LE SERMENT D’HIPPOCRATE ET SON APPLICABILITE EN MEDECINE AUJOURD’HUI A LA POSTMODERNITE A L’ERE DE LA MONDIALISATION UNE LECTURE MAFFESOLIENNE DE L’ETHIQUE DE LA POSTMODERNITE
Par Jean Paul SANGWA Mahingu
Assistant à l’Institut Supérieur Pédagogique de Kolwezi
Introduction
Depuis l’Antiquité ; le serment d’Hippocrate gardait encore son sens en faisant force de loi. A cela, tout Médecin avant d’entrer en exercice de sa fonction, était dans l’obligation de prêter et de veiller au respect et à l’obéissance de son engagement. Car, un Médecin ne doit pas viser une fortune mais le sacrifice qui déterminera son honneur et sa dignité. Loin de lui les intentions de s’enrichir. Ce qui nous plonge dans un questionnement : ce serment est-il applicable aujourd’hui ? Et si cela n’est pas le cas, comment expliquer sa non observance en rapport avec l’éthique de la postmodernité ? Ces deux questions débouchent sur une troisième sui consiste à savoir si ce serment ou encore de l’avenir?
Pour Hippocrate, un Médecin devrait jurer devant les dieux, en vue de rassurer son ferme engagement et sa détermination irréversible. Comme personne ne peut mentir les dieux, un Médecin ne pouvait se détourner de son engagement de fidélité au serment. Tel n’est plus le cas de nos jours. L’éthique du présent, de l’instant, de la reliance se répand de plus en plus.
Aujourd’hui, à cause de cette éthique, l’euthanasie est possible tout en se consolent de pouvoir donner une mort douce, la mort digne d’honneur à quelqu’un ; or, en réalité, c’est un meurtre. Avec la bénédiction de cette éthique, l’avortement est possible tout avec comme justification l’intérêt noble dans le cadre du planning familial. Tous ses arguments ne tiennent pas debout dans la mesure où l’homme postmoderne fait sourde oreille et cherche à se soustraire de la morale qu’il juge trop rigide, inactuelle, vieille. Voilà ce qui justifie la perversion dans le domaine médical.
I. Le serment d’Hippocrate
Naquit sur l’île de Cos vers 460 avant notre ère, Hippocrate est le plus grand Médecin de l’Antiquité grecque, le fondateur de la médecine moderne grecque. Car, avant lui, la maladie résultait d’une explication divine dans la mesure où les dieux dans leurs colères punissaient les hommes des maladies contagieuses en vue de les amener à la repentance aux moyens des sacrifices[1]. Mais, cette croyance était générale avant la médecine moderne parce que la maladie était considérée comme ayant une source surnaturelle qu’il fallait découvrir auprès des devins, des féticheurs. Cette croyance ne nous a pas quitté jusqu’aujourd’hui. Nous croyons comme les profanes que le Sida est une punition de Dieu contre les adultères.
Grâce à Hippocrate, la maladie a obtenue une explication scientifique et rationnelle : on devient malade lorsque notre corps est en contact avec les microbes.[2]Et comme solution à remédier, Hippocrate nous exhorte à mener une vie mesurée[3]. Le chemin qui mène à la santé passe par la modération, l’harmonie et une âme saine dans un corps sain[4], parole d’Hippocrate. Il mourût en 377 av. n.è.
Du contenu du serment :
Je jure par Apollon, Médecin, par Esculape, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l’engagement suivant :
Je mettrai mon maître de médecine au même rang que les auteurs de mes jours, je partagerai avec lui mon savoir, et, le cas échéant, je pourvoirai à ses besoins ; je tiendrai ses enfants pour des frères, et, s’ils désirent apprendre la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement.
Je ferai part des préceptes, des leçons orales et du reste de l’enseignement à mes fils, à ceux de mon maître, et aux disciples liés pour un engagement et un serment suivant la loi médicale, mais à nul autre.
Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice.
Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion ; semblablement, je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif.
Je passerai ma vie et j’exercerai mon art dans l’innocence et la pureté.
Je ne pratiquerai pas l’opération de la taille, je la laisserai aux gens qui s’en occupent.
Dans quelque maison que j’entre, j’y entrerai pour l’utilité des malades ; me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves.
Quoique je voie où entendre en société pendant l’exercice ou même en dehors de l’exercice de ma profession, je tairai ce qui n’a pas besoin d’être divulgué, regardant ma discrétion comme un devoir en pareil cas.
Si je remplis ce serment sans l’enfreindre, qu’il me soit donné de jouir heureusement de la vie et de ma profession, honoré à jamais parmi les hommes ; si je le viole et que je me parjure, puissé-je avoir un sort contraire[5] !
Partant de ce serment, nous pouvons retenir qu’un Médecin n’était pas libre de faire à son patient tout ce qui était à son pouvoir : lui violer, le donner du poison, lui causer la mort au moyen de l’avortement en lui donnant des produits toxiques, se prostituer avec son patient, assister passivement à la mort d’un patient dépourvu des moyens en vue de se prendre en charge ; c’est sur ces points que porte notre attention dans l’analyse textuelle au regard de l’éthique maffesoliènne de la postmodernité.
II. L’éthique de la postmodernité selon Michel Maffesoli
L’éthique de la Postmodernité a vraiment affecté notre vie quotidienne. Après l’analyse critique sur les faits sociaux de notre époque dite Postmoderne, Maffesoli constate que seule la jouissance illimitée du plaisir est au centre de toute chose : Carpe diem qui l’exprime fort bien devient des valeurs massives et irrécusables[6]. Face à cette réalité sur l’impératif social, une seule éthique est valable pour mettre en équilibre ce règne de passion, d’émotion, de sentiment est l’éthique de l’instant qui se manifeste comme celle de la reliance : une éthique de l’instant se donne à voir, qui était jusqu’alors en mezza voce[7].
Dans le vocabulaire de l’auteur, l’instant désigne l’horizon, l’intensité ou s’exerce la vie quotidienne. L’instant est l’horizon dans lequel se reconnaît la créativité quotidienne. (…) Elle est l’intensité du présent tend à prévaloir[8]. Si cela est la caractéristique de cette époque dite Postmoderne à combien plus forte raison que son éthique peut se rappeler de cela ! Car, sa logique est belle et bien simple. A cela, l’éthique de l’instant se définit comme lieu d’habitation, demeure que l’on partage avec d’autres. (…) Amour de ce monde-ci. Désintérêt pour les arrière-mondes possibles. Un situationnisme généralisé en quelque sorte[9]. C’est pour cette raison que Maffesoli l’appelle encore plus clairement : l’éthique de la reliance comme une réalité dont il importe de cerner les enjeux positifs et ou négatifs[10]. Par opposition à la pensée de son contemporain Edgard Morin qui lui en évoquant l’éthique de reliance parle plus d’une finalité, voire un impératif[11]. Mais, les deux visions forment une réalité duelle et dialogique constituant le paradigme de l’hyper-modernité[12].
Revenons à la première qui intéresse cette étude. En effet, pour Maffesoli, l’éthique de l’instant nous permet de saisir le changement qui s’opère aujourd’hui dans nos sociétés postmodernes. C’est à cela qu’elle est comprise comme une médiance : la médiance telle qu’elle est définie par A. Berque, sont des bons instruments pour saisir le changement d’épistémè qui est en train de s’opérer dans les sociétés contemporaines : à savoir, pour être bref, ce n’est plus l’histoire et le développementalisme qu’elle sécrète sur le devant de la scène, c’est-à-dire que ce n’est plus un monde à venir, pur, nouménal, qui occupe l’imaginaire collectif, mais au contraire le monde phénoménal et ses composantes sensibles et concrètes, d’où par exemple, dans la tradition japonaise, l’importance lieu (Bashô) dans la constitution de la société[13].
D’où proviennent ses valeurs ? A cette question, Maffesoli répond en affirmant que ses valeurs proviennent de nos valeurs archaïques[14]. Il s’agit du tribalisme, du nomadisme qui fragilise notre manière de penser et d’être. Et cela bouillonne comme un tourbillon qui emporte et qui transbahute toute chose à son passage. Qui parle de l’éthique de la Postmodernité, parle aussi du sentiment tragique de la vie[15]. Le quotidien dont il est question, c’est une réalité et en temps en vrai principe de la réalité : (…) le vrai principe de réalité, mieux, celui de la surréalité[16]. Ces sentiments tragiques (intenses, effervescences multiples) de la vie, immobilisent et ralentissent le temps qui permettant à l’homme Postmoderne d’envisager à vain pleinement son temps présent ce qui dénote du présentéismes en l’empêchant de projeter l’avenir. Elle rend l’homme égoïste, figé de sa vie du présent. A ces propos, Maffesoli ajoute : Par contre l’on voit poindre un éloge de la lenteur, voire de la paresse. La vie n’étant plus qu’une concaténation d’instants immobiles, d’instants éternels dont il faut pouvoir tirer le maximum de jouissance[17].
Dans cette vie ordinaire et banale de chaque jour, l’homme se présente comme une personne avide de tout qui s’accapare de tous espérant récupérer le retard du sommeil dogmatique de la modernité ; clarifie Maffesoli à ce sujet : l’un et l’autre s’emploient à vivre, avec intensité, ce qui se donne à vivre. La vie est vécue sous forme d’avidité. Ce n’est même plus de la simple consommation, mais une intense consommation. (…) C’est cette avidité qui permet de comprendre la prédominance de la forme mode de toutes choses, ou encore l’étonnante versatilité marquant les relations politiques, idéologiques voire affectives, constitutives du lieu social[18].
Ce qui est dangereux pour cette éthique, au lieu qu’elle s’inspire de la morale, par contre, elle a ses deux pieds dans le vide. A cela, elle étouffe même le présent et rend l’avenir sombre, absurde. Ce qui explique la crise de l’éthique de l’instant dite Postmoderne : c’est cette inversion de la polarité temporelle induisant la présence à la vie donnant son prix à la touffeur du présent, favorisant le sentiment d’appartenance tribale, qui va faire considérer la vie ordinaire comme destin. (…) Le grand changement de paradigme qui est en train de s’opérer est bien, en fonction de ce présentéisme, le glissement d’une conception du monde égocentrée à une autre lococentrée[19]. Il suffit de faire une vision rétrospective et analyser la vie de l’homme moderne régie par des lois contractuelles, rationnelles et Universelles, qui s’adaptaient facilement à la loi morale. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui où nous voyons que la société crée des nouvelles lois satisfaisantes à la nouvelle socialité et qui lui permet de se rétracter dans des groupes en vue d’une satisfaction pour les problèmes du présent. Car, à tout prix, tous les problèmes doivent trouver satisfaction. Ce qui n’était pas le cas jadis, car l’individu était obligé de se soumettre à la loi morale même indépendamment de sa volonté.
Mais aujourd’hui, ce n’est plus le cas : dans le premier cas, la modernité qui s’achève, le primat est accordé à un individu rationnel vivant dans une société contractuelle ; dans le second cas, la Postmodernité naissante, ce qui est en jeu sont des groupes, des néotribus investissant des espaces spécifiques et s’accordent à eux[20].
En plus, il faut noter que le temps Moderne, siècle de Lumières (le romantisme) a été caractérisé par le primat du Moi, du Monde (l’Etat) et de Dieu. Aujourd’hui par contre, nous vivons une crise du Moi, la disparition de l’Etat classique au détriment du marché, et la désacralisation du sacré, d’une manière plus claire, la mort de Dieu. Et d’une manière plus claire, Maffesoli écrit : dans le drame moderne, on trouve la prétention optimiste à la totalité : du moi, du monde, de l’Etat. Dans le tragique Postmoderne, il y a souci de l’entièreté, ce qui induit la perte de petit moi dans un soi plus vaste, celui de l’altérité, naturelle ou sociale (…) sentiment historique de l’univers, note à ce propos. O. Spengler, réduisant le totalitarisme de l’Un, celui du marché ou, ce qui revient au même, du rationalisme. Les bons esprits, de nos jours, nommèrent cela globalisation ou mondialisation[21]. Ceci met en jeu la réduction, la compression de temps et de l’espace qui n’est pas loin de la durée que prône par Henri Bergson, souligne Maffesoli : l’horloge du Pape Gerber est en train à l’orée de ce nouveau millénaire, de laisser la place à une autre conception du temps, celle de la durée qui est par essence, pluriel, polychrome[22].
Aujourd’hui, nous sommes passé d’un temps monochrome, linéaire au polychrome assuré par le présentéisme. Tout est mouvant et nous avons besoin d’une éthique mouvante, souple, flexible, capable de se plier aux caprices du moment. Nous visons l’époque dominée par une surréalité sociétale due à la métamorphose de la morale moderne qui cède à l’éthique des sentiments, situationnelle.
Lorsque Maffesoli décrit ces phénomènes de l’éthique de l’instant, il cherche à éveiller notre conscience en vue de n’est pas les minimiser. Par contre, d’apporter plus notre attention et notre réflexion en vue d’y penser comment remédier et amener cette société au bon sens pour arriver à prévenir notre avenir commun écrit-il : l’actualité l’illustre à satiété, et nombre d’exemples cités dans ce livre en portent témoignage. Or, tout cela est passé sous silence ou mésinterprété par ceux qui ont le pouvoir de dire, ceux qui ont le monopole « légitime » de la parole. De tout temps, les propriétaires de la société se sont employés à minimiser les forces naissantes risquant de prendre leur place, s’employant à montrer l’aspect obsolète de leur discours et de leur action[23].
Mais, est-ce possible aujourd’hui de vivre la modernité, c’est-à-dire dans notre optique, la morale ? A cette question, nous disons non comme Maffesoli. Car, il reconnaît que la nouvelle éthique est une loi forte : Il s’agit là d’une dure loi de toute vie sociale[24]. Il importe de noter qu’aujourd’hui, il est impossible de vivre une morale universelle, spéculative, normative. Par contre, une éthique particulière de l’instant peut résoudre les problèmes quotidiens : ainsi l’évidence de la morale Universelle, tout comme le moralisme bien-pensant qui en est l’expression, ne résistent plus aux coups de butoir forcenés des éthiques particulières. Cette distinction (Morale-éthiques) s’impose dès lors que l’on constate ce qu’a de désuet, d’incantatoire, la profusion des bons sentiments[25].
Ceci ne nous étonne pas dans la mesure où la morale est aveugle aux situations des moments, aux changements et aux mutations des valeurs. Une logique bel et bien dialogique est indispensable ; en acceptant d’une part la destruction de la morale pour la construction d’une éthique de l’instant, Maffesoli fustige que la : Destructions et constructions vont de pair. Et l’art du savoir est bien de s’ajuster à l’art de vivre repose sur une telle dialogique[26]. Et d’ailleurs, dans la tradition Occidentale n’est-il pas possible de supporter Dieu et Satan ? Car, chaque situation a son contraire ajoute-t-il : le propre du tragique, qui traduit bien la présence d’un mal indépassable, tient, essentiellement, à la force de l’altérité, c’est-à-dire au fait qu’en chaque chose, en chaque situation, il y a son contraire. Contraire qu’il est impossible de nier. Certes, on peut le stigmatiser, s’employer à le marginaliser et à le relativiser mais fût-ce sous forme de l’ombre, il est là. Même Dieu de la tradition Occidentale est obligé de le tolérer en la personne de Satan. Pourrait-il, d’ailleurs, exister sans ce dernier[27] ?
Cependant, l’éthique de l’instant qui prend son envol dans le nouveau paradigme du tiers-inclus, se réclame d’une importance capitale que Maffesoli, nomme du Sociétal ; car, elle cherche à déterminer en particulier l’importance de l’imaginaire du plaisir, de ludique[28]. A cela, elle est une éthique esthétique en vue de parler des éthiques plurielles qui se vie en divers activités et des mouvements : l’esthétique est le maître mot permettant de saisir le jeu des affects résumant tout cela. Esthétique allant bien sûr de pair avec ces éthiques plurielles que l’on voit en œuvre dans l’addition face aux réseaux informatiques, dans les adhésions aussi intenses que provisoires à des causes humanitaires ou autres actions compassionnelles ou caritatives, sans oublier les agrégations sexuelles en fonction des goûts divers (homosexuel, bisexuel, transsexuel[29]... Malgré leurs influences et leur fanatisme du devant de la scène publique, ces éthiques plurielles quant à elles, sont essentielles labiles et provisoires [30].
Aujourd’hui, nous avons besoin d’une éthique vivante et dynamique capable de rencontrer la jouissance du moment. Car, l’intérêt et d’en profiter suffisamment sa vie. Voilà ce qui met la différence entre la morale moderne et l’éthique de l’instant. La première projette un idéal qui se réalise dans le Béatitude à l’image kantienne ; souligne Maffesoli : Démarche herméneutique, phénoménologique s’inscrivant dans un relativisme généralisé. C’est-à-dire capable devoir et de penser, tout à la fois, la décomposition du monde moderne et de sa morale universelle, et l’émergence d’un autre, beaucoup plus fragmentaire fait d’éthiques juxtaposée. C’est cette complexité vivante qui est le défi auquel on est confronté[31].
Etant analyste de la sociabilité Postmoderne, à propos de la morale, Maffesoli comprit que la loi est mortifère et souvent étouffante. D’où une alternative celle de l’éthique de l’instant en préconisant comme solution le réenchantement du monde qui signifie : sortir d’une doctrine totale (monothéiste, chrétienne, marxiste, capitalise, progressiste) pour s’ouvrir à des expérimentations in situ, hic et nunc[32]. Car, la morale est saturée : l’idéologie du progrès est, par contre, maladivement discursive. Elle a la brutalité du concept[33]. A présent, analysons les différentes formes de l’éthique de l’instant ou de la reliance qui fait appel à la notion de la participation. Comme on le sait bien, cette éthique n’est pas seulement du devant de la scène mais elle interpelle le sujet de l’intérieur grâce à sa participation à la communauté : en participant à la communauté, la personne fait mémoire d’un pré-subjectif lui servant de substrat[34].
III. Analyse du serment à l’image de l’éthique maffesolienne de la postmodernité
3.1. Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice.
Aujourd’hui, ce serment est violé. La plupart des Médecins ne font pas cas de leurs patients, surtout lorsqu’ils sont dépourvus de moyens financiers. Leur jugement devient purement matériel et surtout mercantiliste. Il peut commencer et interrompre à mis chemin ; or, nous savons que construire sans terminer c’est détruire dit la sagesse. Ici, la conscience mérite d’être interpelée. A ce sujet, Jean Jacques Rousseau nous exhorte en ses termes : les actes de la conscience ne sont pas de jugements, mais de sentiments. Quoique toutes nos idées nous viennent du dehors, les sentiments qui les apprécient sont au-dedans de nous, et c’est par eux seuls que nous connaissons la convenance ou la disconvenance qui existe entre nous et les choses que nous devons respecter ou fuir[35]. Et si la conscience est au-dedans d’être saisie, le mal nous guète. N’est-ce pas de l’immoralisme aux yeux d’André Gide : agir sans juger si l’action est bonne ou mauvaise. Aimer sans s’inquiéter si c’est le bien ou le mal[36] ;or, si nous devons agir sans pouvoir juger si nos actes sont moralement bons ou moralement mauvais, en quoi sommes-nous différents des chenilles, du chien ; écrit Jean Rostand : l’acte dit volontaire se réduit vraisemblablement à une intégrale de réflexes et sans doute l’homme qui réfléchit, qui calcule, qui délibère, n’est-il pas moins assujetti dans la dernière de ses démarches que la chenille qui rampe vers la lumière ou que le chien qui répond par un flux de salive au coup de sifflet de l’expérimenter[37]. Ceci s’explique que l’homme Postmoderne est dirigé par son éthique de l’instant qui le pousse à être égoïste, cherchant au préalable son intérêt personnel et laissant de côté l’intérêt des autres.
A cela, il est impossible de parfaire nos actes malgré notre degré de religiosité : la loi morale est en effet pour la volonté d’un être a fait une loi de sainteté, mais pour la volonté de tout-être fini et raisonnable, c’est une loi de devoir, de contrainte morale, qui le détermine à agir par respect pour cette loi et par soumission au devoir[38].
3.2.Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion ; semblablement, je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif.
Pour Hippocrate, donner la mort à n’importe quelle formule que ce soit, était à ses yeux de l’homicide volontaire, car la vie est sacrée et elle appartient à l’auteur de pouvoir la retirer ; la vie est notre patrimoine commun que nous avons reçu gratuitement une fois pour toute.
Mais aujourd’hui, ce n’est plus toujours le cas, car, de temps à autres on utilise euthanasie qui remonte à 1683 mise en œuvre par le Philosophe anglais Francis Bacon pour qui : la tâche du Médecin n’est pas seulement de rétablir la santé, mais aussi, d’adoucir les douleurs et souffrances des malades ; et cela non seulement si cette adoucissement conduit à leur rétablissement, mais encore lorsqu’il sert à procurer au malade une mort paisible[39].
Ainsi en Allemagne, au cours de la deuxième guerre mondiale en juillet 1938 débuté un programme nazi dit Aktion qui consistait à euthanasier les gens considérés inutiles par le gouvernement fasciste. Et surtout des handicapés, des aliénés en utilisant le gaz Zyklon Bune invention du docteur Becker en vue de les assassiner dont les victimes étaient les Juifs et Tziganes dont le nombre atteignit 100.000 aliénés[40]. Aujourd’hui depuis 2011, l’euthanasie active est légalisée par la loi dans trois pays : Les Pays-Bas qui est le premier pays à la planète à pouvoir ratifier l’euthanasie et cela depuis le 01 avril 2001[41]. Voici les cas légaux qui exigent l’euthanasie :
- la demande répétée du patient ;
- le caractère de l’incurabilité de la maladie ;
- le recours à un autre Médecin à titre d’un témoin oculaire ;
- l’information de la mort constatée auprès des autorités compétentes[42].
Ainsi, près de 1.800 cas d’euthanasies exécutés en Pays-Bas en 2003 et l’année suivante (2004), l’autorisation d’euthanasier même les enfants de moins de 12 ans. Après le Pays-Bas, viennent la Belgique et le Luxembourg.
Cependant, l’euthanasie malgré la connotation que l’on veut lui donner ; vaut la suicide. Car, par son étymologie ; ce mot signifie bien mourir : eutocie : bien et thanatos : mort[43]. Aujourd’hui, on veut parler : meurtre par pitié, tuer par amour, mort dans la dignité, mort douce[44]…; Ces formules viennent seulement consoler l’esprit, mais au fond, il n’y a rien de pitié, rien d’amour, rien de dignité et ni moins rien de douce ; mais par contre, il y a seulement du meurtre. Car, au fond c’est seulement une fuite de responsabilité que l’on veut mettre fin à la vie d’une personne jugée insupportable. Ainsi, la Grande-Bretagne a raison de pouvoir sanctionner l’euthanasie avec une dernière énergie que l’on assimile au meurtre passible de 14 ans de prison ferme.
En ce qui concerne l’avortement, la seule raison avancée est de justifier le planning familial : l’avortement est acceptable, mais seulement dans le cadre du planning familial[45]. A notre humble avis, cette raison n’est pas acceptable, car aujourd’hui les Médecins savent qu’il y a plusieurs techniques capables de contourner cet obstacle au lieu de l’avortement. N’importe quelle forme que l’on peut lui donner, l’avortement reste un meurtre.
Mais aujourd’hui, c’est impossible de prêcher la morale dans la mesure où elle a été rendue fragile, dépassée, périmée. Ce qui importe, c’est l’éthique de l’instant qui s’adapte aux situations du moment.
3.3.Je passerai ma vie et j’exercerai mon art dans l’innocence et la pureté.
Ceci doit être le désire le plus profond d’un Médecin digne de ce nom qui doit chercher à bien soigner son travail en se rendant le plus crédible possible aux yeux de son patient et pourquoi pas de la société tout entière ! Ce qui n’est pas le cas chez la plupart des Médecins congolais actuels profitent de leur métier pour se livrer à de règlement de compte pour satisfaire leurs sentiments, leurs besoins.
3.4.Dans quelques maisons que j’entre, j’y entrerai pour l’utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves.
Comme nous venons de le dénoncer, un Médecin doit savoir que son métier l’expose à tout vent de la séduction ; mais, pour sauvegarder sa dignité, il n’est pas obligé de réagir et surtout lorsqu’il (elle) doit procéder au toucher vaginal ; il (elle) doit le faire selon les normes en vue de ne pas exciter son patient ou s’exciter soi-même[46]. Car, comme l’homme ou une femme devant un Médecin se déshabille sans condition ni discision, cela n’est pas une occasion pour lui de se rendre vite maitre de tout.
3.5.Quoique je voie où entendre en société pendant l’exercice ou même en dehors de l’exercice de ma profession, je tairai ce qui n’a pas besoin d’être divulgué, regardant ma discrétion comme un devoir en pareil cas.
Cependant, informer et divulguer sont deux verbes différents que les Médecins doivent prendre en compte. Informer, c’est le fait de mettre au courant un (une) patient de son état de santé après la consultation, après les examens de laboratoire, où après le traitement ; et cela est un droit le plus légitime du patient. Mais, ce qui est interdit dans le serment, c’est la divulgation d’une information d’un (une) patient qui devrait en principe être gardé comme secret. Mais cela est malheureusement devenu monnaie courante. Or, déontologiquement, le Médecin est tenu aux secrets professionnels en vue de préserver la dignité de ses patients (s). A cela, ils sont aussi à la base des troubles dans les foyers d’autrui et même de divorce. Un (une) Médecin ne doit pas être un (une) parvenu (e) mais, un responsable, un noble.
IV. Contribution
Etant scientifique, nous voulons que la morale puisse encore une fois refaire surface sous forme de la moraloéthique que nous jugeons comme une méta-éthique, une éthique salvatrice. Car, l’homme étant un animal rationnel, il est caractérisé par la maitrise de soi, le respect envers autrui, l’amour d’un travail bien fait, en un mot, la réalisation de l’homme par son travail nous dit Karl Marx. D’où l’intérêt de rechercher ce qui l’élève, ce qui l’amène à sa plénitude d’être. Loin de lui les sentiments de transformer son patient en objet d’expérimentation. Par contre, il doit le considérer comme une personne humaine qui mérite une considération. Terminons en notant que l’homme prudent voit les malheurs du loin et les évitent.
CONCLUSION
A l’issue de l’analyse de la thématique abordée, il convient de retenir que le Serment d’Hippocrate s’inspire de la morale. Ainsi, depuis toujours, les Médecins étaient tenus au respect du Serment avant l’exercice de leur fonction. Et cela, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours.
Mais, à l’ère de la Postmodernité, la morale a cédé sa place à l’éthique de l’instant. Ainsi, aujourd’hui, tuer n’est plus un acte inenvisageable lorsqu’on est capable d’expliquer les raisons, les motivations après l’exécution. C’est le cas de l’euthanasie lorsqu’on veut fuir une responsabilité d’une vie de quelqu’un jugé insupportable. Pour contourner cette responsabilité et taire la conscience, on nomme cette mort : mort douce, mort digne, mort bien, bonne mort, mort par pitié, etc. Or, au fond, il n’y a rien de pitié, il s’agit tout simplement de l’homicide. Car, la vie de quelqu’un (e) étant sacrée il appartient au créateur de pouvoir la retirer.
Aujourd’hui, on tolère aussi l’avortement dans le cadre du planning familial. Or, en réalité, il existe des méthodes et des techniques modernes capables d’éviter ce mal. Tout cela, découle du libertinage qui caractérise l’homme d’aujourd’hui. Et pour remédier à cette crise, la présente étude préconise une éthique mitoyenne qui tient compte de la morale et de l’éthique de l’instant.
[1] Cfr. GAARDER.J., Le monde de Sophie, Paris, Ed. Seuil, 1995, p.72-73
[2] Ibidem.
[3] Cfr. Ibidem.
[4] Cfr. Ibidem.
[5]Ibidem., p.73-74
[6] MAFFESOLI.M., Notes sur la Postmodernité, p. 104-105
[7]Idem.
[8] Idem., L’instant éternel, Paris, 2003, p. II.
[9]Ibidem.p. III.
[10] IDEM., « Psychosociologie » s-L, n° 8 (2009), p.232
[11]Ibidem.
[12] Cfr. Ibidem.
[13] I.D., Notes sur la Postmodernité, p. 62-63
[14] Idem. p.9.
[15]Ibidem.p.10
[16]Ibidem
[17]Ibidem.p.10-11
[18]Ibidem.p.29
[19]Ibidem.p.11.
[20]Ibidem.p.
[21]Ibidem.
[22]Ibidem.p.12-13
[23]Ibidem.p.16-17
[24]Ibidem.
[25]IDEM.,Le réenchantement du monde une éthique pour notre temps, Paris, Ed. Table Ronde, 2007, p.19
[26]Ibidem., p.83
[27] IDEM., La part du Diable Précis de subversion Postmoderne, Paris, Ed. Flammarion, 2004, p.75.
[28] Cfr. IDEM., p.84.
[29]Ibidem.p.85.
[30]Ibidem.
[31] IDEM., Le réenchantement du monde une éthique pour notre temps, p.19
[32]Ibidem.p.63.
[33]Ibidem.
[34]Ibidem.p.117-118.
[35] ROUSSEAU.J.J., Emile ou de l’Education, Paris, Ed. Garnier, 1938, p.354-355.
[36] GIDE.A., Les nourritures terrestres, Paris, Ed. N.R.F., 1932, p.1932
[37] ROSTAND.J., Pensées d’un Biologiste, Paris, Ed. Stock, 1938, p.101-102.
[38] KANT.E., Critique de la raison pratique, trad. F.Picavet, Paris, Ed. PUF, 1949, p.86
[39] THOMAS.L.V., « Réflexion à propos de l’euthanasie » in Lumière et vie, n° 138 (1978), p.17.
[40] Cfr. BRAEKMAN.E.M., « Le peuple Juif de la mort d’Hérode à l’Etat d’Israël » in La Revue nationale, Israël et Belgique n° 306 (1958, p.48.
[41] Cfr. LUFUNGA MBUYU., L’euthanasie, une des questions brulantes de la Bio-Ethique, Lubumbashi, Ed. Saint Paul, 2003, p.13-18
[42]Ibidem.
[43]Ibidem.
[44] MUYENGO MULOMBE.S., Introduction à la bioéthique, Kinshasa, éd. P.U.S., 1999, p.84.
[45] MAFFESOLI.M.,L’éthique postmoderne»[enligne]http:///www.ceaq-sorbonne.org/maffesoli/ar.éthique.html
(Page consultée le 20/03/2008).
[46]Cfr.Ibidem.
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