Née des cendres de l'UDEAC le 5 Février 1992, après la ratification de ses instruments par les six Etats membres, la Communauté Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC) est instituée par le traité du 16 Mars 1994 signée à Ndjamena par les Chefs d'Etat des Républiques du Cameroun, du Congo, de la Guinée Equatoriale, du Gabon, de la RCA et du Tchad. La nouvelle institution sous-régionale a pour objectifs fondamentaux de rendre effective l'harmonisation des politiques et l'élaboration d'un cadre juridico-économique favorable à la relance de l'investissement et surtout la réalisation d'un marché commun.
Au regard de ces enjeux, la CEMAC est confrontée à de nombreux défis et dans ce cadre, l'effectivité de la liberté de circulation des biens et des personnes constitue un passage obligé pour une intégration réussie, c'est-à-dire facteur de développement pour les différents Etats. Seulement, plus de 15 ans après le lancement de cette nouvelle initiative, force est de constater que les objectifs initiaux sont loin d'être atteints. Au contraire, l'ombre de l'échec de l'UDEAC plane sur la CEMAC, car les résultats escomptés sont peu visibles. Aujourd'hui, plus que jamais, il convient de jeter un regard à la fois rétrospectif, en identifiant les raisons du retard accusé comparativement aux autres entités du même type comme l'Union Economique et Monétaire de l'Afrique de l'Ouest (UEMOA), et perspectif en proposant quelques orientations sur la façon de surmonter les obstacles inhérents à la mise en place de la liberté de circulation des biens et des personnes en zone CEMAC.
Dès le lancement des activités de la CEMAC le 25 juin 1993 en Guinée Equatoriale, les Etats membres se sont fixés comme objectif majeur de construire un marché commun compétitif et concurrentiel, basé sur la libre circulation des biens et des personnes en vue de se doter d’une meilleure capacité de création de richesse et d’insertion dans l’économie mondiale. En dépit des progrès réalisés, force est de constater que la libre circulation des biens et des personnes est très peu effective. Cette défaillance met en évidence un bilan mitigé qui se traduit par la non-réalisation des objectifs fixés par la nouvelle institution sous-régionale et la faiblesse de l’esprit communautaire. De même, l’existence des velléités protectionnistes et les dysfonctionnements du mécanisme de financement ont considérablement réduit l’ampleur des projets intégrateurs. Au regard de ce qui précède, la problématique sur laquelle se fonde notre étude se présente sous forme d’une série de questions ci-après : - Compte tenu de toutes les difficultés inhérentes au processus de mise en œuvre de l’intégration sous-régionale en Afrique centrale depuis l’UDEAC jusqu’à la création de la CEMAC en 1994, peut-on penser que les pays de la zone CEMAC soient à même d’aboutir à la libre circulation des personnes et des biens avec les moyens et les mécanismes dont ils disposent ?