la plupart des législations électorales renvoie à ce type de sanctions. »[34]

 

De manière globale, nous réalisons que cette question de justice électorale au Congo a plutôt obéi à l’esprit des mots de Goethe qui préférait une injustice plutôt qu’un désordre. Raison pour laquelle la répression s’est faite féroce et parfois démesurée chaque fois que des voix s’élevaient pour crier d’indignation ou pour remettre en cause la crédibilité des résultats proclamés.

       

S’agissant justement de la proclamation des résultats, elle a aussi étalé les limites de la logistique mise en place. La proclamation s’est faite au compte-gouttes mais également avec beaucoup d’hésitations. Toutes les tergiversations ont soulevé une vague de critiques. Les critiques émises à l’endroit de la CENI relèvent de la communication. Il appartenait, normalement, au chargé de communication de la CENI de répondre. Mais on a plutôt assisté à une montée en première ligne du Président qui répondait à toutes les attaques comme s’il était personnellement visé. Dans la foulée, c’est le Gouvernement, par son porte-parole ou encore le Secrétaire Général de la nouvelle plate-forme « Majorité Présidentielle » qui venaient prêter main forte au Président de la CENI.

 

Dans cette logique défensive, on a vu tous les acteurs cités ci-haut s’en prendre au Centre Carter, à l’Union Européenne, mais surtout plus violemment à l’Archevêque de Kinshasa. Mais lorsque le Comité Permanent des Evêques publie sa déclaration, le 11 janvier 2012, en relation avec la vérité des urnes, en exigeant la démission de la CENI, le bras de fer se relance de plus belle entre l’Eglise catholique et le pouvoir. 

 

Bref, devant la confusion découlant de cette organisation des élections en amateur, l’élection qui devait être un facteur de cohésion nationale passe à l’autre extrémité pour être la source de conflits. Lorsque les tensions deviennent très aiguës avec le risque d’une explosion sociale à la clé, c’est alors que la CENI s’active à calmer le jeu : tantôt ce sont des messages à caractère purement politiques qui sont affichés « Accepter le verdict des urnes, c’est faire gagner la démocratie et favoriser le développement de notre pays » ou encore « Le Congo a trop souffert de violences, nous voulons la paix.»

 

Annexe 7 (BD avec ces phrase).

       

Devant l’obstination des perdants à contester les résultats, la CENI est parvenue jusqu’à manipuler la fibre religieuse en espérant que les Congolais se ressaisiront : « Votre vie est précieuse et c’est un don de Dieu » ; une manière de dissuader les gens à ne point manifester car la répression sera sans commune mesure.

Annexe 8 (BD avec ces mots).

 

Une telle logique conduit le pouvoir issu de telles élections à gérer la chose publique avec défi et mépris du peuple. Car au-delà de l’oubli de l’origine de leur pouvoir, les gouvernants réalisent que le peuple reste pour lui introuvable. Raison pour laquelle les nombreuses promesses de campagne ne sont jamais tenues sans que ceux qui les ont faites ne se gênent le moins du monde d’avoir menti à leur électorat.

 

Telles sont, en grands traits, l’essentiel de la communication de la CENI telle qu’elle l’a produite avant, pendant et après les élections. Toutefois, nous observons que la CENI, à l’image du pouvoir, donne l’impression d’ignorer le peuple comme si elle n’avait pas des comptes à lui rendre. Sa communication, relativement institutionnelle, oublie toujours de dire au peuple ce qu’il doit faire à chaque étape du processus électoral. Sur ce registre de l’ignorance du peuple, nous devons aussi inscrire les partis politiques qui n’ont pas accompli comme il se doit leur travail.

 

Conclusion partielle 

 

Ce deuxième chapitre s’est donné comme objectif l’émergence de la CENI et de la communication électorale de la CENI, après un bref historique des élections organisées dans notre pays. Nous avions parlé également de la communication de la CENI avant, pendant et après les élections. 

Les différentes stratégies de communication utilisée par la CENI à travers les différentes étapes du processus électoral sont  liées à l’organisation. Avant les élections, la communication était pédagogique, car il fallait initier les populations à comprendre le sens de vote et des élections. Mais pendant et après les élections, la stratégie de communication avait  un caractère public,  politique et réconciliant à la fois.

 Le bref historique nous montre que le processus électoral que connait la RDC jusqu’à nos jours présentent beaucoup d’insatisfactions, du coté des électeurs, des partis politiques et la société civile. 

Au vue de ce constat, nous venons à dire que la promesse faite aux congolais par la CENI n’a pas était tenue suite à la forte influence de facteurs ethnique et tribal qui décide encore des urnes, à l’éveil de la démocratie dans notre pays qui se veut grandissante et une mauvaise stratégie de communication. Le slogan remplit de tant de valeur patriotique n’est pas en son temps d’action, à nos jours les élections transparentes, crédible, libre et apaisée se vit dans l’idéal et non dans le concret.

     

Chapitre III

La signature institutionnelle de la CENI à l’épreuve de la communication publique et politique

 

Ce dernier chapitre de notre travail examine la portée communicationnelle de la signature institutionnelle de la CENI au regard de la communication publique et politique. Le chapitre sera divisé en trois sections : la première portera sur la communication de la CENI comme communication publique. La deuxième sur la communication de la CENI comme communication politique. Enfin la troisième section sera consacrée à l’évaluation : elle relèvera les défaillances et proposera des pistes de solution afin que, non seulement la suite du processus électoral puisse bénéficier des correctifs qui crédibilisent les résultats et fasse l’objet de peu de contestation électorale mais aussi évite au Congo Démocratique des élections entachées d’autant de violence en 2016. 

 

III.1. La communication de la CENI comme communication publique 

 

Avant même d’aborder la relation qui existe entre communication de la CENI et communication publique, nous voudrions rappeler que la communication de la CENI se déroule dans un contexte électoral. A ce titre, cette communication est celle qui voit se confronter des identités et des stratégies en vue de la conquête du pouvoir. 

Cette conquête du pouvoir doit s’opérer dans les normes dont l’arbitre aura au préalable fixé les règles du jeu.   

Ces règles du jeu électoral se concentrent en cette promesse faite par la CENI au peuple congolais : pour des élections transparentes, crédibles et apaisées. Ces trois concepts cristallisent ainsi les efforts de la CENI dont l’arbitrage entre les candidats en compétition devrait aboutir à des résultats électoraux qui soient transparents et crédibles. Un tel aboutissement ferait que la paix sociale puisse régner sur toute l’étendue du pays.

  En visant un tel objectif, nous constatons que la CENI recherche par tous les moyens, du moins dans le principe, l’intérêt de toute la communauté nationale. 

Mais de manière concrète, on ne saurait vraiment soutenir la thèse des élections transparentes. En effet, la CENI est une institution publique dont l’action doit contribuer à l’intérêt général. A l’instar de l’armée ou d’autres services de l’Etat, la CENI a fonctionné en grande partie avec l’argent du contribuable congolais. Parce que le budget de fonctionnement émarge du budget de l’Etat congolais, le peuple, en sa qualité de souverain primaire, a droit à ce que les comptes de l’action de cette institution publico-politique lui soient rendus. 

Avant même d’entrer dans les détails de cette transparence administrative, il est bon de rappeler que la loi administrative qui gère notre administration semble ne pas être claire au sujet de l’accès par les citoyens aux documents ou informations administratives. En d’autres termes, nous pouvons dire que les conditions de transparence et de secret administratif ne sont pas clairement déterminées par la loi. Ceci va avoir des conséquences sur le déroulement du processus électoral. 

III.1.1. Avant les élections

 

Avant les élections, la situation administrative autour de laquelle l’exigence de transparence communicationnelle  requise était le processus de révision du fichier électoral. La transparence reste donc le maître mot qui traverse toutes les étapes : avant, pendant et après les élections.

Ainsi que l’on a pu s’en apercevoir, la révision du fichier a été un processus entouré d’opacité. Le fait qu’il n’ait pas eu lieu au même moment sur l’ensemble du territoire laisse probablement supposer un calcul politique certain en faveur d’un camp. Il était donc possible de se faire une idée exacte sur les inscriptions au rôle dans certains bastions du pouvoir ou de l’opposition pour manipuler les chiffres. En outre, comment comprendre que la CENI n’ait pas exigé du pouvoir, avant même qu’elle n’entre en fonction, le recensement de la population congolaise augurait déjà du désordre qui allait intervenir par la suite. Car comment comprendre que les provinces de l’Est de la République qui étaient durement frappées par la guerre et dont les statistiques internationales reconnaissent au moins la perte de près de quatre millions d’hommes soient toujours aussi peuplées dès lors que depuis 2006, on savait déjà que cette partie du pays fonctionnait comme le fief du camp au pouvoir.

Par ailleurs, le président de la CENI a reconnu plusieurs fois que la logistique était le réel problème auquel ils étaient confrontés. Et ce problème n’était pas de moindres. Car une bonne organisation matérielle impliquait une bonne communication. Ce qui nous conduit à comparer l’organisation avec l’énoncé d’une idée selon le vieil adage français : « ce qui se conçoit bien, s’énonce bien et les mots pour le dire viennent aisément. »

La communication de la CENI a été chancelante à cette étape : les prolongations jusqu’à quelques jours des élections sont des indices d’un bégaiement politique qui montre tout l’amateurisme de l’organisation. Alors qu’en 2006, la CEI partait de zéro, on ne peut comprendre autant de ratés organisationnels dès lors qu’une infrastructure lui avait été laissée.  Moins bien conçues, parce que organisées à la hâte, la communication a été proportionnellement déficitaire et les mots pour traduire cette communication ont usé chaque d’un passage en force pour pouvoir avancer.

       

D’un point de vue pédagogique, la CENI avait envisagé des élections apaisées. Nous avons vu comment la paix était chaque fois convoquée pour caractériser nos élections. Mais avait-elle raison de concentrer sa pédagogie juste sur la manière de circuler dans un bureau de vote ?  

La CENI était consciente que les partis politiques congolais avaient beaucoup de mal à organiser des rassemblements pour inviter leurs militants à des comportements républicains ; pourquoi n’a-t-elle pas pris le soin de travailler en ce sens, se contentant juste d’appeler à des élections apaisées ? Autant elle ne doit s’abriter derrière l’apprentissage démocratique pour justifier ses ratés, autant elle devrait, elle aussi, assumer sa part de responsabilité tout en sachant que les partis politiques avaient échoué dans l’éducation civique de leurs militants. Les partis politiques étaient plus préoccupés à penser la stratégie pour gagner plutôt que de se mettre à travailler à l’éducation civique des congolais, laissant cette tâche à l’instance organisatrice des élections. 

Lorsque les opérations se terminent, les partis politiques demandent à auditer le serveur central. Ici encore, la CENI a longtemps hésité avant d’accepter comme si le temps pris pour accepter était celui où les stratégies techniques pouvant faciliter la fraude avaient été dissimulées. Et lorsque, les partis politiques, au lieu d’envoyer des informaticiens désignent des politiciens, néophytes en matière informatique, cela ne peut que réjouir la CENI qui a eu ainsi l’occasion de mettre son plan à exécution.

En feignant de jouir d’une grande marge de manœuvre, la CENI usait, peut-être de bonne foi, des stratégies de contournement de la loi. Mais ce qui inquiète ce n’est pas tant l’intention étant donné que la fraude électorale est consubstantielle de toute démocratie mais les conséquences de cette inclination à la fraude. 

       

Pour nous résumer, nous constatons qu’avant les élections, la communication de la CENI n’avait pas grand-chose à voir avec la communication publique car plutôt que de rechercher l’intérêt de la communauté nationale, elle a plutôt développé une communication politique en faveur d’un camp. Les stratégies de fraude qu’elle monte subtilement participent d’une stratégie de communication politique. En perdant sa neutralité, elle ne développait pas une communication  publique mais plutôt politique.

 

III.1.2. Pendant les élections

 

Pendant les élections, la communication passait par l’organisation. La CENI devrait communiquer par la bonne organisation de sa logistique : ouverture des bureaux de vote à l’heure, existence des bureaux de vote pour tous les inscrits, vote sans intimidation, dépouillement transparent en présence des témoins et observateurs, locaux ou internationaux.

Or, nous avons vu que la logistique était défectueuse. La conséquence est que l’organisation matérielle n’ a pas permis aux bureaux de vote d’être fréquentés comme il se devait. Les modifications intervenues en dernière minute pour changer le dispositif des bureaux, l’éloignement de certains bureaux à l’intérieur du pays ainsi que l’insuffisance des bulletins de vote dans des bureaux n’ont pas permis aux populations d’aller remplir leur devoir civique. Au Nord-Kivu, certains électeurs, en route vers leur bureau de vote, ont même trouvé la mort accidentellement. Bref, « compliquer les procédures entraîne la confusion, la fatigue, l’énervement et l’erreur qui peut être qualifiée de fraude par l’observateur le mieux intentionné. »[35]

 

Une organisation matérielle aussi déficitaire est un indice qui peut   donner à croire qu’il y avait manifestement envie de frauder pour le compte d’un camp de la part de la CENI.  

Cette inclination à la fraude tient d’abord au fait que les trois aspects de la fraude ont paru présents dans l’organisation. En effet, « la fraude est organisée, importante ou isolée. »[36]

Au stade du déroulement des élections, on ne peut penser qu’au premier aspect, c’est-à-dire la fraude organisée. Cette hypothèse n’aurait jamais vu le jour si par la suite, la CENI elle-même ainsi que le Président de la République n’avaient pas admis qu’il y avait des erreurs dans l’organisation mais que celles-ci ne remettaient pas en cause l’ordre d’arrivée. Affirmer qu’il y a des erreurs sans en expliciter la nature est une façon indirecte pour le pouvoir organisateur des élections d’admettre qu’il y a eu fraude organisée. Et cette façon politique de reconnaître la fraude s’inscrit dans la logique du postulat formulé par Pascal Lissouba et auquel nous avions fait allusion plus haut : « On n’organise pas les élections pour les perdre. »  

Organiser les élections générales avec un tel leitmotiv ne peut qu’incliner à la fraude. De ce fait, plutôt que d’être un moment de cohésion nationale, les élections apparaissent plus comme le lieu pour afficher les oppositions latentes des uns vis-à-vis des autres tant ce leitmotiv pousse à rechercher d’abord les intérêts individuels des hommes politiques. Et à titre d’illustration de cette recherche égoïste de son propre intérêt, nous en voulons pour preuve cette déclaration d’Etienne Tshisekedi qui soutenait qu’il n’avait pas combattu trente ans pour laisser sa place à un autre. Une déclaration faite au moment où des tractations étaient en cours entre les leaders de l’opposition en vue de trouver un candidat de consensus pour porter les couleurs de l’opposition.

Globalement donc, la communication de la CENI pendant les élections n’avait pas été efficace tant l’organisation matérielle qui devait l’incarner a été plus que déficitaire. Mais surtout, nous avons senti qu’elle ne recherchait pas l’intérêt général mais plutôt l’intérêt d’un groupe d’individus.

       

III.1.3. Après les élections

 

L’après élection a été le lieu où la communication de la CENI a été la plus intense. En effet, l’organisation matérielle a été des plus chaotiques. Un chaos organisationnel qui s’est observé dans la manière dont les bulletins de vote ont été dépouillés dans les bureaux de vote, l’élaboration des procès-verbaux y afférents et leur acheminement au niveau des instances plus élevées de compilation des résultats. 

L’acheminement des procès-verbaux et bulletins de vote au niveau des centres locaux de compilation des résultats a montré les défaillances de l’organisation avec la perte de certains colis, sans qu’on sache trop comment. Le traitement au niveau du centre national de centralisation des résultats a été des plus opaques et c’est peut-être à ce niveau que la fraude a été importante. Les observateurs nationaux et internationaux n’ont pas pu accéder à ces centres pour y constater la régularité de ce qui s’y faisait.

Quant à la fraude isolée, elle a caractérisé les élections « étant donné l’importance que prend maintenant l’élection dans l’obtention du pouvoir politique à quelque niveau que ce soit, la fraude est et sera toujours présente. »[37] Mais une constatation a été faite qui montrait que des cas de soupçon de fraude ont plus été cités qui concernaient les anciens députés de la majorité au pouvoir. Toutefois, il convient d’affirmer que tous ces cas soupçonnés n’ont que très peu été prouvés. Ce qui donne à la victoire de certains candidats un goût amer. 

Toutefois, il faut, à ce sujet, être très réalistes et avouer que la fraude ne saurait être qu’évitée mais jamais éliminée. 

 

Lorsque les différentes formes de fraude ont été dénoncées tant par les observateurs nationaux qu’internationaux, la CEI s’est placée sur une position défensive. 

       

De la sorte, elle s’est attaquée avec véhémence au Centre Carter qui, le premier, avait tiré la sonnette d’alarme en dénonçant le peu de crédibilité des résultats surtout des présidentielles avant que l’Union européenne n’emboîte le pas. Mais lorsque, souci de l’intérêt général oblige, l’Eglise catholique locale a établi le même constat, on a senti une hargne terrible se saisir de la CENI et de la coalition au pouvoir pour tirer à boulets rouges sur l’Archevêque de Kinshasa.

 

La CENI, par ce comportement défensif, oubliait que se mettre sur la défensive est, en politique, une façon intelligente d’avouer ce qui est reproché. Sans anticiper sur la dimension politique de sa communication, nous ne comprenons pas comment une institution qui affirme haut et fort que tout se passait bien peut encore demander à des experts internationaux venus des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne de venir les aider techniquement. Et nous n’avons même pas compris en quoi cette aide technique a consisté alors que le travail de proclamation des résultats qui devait être suspendu pour bénéficier de l’aide technique de l’expertise internationale a continué comme si cette expertise n’avait jamais été invitée. Ensuite, que l’arrivée des experts ait été fortement médiatisée, une suspicion de désaccord peut être permise quant au silence qui a entouré leur retour. Ce désaccord, nous pouvons le supposer, portait sur le grand écart qui entourait les résultats de deux candidats les plus en vue, Kabila et Tshisekedi : « S’il y a eu des irrégularités manifestes, portant sur un nombre de voix supérieur à celui séparant les deux candidats, l’annulation ne doit pas faire de doute. »[38] Les experts se sont d’ailleurs retirés.

 

Fort de leur avance truquée, les candidats qui se retrouvaient dans cette situation ne pouvaient pas approuver une quelconque solution de réorganisation des élections. La logique du fait accompli fonctionnait qui voulait que le peuple s’en tienne uniquement aux résultats proclamés par la CENI ; aucune autre possibilité de recoupement des résultats n’a été laissée aux populations. 

Au total donc, la communication défensive de la CENI et même les appels au calme lancés à travers les différentes banderoles flottant sur les grandes artères de la capitale invitaient pratiquement à la résignation et à l’acceptation sans condition des résultats proclamés par la CENI. La CENI, et son président en particulier, a vite fait d’exploiter la fibre religieuse de l’opinion congolaise pour déjouer toute stratégie de contestation dans la rue en rappelant le caractère sacré de la vie. 

 

Ce rappel, tout en donnant l’impression d’être tout à la faveur des tricheurs, était un couteau à double tranchant. En effet, le non-dit de cette invitation à s’abstenir de toute manifestation de rue est que la répression serait féroce. Un pouvoir qui use de la brutalité avoue son manque de légitimité et avoue implicitement s’être accaparé du pouvoir la force. C’est alors que les politologues parlent de hold-up électoral.

 

III.2. La communication de la CENI comme communication politique

 

Avant d’aborder la dimension politique de la communication de la CENI, il nous paraît tout de même important de rappeler les différents aspects que peut revêtir une communication politique. Elle comporte quatre aspects dont une instrumentalisation, un œcuménisme, une compétition et une délibération.

La conception instrumentale « repose pour l’essentiel sur une vision où la communication politique est constituée par l’ensemble de techniques et procédés dont disposent les acteurs politiques, le plus souvent les gouvernants, pour séduire, gérer et circonvenir l’opinion.»[39]  L’instrumentalisation de la communication altère la communication dans la mesure où la technicisation de la communication entraîne sa

manipulation. 

 

La conception œcuménique de la communication politique consiste en un « processus interactif concernant la transmission de l’information entre les acteurs, les médias d’information et le public (…). Dans la conception œcuménique, tout se passe comme si l’égalité présidait à l’accomplissement des échanges communicationnels avec de surcroît une indétermination conceptuelle forte quant à la nature de l’information

transmise. » 

 

La conception compétitive définit la communication politique comme « une compétition pour influencer et contrôler, grâce aux principaux médias, les médias, les perceptions publiques des événements politiques majeurs et des enjeux. » 

 

Cette conception est celle qui préside à l’élaboration de notre dissertation. En effet, il se dégage de cette compétition qui convoque la cognition et le symbole une sorte de rapprochement entre le conflit et la coopération d’une part et la construction du sens d’autre part. 

 

La conception délibérative se fonde sur la dimension participative du citoyen au débat et à la discussion des problèmes publics. Ce débat participatif implique non seulement une égalité des citoyens mais aussi la constitution d’un espace public digne d’une démocratie. Mais surtout

apparaît ici le lien étroit qui unit liberté et démocratie. Les élections sont

un moment important dans toute démocratie. Et c’est l’un des moments où la communication (langage) manifeste son lien avec la politique. Les élections permettent le renouvellement de la classe politique. 

               

III.2.1. Avant les élections   

 

En considérant les différentes acceptions de la communication politique, il y a lieu de penser qu’avant les élections, la communication politique de la CENI était plus instrumentale et œcuménique. 

 

En effet, l’aspect instrumental apparaît dans la reproduction des affiches pour sensibiliser les populations à aller s’inscrire au rôle et à aller voter dans la paix et pour la paix. Ce petit jeu de mots dans et pour la paix est hautement politique en ce qu’il lourd de menace. C’est comme si le peuple ne reconduisait pas l’équipe au pouvoir la paix serait menacée. Et la menace est assez sérieuse dès lors que la coalition au pouvoir a fait alliance avec une milice qui, jusqu’à ce jour, n’a jamais été désarmée, le CNDP.

Le plus grand nombre d’affiches dans certaines langues et moins dans d’autres peut paraître politique. Et c’est à ce niveau qu’intervient le volet œcuménique de la communication politique de la CENI. L’information qu’elle entend transmettre ne bénéficie d’aucune égalité de chance d’être perçue de la même manière par tous les acteurs impliqués. Or, les populations analphabètes et n’ayant aucune rationalité politique sont une proie facile à la manipulation. Et en plus ce statut d’analphabète le place en rapport asymétrique en face des dirigeants qui les conduisent vers des rivages qu’ils n’auraient jamais voulu atteindre s’ils avaient vraiment une bonne carte cognitive des principaux enjeux politiques.

 

C’est devenu une sorte de mer cognitive sur laquelle viennent surfer tous les acteurs politiques : le facteur ethnique. Depuis qu’il s’est manifesté lors des premières élections organisées à l’époque coloniale, ce facteur n’a plus quitté les têtes. Même les étrangers sont parvenus à constater la même chose que nous : « le parallélogramme des forces ethniques, les formes de sociabilités que celles-ci ont créées, les mouvements politiques qu’elles ont générés (plus de 266 partis politiques en 1959) doivent être analysés de plus près.  

La trinité impérialiste (Eglise catholique/entreprises capitalistes/ administration coloniale) a été secouée dès la fin du XIXème siècle par de nombreuses révoltes. Quelles qu’aient été leurs expressions respectives (révolte de la faim, mouvements messianiques, e.a.), elles ont toutes été des révoltes objectivement anti-impérialistes. »[40]

 

En effet, si la tendance s’était quelque peu éclipsée sous la Deuxième République avec la propagande organisée par le parti-Etat, elle est réapparue en 2006 en fracturant le pays en deux zones distinctes : l’Est et l’ouest. Mais à tout considérer, on aurait tendance à penser que cette inclination est l’apanage des seuls congolais. Loin de là ! Déjà en 1940, des chercheurs américains avaient tenté de comprendre l’impact de la campagne électorale. Les résultats auxquels ils aboutirent peuvent être superposés sur notre tribalisme et notre ethnicisme. Voici ce qu’en rapporte Nonna Mayer : « A leur surprise, ils trouvent que les électeurs se sont en majorité décidés bien avant la campagne et sont restés fidèles à leur choix initial. Leurs orientations politiques sont stables et conformes aux normes de leur milieu familial, social et culturel. Un indice de prédisposition politique combinant le statut social, la religion et le lieu de résidence permet avec beaucoup de précisions de prédire leurs choix électoraux. »[41] 

 

Ainsi que l’on peut s’apercevoir, le choix des électeurs est déjà prédéterminé dès le jour où il a pris connaissance du dépôt de candidature du gras de son coin. Voilà qui explique pourquoi les uns et les autres ont eu à faire le plein des voix dans leurs fiefs électoraux. Les ressortissants d’une même contrée qui se battent pour un poste se différencieront par ce qu’ils auraient réalisé en faveur des populations.

 

III.2.2. Pendant les élections 

 

Nous ne le dirons jamais assez, ce moment reste celui au cours duquel la CENI a le moins bien communiqué. Car si sa communication devrait porter sur la bonne organisation à assurer, celle-ci devrait aboutir sur la garantie d’une neutralité absolue de la part de la CENI. Or, à regarder de près la qualité de la communication de la CENI en ce moment, nous nous sommes aperçus que cette institution semble avoir choisi son camp. Voilà pourquoi, en dépit d’une reconnaissance sur le bout des lèvres des difficultés logistiques et leur impact sur l’issue des élections, la CENI a affiché un optimisme dont elle détenait seule le secret. Avec un peu de recul, on constate que les dirigeants de la CENI, par une organisation matérielle aussi chaotique savaient où ils allaient conduire le pays. Seul les intéressait la victoire du camp qui les avait placés. Ces dirigeants ont simplement failli à la mission prophétique confiée à l’intellectuel : « la fonction de l’intellectuel en matière politique est de prêcher le respect de la justice et de la vérité. »[42] 

 

La justice et la vérité sont devenus les véritables ennemis de l’intellectuel congolais surtout celui qui fait de la politique. Ils agissent non plus par rationalité mais par passion politique « en dressant les hommes contre d’autres hommes au nom d’un intérêt qui ou d’un orgueil et dont les deux grands types sont, pour cette raison, la passion de classe et la passion de nation. »[43]

 

Plutôt que la passion de nation qui inclinerait vers un nationalisme pur et dur, l’intellectuel congolais a opté pour la passion de classe. Il n’a jamais senti de gêne lorsque les mots de Camus résonnent à ces oreilles : « il y a de la honte à être heureux tout seul.» 

 

       

En faisant fi du bonheur collectif, il rejoint le rang de l’intellectuel imbécile dont a parlé le français Paul Valéry, c’est-à-dire un intellectuel qui fait la course aux biens matériels, s’en encombre sans jamais penser à autrui qui est juste à côté. On peut par-là comprendre pourquoi il y a eu un engouement quasi frénétique à la députation nationale.

 

III.2.3. Après les élections 

 

C’est en cette période que la CENI a le plus communiqué. Une communication qui a pris tous les attributs d’une position à la défensive. 

 

L’aversion du bureau de la CENI vis-à-vis de la vérité et de la justice est telle que la proclamation des résultats a fait l’objet de contestation à tous les niveaux. Comment accorder une crédibilité à une élection dont la vérité du verdict des urnes est contestée à la fois par les électeurs, les politiques eux-mêmes ainsi que les observateurs internationaux ?

 

La communication politique de la CENI a été caractérisée par une envie de démentir et de prouver à chaque fois qu’elle était dans le bon.  En fait, cette façon de voir le monde s’apparente à une parodie de la devise du pays. Notre pays a pour devise : justice – paix – travail mais politiquement l’agir de la CENI ne la respecte pas. Elle agissait exactement comme l’écrit encore Julien Benda : « Toute nation prétend servir la vérité, la justice et la raison, alors même, et d’autant plus, qu’elle les bafoue. »[44] L’essentiel pour la CENI résidait dans le fait que le mal commis, en se détournant de la vérité, puisse servir la cause du camp qu’elle a choisi. Elle oubliait, de ce fait, les mots de Machiavel selon lesquels : « le mal même lorsqu’il sert la politique ne cesse pas d’être le mal. »

 

Elle se serait dédouanée si, par mégarde, elle n’avait pas admis à demi-mot la fraude qu’elle a organisée en admettant que le processus était entaché d’erreurs sans qu’elle n’en détermine la nature.  

Multiplier les points de presse et se montrer agressif dans l’exposé tout comme dans les réponses des journalistes n’a pratiquement pas servi la cause de la CENI. Cette tactique défensive masquait bien quelque chose de louche. Le nombre de recours en annulation introduits à la Cour Suprême de Justice, surtout en ce qui concerne la députation nationale, illustre bien l’ampleur du désastre politique provoqué la CENI. De la sorte, alors que les élections devraient être un moment de grande cohésion nationale, la CENI s’est employée délibérément à susciter des tensions sociopolitiques dont les individus et le pays n’avaient nullement besoin.

 

La brèche ainsi ouverte est favorable à l’application de la maxime politique : « diviser pour bien régner.» Mais on peut soupçonner ou mieux imaginer quelle attitude peut être celle d’une famille politique qui tient à travailler seule. La prédation, déjà à l’œuvre, est à redouter tant il est entendu que les loups ne se mangent pas entre eux.

 

Ainsi donc, ramenée au niveau de mots constituant sa signature institutionnelle : élections transparentes, crédibles et apaisées, la communication politique de la CENI résonne comme une coquille vide. Plus un slogan de mise en conditionnement du peuple pour accepter l’imposition des résultats qu’un vrai souci d’aboutir à la matérialisation de la signature institutionnelle.

 

L’opacité dès le départ du processus électoral ne pouvait pas déboucher sur une transparence en fin de processus. C’est comme si l’on posait un syllogisme ; celui-ci ne peut aboutir sur une conclusion valide dès que la majeure est fausse. 

 

Donc les récriminations du peuple qui participaient de la phase compétitive et délibérative de la communication politique n’ont pas été prises en considération. Quoi de plus normal lors qu’une telle institution semble n’avoir de compte à rendre qu’à ceux ou celui qui les a nommés. 

       

Par le non-respect de la vérité et de la justice, par une organisation matérielle largement déficitaire, elle a faussé la compétition et en se recroquevillant, elle a fermé la porte à la dimension délibérative de la communication politique, faisant sourde oreille aux critiques et usant plus de la parole du pouvoir plutôt que du pouvoir de la parole pour convaincre.

 

Les violences qui ont entouré le processus au départ et à l’arrivée traduisent l’échec d’une communication qui n’avait cessé de revendiquer la paix pour le Congo. Le vote dans la paix et pour la paix brandi au début de la sensibilisation n’aura été qu’un bluff. Plutôt un slogan ou un vœu pieux. Et quand le mal est fait, lorsque la protestation veut gagner la rue, c’est alors que la CENI s’est employée à persuader les populations en diffusant des messages appelant à croire en la crédibilité des résultats « accepter les résultats de la CENI, c’est faire gagner la démocratie et travailler au progrès du Congo. » Mais surtout, elle a recouru à la religion pour tenter de dissuader les manifestants en insinuant une répression féroce : « Votre vie est précieuse et elle est un don de Dieu. »  

 

Cet échec de la paix qui a été promise aux populations congolaises n’a pue être réalisée mais avec un peu de volonté politique, notre pays connaitra des élections biens meilleures

 

III.3. Du rôle des missions d’observation internationale 

 

Les pays en voie de développement éprouvent toutes les peines du monde à décider de leur sort en toute indépendance. Les élections constituent un de ces moments où l’implication étrangère demeure la plus forte. Souvent, les gouvernants de ces pays qui ne prennent pas tout le temps pour organiser comme il se doit les élections ; ils attendent la dernière minute pour tenter certains bricolages à la hâte. 

       

Cependant, pris entre l’étau de la conditionnalité de l’aide par l’organisation des élections démocratiques et une envie de s’éterniser au pouvoir, les dirigeants sont obligés de demander de l’aide financière et même logistique pour organiser leurs élections. Les élections de 2006 au Congo en sont une parfaite illustration.

 

A côté de l’aide financière, il existe une autre réalité politicoéconomique avec laquelle les pays en voie de développement doivent composer : c’est la logique des intérêts des grandes puissances qui n’ont que des intérêts dans le Tiers-Monde. 

 

Ainsi, incapable de son auto-dépendance les pays du tiers-monde son les proies des pays dits « développés » pour la bonne et la simple qu’il n’y a rien pour rien. En politique et en bien d’autre domaine, tout est question d’intérêt ; considérant le financement comme l’élément capital afin d’organiser les élections, l’organe qui finance garde une position de domination et de manipulation sur l’organe qui les organisent, dans le but de protéger ses intérêt propres. Que ce soit la communauté internationale, ou le gouvernement. Le besoin de conquête du pouvoir s’inscrit dans la nature de l’Homme, ce qui fait que l’homme est capable de sacrifier tout un peuple pour des fins propres. La manifestation de ce rapport de dominant /dominé serai donc la cause de toute l’humanité. Aujourd’hui, à l’époque de la mondialisation, le sort du continent africain ne doit plus rester indifférent aux européens. Qu’il s’agisse des intérêts de l’Europe dans les domaines de la sécurité et de l’économie, de sa politique migratoire ou des changements climatiques, l’UE ne pourra résoudre aucune de ces questions si elle ne tient pas compte de l’Afrique. »46 Voilà pourquoi, le plus souvent, les élections dans le Tiers-Monde sont des élections à résultat garanti.

       

 

Les élections où les résultats sont déjà joués à l’avance sont des élections dont les occidentaux, pour l’essentiel, tiennent à voir à la tête du pays un homme de paille, un homme qui leur soit favorable. A cet effet, seul importe aux occidentaux, l’élection présidentielle. Les législatives n’intéressent apparemment pas les occidentaux qui ne se sont prononcés plus que sur l’élection présidentielle. Ainsi pour s’assurer que le contrôle des élections ne leur échappe pas, les pays nantis développant le discours des intérêts dépêchent des observateurs, souvent en petit nombre mais dont la voix compte dans la crédibilité à accorder aux élections.

 

 Entre la logique et la statistique, il nous faut trouver le juste milieu. Malheureusement, la tendance mathématique prime et on oublie la rigueur logique et on accrédite la thèse de la mission d’observation étrangère. En dépit de leur petit nombre, l’avis des observateurs internationaux pèse d’un poids tellement écrasant qu’il oblige tout le monde à s’aligner sauf naturellement les plus concernés, c’est-à-dire ceux qui sentent que le gâteau est en train de leur échapper. Le primat de la statistique ressemble par bien des côtés à la raison du plus fort rapportée par la fable de La Fontaine.

 

Si nous tenons à souligner le rôle des missions d’observation étrangère, c’est juste parce que, en ces élections 2011, elles ont été les premières (centre Carter) à tirer la sonnette d’alarme sur la non-crédibilité des élections congolaises. Mais aussi curieux que cela paraisse, elles n’ont jamais brandi des preuves irréfutables de fraude pouvant frapper du sceau de non-crédibilité les résultats de ces élections, la société civile pareil, le cas de l’église catholique entre autre.

 

Mais, les missions d’observations  détiennent des preuves, n’est-il pas intéressent de le confronter à celles de la CENI ? Ou est-ce là encore un problème d’intérêt politico-économique ? Ou de manipulation ? 

 

La voix des missions d’observation retentit tellement fort, relayée par leurs médias. De ce fait, les Congolais se trouvent aujourd’hui divisés plus que jamais, à l’intérieur comme à l’extérieur. Si la fracture sociale interne peut être ethnique, celle externe oppose plutôt une partie de la population et son gouvernement. C’est ce qui se passe aujourd’hui avec la diaspora congolaise qui, pour n’avoir pas eu, le droit de vote, use de la violence pour traduire son mécontentement. Une diaspora manifestement acquise à la cause de l’opposition constitue un danger pour le pouvoir du pays. Car une telle diaspora peut retourner sa veste et trahir le pays.

Enfin, la trop grande importance que prend la voix des missions d’observation étrangère vide de sa substance la démocratie que l’Occident demande que nous mettions en place. Le droit à l’autodétermination par le vote n’est pas encore une réalité pour les africains, singulièrement les congolais. Les votes dans le Tiers-Monde semblent n’être que des formalités utilisées pour accorder une fausse vraie légitimité à des hommes qui, en réalité, ne représentent les pays du Sud qu’en théorie. En pratique, ils travaillent pour les puissants de la terre.

 

 Au total donc, la communication de la CENI que nous avons examinée comme publique et politique reste globalement déficitaire. Qu’elle soit publique ou politique, nous avons relevé que la communication avait pris fait et cause pour un camp. A l’instar du public qui constitue le douzième homme pour une équipe de football jouant à domicile, la CENI a été le énième parti de la coalition qui gérera le pays lors des prochaines cinq années.  

 

Nous trouvant en phase de jeter les bases d’un processus électoral réellement démocratique, il faut repenser sérieusement la communication de la Commission Electorale Nationale Indépendante si elle veut se  montrer crédible et surtout neutre lors des échéances à venir car le processus électoral n’est pas encore achevé. Un adage français dit : « Il n’est jamais trop tard pour bien faire.» 

       

La République Démocratique du Congo avec sa jeune démocratie a toute intérêt à l’expérimenter en mettant les besoin de son peuple au centre de toutes ces conquête, des débats, des élections…Bref faire fonctionner la RDC à l’image des congolais et congolaise. 

III.4. Perspectives pour des élections réussies au Congo

 

Les élections sont un moment crucial dans une démocratie. Elles permettent le renouvellement de la classe politique. Pour qu’elles réussissent un certain nombre de préalables doivent être remplis avant que l’on ne prenne le risque de les organiser. Or, les élections de 2011 ont battu le record en matière de contestation des résultats, non seulement au niveau des acteurs politiques impliqués dans la compétition mais également par le peuple lui-même et les observateurs internationaux.

 

La première raison à ce dysfonctionnement tient à une organisation déficitaire. L’optimisme affiché par l’autorité morale de la CENI pour que les élections se tiennent à la date prévue fait tomber tous les masques quant à la volonté de tricher qui animait déjà l’organisation. C’est donc à une fraude organisée que l’on a assisté avant les élections et à des cas de fraude importants pendant et après les élections que la CENI a servi au peuple congolais. Le nombre de contentieux en cours au tribunal peut confirmer cette organisation désastreuse (cfr. annexe)

 

Dans la même optique, il nous a semblé que la fraude organisée avait des antécédents qui se laissaient lire comme des repères tout au long du processus électoral. Pour que nous ne retombions plus dans les mêmes travers, voici quelques recommandations.

 

Un constat a souvent été établi qui confirme que la société congolaise va mal parce qu’elle a un problème d’homme. A cet effet, le gouvernement devrait éviter de nommer les membres de la Commission

      Electorale Nationale Indépendante.                                        

Car la nomination rend dépendantes les personnes nommées vis-àvis de l’autorité qui les y a placées. Pour cela, il faudrait que le parlement se saisisse du dossier et lance un appel à candidature avec des critères stricts pour les membres de cette commission. 

 

Si les membres de la commission ont des devoirs vis-à-vis de la nation congolaise, ils ont aussi des droits à faire valoir. Entre autres, il faut que le gouvernement débloque les fonds nécessaires à la bonne organisation des élections à temps. Le respect du calendrier électoral doit être de mise. Il ne faudrait pas attendre l’année électorale pour tout mettre en œuvre. Si la loi électorale prend du temps pour être adoptée, il faudrait que le travail sur la loi électorale commence également à temps. Mais en plus, il faudrait aussi que l’on se pose la question de savoir si cela vaut la peine de modifier la loi électorale à chaque élection. Il faut, à cet effet, que le législateur congolais se souvienne de cette mise en garde lancée par Montesquieu : « la multiplicité des lois est le signe de décadence d’un pays. »

 

Mais surtout que le gouvernement recense correctement les populations. Le recensement permet de connaître le nombre exact de populations dans chaque province, district, territoire et secteur. Une démographie bien maîtrisée permet de découper en toute équité les circonscriptions électorales. Un bon recensement fera également qu’en cas de doute au niveau de l’enrôlement, on puisse vérifier à partir des données issues du recensement.

 

De la même manière que les élections ont lieu en un jour et partout dans tout le pays, il faudrait que l’enrôlement se fasse également au même moment ; on ne devrait pas avoir des provinces qui le font avant, et d’autres après. Cela évite aux acteurs politiques d’interférer dans le travail de la Commission pour imaginer des stratégies de fraude servant à conserver ou  à parvenir au pouvoir.

La transparence doit être de mise ; il ne peut y avoir de tabou quant  à l’accès au serveur central. Il ne suffit pas à la CENI d’inviter aux élections démocratiques sans qu’elle-même n’en donne l’exemple. La transparence est une vertu démocratique par laquelle elle doit donner des leçons aux hommes politiques. En tant que structure publique appelée à être comme une église au milieu du village, elle doit se dépasser pour garder une bonne marge de neutralité. Son leitmotiv doit être que « le meilleur gagne.» La CENI ne devrait pas perdre de vue que les candidats sont candidats l’espace d’une campagne de quelques mois, mais ils sont chef de l’Etat ou député pour un mandat assez long et qu’ils agissent au nom de tous.

 

Ensuite, la crédibilité d’une institution ne se décrète pas ; elle se construit et se constate. Il faudrait qu’à la longue, la CENI se passe de slogan ; l’essentiel pour elle se résumant à faire « correctement » le travail.

 

Du point de vue de la communication, elle doit disposer d’un vrai centre de presse où les journalistes viennent puiser les informations à la source plutôt que de spéculer. Le chargé de communication sera celui qui mettra en place une bonne stratégie de communication pour l’institution plutôt que de se mettre à répondre au coup par coup en envoyant au front le président comme s’il s’agissait pour lui de répondre à des attaques personnelles.  Le chargé de communication doit pouvoir établir une nette différence entre la communication et le journalisme. La première exige une vue sur la durée tandis que la deuxième repose sur la couverture de l’actualité.

 

S’agissant de la stratégie de communication, la CENI devrait repenser la sienne en essayant de trouver des réponses à ses faiblesses, opportunités et menaces. Les réponses ainsi trouvées ont une incidence sur l’image de marque de la CENI et de fait, lui assurent une certaine crédibilité auprès des populations. 

       

Puisque tout a été gâché et que la confiance n’existe plus entre la CENI et le peuple, il lui faut saisir l’opportunité des élections des députés provinciaux, des sénateurs et autres élections municipales pour essayer de rétablir la confiance. Faute de le faire, on observera une sorte de défection de la population qui traduira son mécontentement par un fort taux d’abstention.  Le schéma ci-dessous reprend la logique communicationnelle telle qu’elle aurait dû se déployer.

 

Tableau  1 : Analyse des forces, faiblesses, opportunités et menaces

 

Forces

 

Communication pédagogique,

Médiatisation (affiches, banderoles, autocollants, bande dessinée 

 

Faiblesses

 

Manque de stratégie de communication

Notoriété instable et sans consistance

Image de marque négative

 

Opportunités

 

Le calendrier électoral offre des opportunités pour se ressaisir (élections des députés provinciaux, sénateurs)

 

Organiser des émissions radio, télé sous forme d’opérations des relations publiques pour reconnaître ses erreurs d’appréciation

 

Créer une sorte d’observatoire médiatique pour avoir un retour sur image

 

Entretenir un paysage médiatique très actif pour essayer de relayer le message de la CENI 

 

 

 

Menaces

 

Perte de crédibilité énorme dans la gestion du processus électoral de 2011

 

 

 

Le centre de presse doit devenir un centre de communication 

 

 

 

Partis politiques, peuples et société civile méfiante vis-à-vis de la CENI

 

 

Gros risque de désintéressement de la population au processus électoral

 

       

Conclusion partielle

 

Ce dernier chapitre de notre travail s’est donné pour tâche d’apprécier la communication de la CENI en tant qu’elle était publique et politique mais en relation avec sa signature institutionnelle, c’est-à-dire conduire les congolais vers des élections transparentes, libres, crédibles et apaisées ; et cela selon la ligne du temps : avant, pendant et après les élections. Puis au regard de cette appréciation, nous avons suggéré quelques correctifs afin que la CENI puisse respecter les engagements qu’elle a pris vis-à-vis du peuple congolais. 

 

De manière globale, qu’elle soit perçue sous l’angle de la communication publique ou qu’elle le soit sous celle de la communication politique, la communication de la CENI a été déficitaire. L’institution a ainsi de gros progrès à accomplir. Du fait d’une image de marque déficitaire, la CENI devrait saisir l’opportunité de la suite du processus électoral pour corriger les erreurs commises lors des présidentielles et des législatives, c’est-à-dire les élections des députés provinciaux, des sénateurs et les municipales. La correction des erreurs reste la seule manière pour l’institution de retrouver son crédit auprès des acteurs politiques impliqués dans la compétition électorale en accomplissant ainsi la promesse faite de donner aux congolais des élections transparentes, libres, crédibles et apaisées. 

       

Conclusion générale

 

 Notre travail s’est voulu une approche évaluative de la communication de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) au regard de sa signature institutionnelle : pour des élections transparentes, libres, crédibles et apaisées.

 

Nous sommes parties de l’idée simple, au regard de toute la tension politique qui a précédé et suivi les élections que la communication de cet organe technique du gouvernement chargé d’organiser les élections était déficitaire. Un déficit consécutif à la mauvaise organisation matérielle des élections.

 

Cette hypothèse demandait à être infirmée ou confirmée. Pour le faire, nous avons estimé que la communication de la CENI devait être considérée à la fois comme une communication publique et politique. Ensuite, elle devrait être analysée selon une logique linéaire : avant, pendant et après les élections. Cette analyse ne perdait en aucun moment les prescrits de la signature institutionnelle : pour des élections transparentes, libres, crédibles et apaisées.

 

Au terme de l’analyse que nous avons appliquée à cette communication, le principal résultat auquel nous sommes parvenues tend à confirmer notre hypothèse de départ : globalement, la communication de la CENI n’a pas respecté les engagements pris vis-à-vis du peuple congolais. Depuis les premiers instants du processus électoral (révision du fichier électoral) jusqu’à la proclamation des résultats, la communication n’a pas bien fonctionné. Elle a accusé un déficit important tant les dirigeants ont voulu imposer la parole du pouvoir plutôt que d’user du pouvoir de la parole pour amener le peuple congolais vers une réconciliation avec lui-même. 

 

La transparence n’a pas été de mise ; un flou entretenu a couvert tout le processus. La loi électorale n’a pas été proclamée à temps pour permettre aux parties impliquées de s’imprégner du texte afin de pouvoir le vulgariser auprès des militants. Les moyens matériels n’ont pas pu être débloqués à temps et l’optimisme affiché pour assurer que tout allait bien dissimulait autant les difficultés logistiques qu’une envie de tricher. 

 

La conséquence logique est que le contentieux électoral n’a pas pu être formulé selon les prescrits de la loi. Le fichier électoral n’a pas fait l’objet d’un toilettage concerté mais la CENI a décidé de découper les circonscriptions électorales, faussant du même coup le calcul de coefficient de la répartition des sièges. Le dépouillement et la compilation des résultats ont montré des signes d’une magouille organisée. Ceci dit, la communication de la CENI, plutôt que de rechercher l’intérêt du Congo, c’est-à-dire se montrer vraiment comme une véritable communication publique, elle s’est affichée plus comme une communication politique où l’autre a été exclu du débat pouvant conduire justement à l’apaisement.   

 

Sans transparence du processus électoral, sans liberté le jour du vote, sans résultats crédibles après dépouillement, la CENI semble avoir réuni tous les ingrédients pour une explosion de violence. La paix est un rêve que caressait la CENI. Mais plutôt que la paix, nous avons eu droit à la violence physique et surtout symbolique. Les mots des dirigeants de la CENI n’ont pas été des fenêtres ouvrant sur la paix mais plutôt des glaives qui ont empoisonné les relations entre congolais. Le mal, quand bien même, il aurait servi un camp n’a pas cessé d’être un mal. Ce qui s’est confirmé par les nombreux messages d’après la proclamation où un élan de contestation a voulu gagner la rue et que la CENI a cherché à contenir par un recours à la religiosité du congolais.

 

Toutes ces faiblesses peuvent être corrigées si la CENI comprend que dans une démocratie, la voix de chaque membre compte. La dimension délibérative fait que nous participions tous sur un pied d’égalité à la résolution de nos problèmes communs. L’idéal démocratique se ramène à deux promesses solidaires : d’une part, nous pouvons, ensemble, sur la base d’une égalité de parole, discuter et décider de notre destin ; d’autre part, nous pouvons pacifier la conflictualité tout en gardant la dynamique de nos différences. 

 

La CENI doit aussi tenir compte des opportunités électorales à venir pour tenter de se rattraper car il n’est jamais trop tard pour bien faire. C’est à ce prix qu’elle peut retrouver la confiance perdue des Congolais et se refaire une nouvelle bonne image de marque.

 

Parmi les propositions faites, nous avions relevé le constat selon lequel le Congo avait un sérieux problème d’homme. Et qu’à ce titre, plutôt que d’être nommés, les dirigeants de la CENI devraient être élus par le parlement ; ce qui éviterait aux membres d’être à la merci de celui qui les aurait nommés. 

       

Annexes

 

Bibliographie

I. Ouvrages

 

1.        BAECHLER, J., Précis de démocratie, Paris, Calmann-Lévy, 1994.

2.        BENDA, J., La trahison des clercs, Paris, Fayard, 1995.

3.        BONNEVILLE, L. GROSJEAN, S. et LAGACE, M., Introduction aux méthodes de recherche en communication, Montréal, Gaëtan Morin Editeur, 2007.

4.        CANFORA, L., La démocratie : histoire d’une idéologie, Paris, Seuil, 2006.

5.        COLLECTIF CHRETIEN POUR LES ELECTIONS, Elections en RDC : enjeux et stratégies d’organisation, Kinshasa, Editions de l’Epiphanie, 2006. 

6.        FACULTES CATHOLIQUES DE KINSHASA, Les élections libres, démocratiques et transparentes en RDC : menaces ou opportunités, Kinshasa, FCK, 2004.

7.        GERSTLE, J., La communication politique, Paris, A. Colin, 2008.

8.        GOUREVICTH, J.P.,  L’image en politique. De Luther à Internet et de l’affiche au clip, Paris, Hachette, 1998.

9.        HAMEL, J., Précis d’épistémologie de la sociologie, Paris, L’Harmattan, 1997.

10.     LEMAIRE, M. et ZEMOR, P., La communication publique en pratique, Paris, La Documentation française, 2008.

11.     OLIVESI, S. (dir), Introduction à la recherche en SIC, Grenoble, PUG, 2007. 

12.     ROSANVALLON, P., La démocratie inachevée, Paris, Gallimard, 2000. 

13.     SCHULZ, M. (éd.), Les porteurs du développement durable en RDCongo, Kinshasa, CEPAS/Ed. du Spektrum, 2010.

14.     ZEMOR, P., La communication publique, 2ème édition corrigée, Paris, PUF, 1999 

15.     ZIEGLER, J., Main basse sur l’Afrique, Paris, Seuil, 1978.

II. Articles

1.        DJEDJRO F. MELEJE, « Le contentieux électoral en Afrique », Pouvoirs, 129, 2009, p. 139-155.

2.        LEYVAL-GRANGER, A., « La communication locale : entre service public et promotion politique », Communication et langage, n° 120, 1999, p. 41-54. 

3.        MALU-MALU, A.,« Les élections en République Démocratique du Congo : un aperçu général » in Manfred SCHUTZ (éd.), Les porteurs du développement durable en RDCongo, Kinshasa, Ed. du CEPAS/Ed. Spektrum, 2010.

4.        MAYER, N.,  « Qui vote pour qui et pourquoi ? Les modèles explicatifs du choix électoral », Pouvoirs, n°120, 2007, p. 17-27.

5.        MBWEBWA Kalala, J.P., « La dynamique des partis politiques congolais face aux enjeux électoraux » in FACULTES CATHOLIQUES DE KINSHASA, Les élections libres, démocratiques et transparentes en RDC : menaces ou opportunités, Kinshasa, FCK, 2004, 127-151.

6.        MOLEKELA, D., « Révision du fichier électoral. La sensibilisation de la population au cœur de la réussite des opérations » in Echos des élections. Magazine d’informations électorales en République Démocratique du Congo, Septembre 2001, p. 9.

7.        NGOY Mulunda, « La CENI déterminée à organiser les scrutins le 28 novembre 2011 », Interview accordée au Magazine Echos des élections, n° 001, Sept. 2001, p. 46.

8.        OLIVESI, S.,  « Le travail du concept » in S. OLIVESI (dir), Introduction à la recherche en SIC, Grenoble, PUG, 2007. 

9.        OWEN, B., « Les fraudes électorales », Pouvoirs, n°127, 2007, p. 133147.

10.     PHILIPPE, C., « Le contentieux de l’élection présidentielle : aspects choisis », Pouvoirs, n° 129, 2009, p. 181-194.

11.     SCHROEDER, J. et DANE, F., « La mission d’observation électorale de l’UE en République Démocratique du Congo » in Manfred SCHULZ (éd.), Les porteurs du développement durable en RDCongo, Kinshasa, CEPAS/Ed. du Spektrum, 2010, p. 622.

 

III. Webographie

 

1. CONSTANT, B., « Les effets de la terreur » consulté sur le site http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_socia les/index.html, le 15 janvier 2012.

 

IV. Mémoire

 

1.  (TSONGO VAHIGENE VUSOLO R., La CEI et les outils multimédias dans la gestion de l’information destinée aux électeurs au Congo, Mémoire de Licence, IFASIC, 2009, 102 p. 

Quels étaient nos

?)

(Que s’estil

 

 

Conclusion partielle 

Recommandations

Introduire ?

Que l’organe organisateur des élections multiplie une franche

collaboration avec  les partis politiques et la société civile. préciser

Que cet organe organise des confrontations d’idées des candidats à la présidentielle tout en en médiatisant, pour permettre aux électeurs de se faire son propre jugement selon que tel ou tel candidat l’a convaincu. Ici, les hommes politiques ne devraient pas se considérer comme des ennemis mais plutôt comme des pairs qui ne partagent pas les même idées mais qui se battent pour l’intérêt commun en se gardant un respect mutuel. 

Que cet organe s’assure que tout les candidats à la présidentielle usent d’une égalité de temps et de droit à battre campagne à travers les médias. 

Que cet organe joue le rôle d’une église au milieu du village c.-à-d fait preuve d’impartialité et de neutralité d’une part, et, d’autre part assume un rôle de messager en toute objectivité.  

Du point vue organisationnel, que l’Assemblée Générale propose des candidats au poste de président de l’organe organisateur des élections, et ensuite fait procéder à un vote ; pour éviter toute question de légitimité.   

Que l’organe organisateur des élections prévoit et met à disposition du grand public une Revue d’Après l’Action (RAA).  Il faudrait élaborer davantage.



[1] TSONGO VAHIGENE VUSOLO R., La CEI et les outils multimédias dans la gestion de l’information destinée aux électeurs au Congo, Mémoire de Licence, IFASIC, 2009, 102 p. 

[2] L. BONNEVILLE, S. GROSJEAN et M. LAGACE, Introduction aux méthodes de recherche en communication, Montréal, Gaëtan Morin Editeur, 2007, p. 32.

[3] J. HAMEL, Précis d’épistémologie de la sociologie, Paris, L’Harmattan, 1997.

[4] Ibid., p. 119.

[5] S. OLIVESI, « Le travail du concept » in S. OLIVESI (dir), Introduction à la recherche en SIC, Grenoble, PUG, 2007, p. 222. 

[6] P. ROSANVALLON, La démocratie inachevée, Paris, Gallimard, 2000, p. 15. 

[7] L. CANFORA, La démocratie : histoire d’une idéologie, Paris, Seuil, 2006, p. 121.

[8] J. BAECHLER, Précis de démocratie, Paris, Calmann-Lévy, 1994, p. 119.

[9] J. BAECHLER, op. cit, p. 120.

[10] P. ZEMOR, La communication publique, 2ème édition corrigée, Paris, PUF, 1999 et M. LEMAIRE et P. ZEMOR, La communication publique en pratique, Paris, La Documentation française, 2008. 11 P. ZEMOR, La communication publique, p. 5.

[11] Ibid. p. 7.

[12] J. BAECHLER, op. cit, p. 77.

[13] Ibid., p. 78.

[14] P. ZEMOR, op.cit., p. 23.

[15] P. ZEMOR, op. cit., p. 73.

 

[16] A.LEYVAL-GRANGER, “La communication locale : entre service public et promotion politique”, Communication et langage, n° 120, 1999, p. 46. 

[17] P. ZEMOR, op. cit., p. 94-95.

[18] A.LEYVAL-GRANGER, “La communication locale : entre service public et promotion politique”, Communication et langage, n° 120, 1999, p. 51.

[19] Ibid, p. 53.

[20] J. P. GOUREVICTH, L’image en politique. De Luther à Internet et de l’affiche au clip, Paris, Hachette, 1998, p. 67

[21] J. GERSTLE, La communication politique, Paris, A. Colin, 2008, p. 9.

[22] Ibid, p. 9.

[23] Elections en RDC : enjeux et stratégies d’organisation, Kinshasa, Editions de l’Epiphanie, 2006, p. 16. 

[24] J.P. MBWEBWA Kalala, « La dynamique des partis politiques congolais face aux enjeux électoraux » in FACULTES CATHOLIQUES DE KINSHASA, Les élections libres, démocratiques et transparentes en RDC : menaces ou opportunités, Kinshasa, FCK, 2004, p. 137.

[25] op. cit, p. 16.

[26] Ibid., p. 17.

[27] op. cit, p. 17.

[28] Ibid., p. 17.

[29] A. MALU-MALU, « Les élections en République Démocratique du Congo : un aperçu général » in Manfred SCHUTZ (éd.), Les porteurs du développement durable en RD Congo, Kinshasa, Ed. du CEPAS/Ed. Spektrum, 2010, p. 595.

[30] NGOY Mulunda, « La CENI déterminée à organiser les scrutins le 28 novembre 2011 », Interview accordée au Magazine Echos des élections, n° 001, Sept. 2001, p. 46.

[31] D. MOLEKELA, « Révision du fichier électoral. La sensibilisation de la population au cœur de la réussite des opérations » in Echos des élections. Magazine d’informations électorales en République Démocratique du Congo, Septembre 2001, p. 9.

[32] DJEDJRO F. MELEJE, « Le contentieux électoral en Afrique », Pouvoirs, 129, 2009, p. 142.

[33] Ibid., p. 148.

[34] Ibid, p. 149.

[35] B. OWEN, « Les fraudes électorales », Pouvoirs, n°127, 2007, p. 133.

[36] Ibid., p. 133.

[37] B. OWEN, art. cité, p. 133.

[38] C. PHILIPPE, « Le contentieux de l’élection présidentielle : aspects choisis », Pouvoirs, n° 129, 2009, p. 191.

[39] J. GERSTLE, op. cit., p. 9.

[40] J. ZIEGLER, Main basse sur l’Afrique, Paris, Seuil, 1978, p. 105.

[41] N.MAYER, « Qui vote pour qui et pourquoi ? Les modèles explicatifs du choix électoral », Pouvoirs, n°120, 2007, p. 18.

[42] J. BENDA, La trahison des clercs, Paris, Fayard, 1995, p. 15.

[43] Ibid, p. 14.

[44] J. BENDA, op. cit, p. 18. 

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