Selon les informations d’Africa Intelligence, une délégation de hauts responsables du renseignement rwandais s’est rendue à Kinshasa le 12 juillet pour une réunion confidentielle avec les services congolais. Révélations.
Un déplacement éclair et hautement confidentiel. Le général Joseph Nzabamwita, chef des National Intelligence and Security Services (NISS, les services de renseignement rwandais), et le brigadier général Vincent Nyakarundi, patron du renseignement militaire rwandais, ont dépêché leurs adjoints dans la capitale congolaise le 12 juillet. Ces derniers se sont entretenus avec Roland Kashwantale Chihoza, chef de la Direction générale des migrations (DGM), en présence du général Franck Ntumba de la Maison militaire.
Kinshasa prêt à donner des gages
A l’ordre du jour : la collusion entre des officiers supérieurs des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR, constituées pour partie par d’anciens génocidaires hutus). Selon nos informations, Kinshasa est prêt à donner des gages sur ce point à Kigali, quitte à éloigner certains responsables militaires opérant dans des zones limitrophes du Rwanda.
C’est le cas du général-major Peter Nkuba Cirimwami, ex-commandant intérimaire des opérations dans le secteur opérationnel Sokola II, qui a été muté début juillet de la province du Nord-Kivu à celle de l’Ituri. Plusieurs de ses subalternes sont soupçonnés d’avoir mobilisé des éléments FDLR – ainsi que d’autres groupes armés tels que le CMC/Nyatura – dans la lutte contre les rebelles du M23 de Sultani Makenga. Ils auraient ainsi été en première ligne dans la reconquête du camp militaire de Rumangabo.
Le patron de l’ANR snobé par Kigali
En prévision de leur visite à Kinshasa, les maîtres-espions rwandais avaient pris attache avec le Mécanisme national de suivi de l’accord-cadre d’Addis-Abeba (MNS), dirigé par Claude Ibalanky. Aucune rencontre n’a eu lieu avec lui, selon nos informations.
Ils ont pris soin d’éviter le conseiller sécurité par intérim à la présidence, Jean-Claude Bukasa, et le patron de l’Agence nationale de renseignement (ANR), Jean-Hervé Mbelu Biosha. Le président Félix Tshisekedi estime leur travail décevant dans la médiation à Luanda et privilégie désormais ses diplomates, son mandataire spécial Serge Tshibangu et le patron de la DGM, Roland Kashwantale Chihoza. Ce dernier, qui fut longtemps le numéro 2 de François Beya Kasonga, est considéré comme un interlocuteur crédible et fiable par Kigali, qui tient à éviter les conseillers sécurité du chef de l’Etat congolais.
En parallèle de cette réunion du 12 juillet devait se tenir, le même jour, dans le cadre de la médiation angolaise, la première commission mixte RDC-Rwanda à Luanda. Celle-ci a toutefois été reportée à fin juillet, à la suite de la mort de l’ancien président José Eduardo dos Santos, le 8 juillet. Deux jours avant son décès, le président rwandais, Paul Kagame, et son homologue congolais Félix Tshisekedi, s’étaient rencontrés dans la capitale angolaise sous les auspices du président João Lourenço, mandaté par l’Union africaine. Depuis, la médiation se poursuit pour une désescalade des tensions entre les deux pays.
Africa Intelligence