Barrage de la Renaissance :La place de la RDC dans la stratégie d’endiguement des pays de Nile Basin Initiative (NBI) du président Al-Sissi

tshisekedi et Sisi

L’Égypte devrait mener davantage d’investissements vers la République démocratique du Congo dans le cadre de ses efforts  pour avoir une plus grande influence dans le pays.

Les gouvernements égyptien et congolais ont signé une série d’accords dans divers domaines, notamment dans les infrastructures, l’énergie et l’eau potable. 

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En outre, l’Egypte multiplie les accords de coopération militaire et investissements avec le Sud Soudan, le Burundi, le Rwanda et l’Ouganda. 

Engagé dans une course contre la montre avec l’Ethiopie pour arrêter le remplissage du barrage dit de la Renaissance, le président égyptien gagne un à un les pays du bassin du Nil à sa cause.

Le président égyptien Abdelfattah al-Sissi a été reçu le 27 mai à Djibouti par son homologue Ismaïl Omar Guelleh.

A l’issue d’une réunion de leurs ministres des affaires étrangères mardi, les pays membres de la Ligue arabe ont demandé au Conseil de sécurité des Nations unies de s’emparer de la question du projet éthiopien de méga-barrage sur le Nil (Grand Ethiopian Renaissance Dam, GERD). Cette réunion, qui s’est tenue à la demande du Soudan et de l’Egypte, était destinée à faire pression sur l’Ethiopie, qui a prévu de procéder cet été à la deuxième phrase de remplissage du GERD. Depuis trois mois, Le Caire multiplie les initiatives diplomatico-militaires auprès des pays riverains du Nil. Cette démarche s’inscrit dans le cadre d’une politique d’endiguement assumée vis-à-vis de l’Ethiopie.

Dernier épisode en date, le chef d’état-major égyptien Mohammed Farid Hegazy a fait une discrète escale au Rwanda entre le 27 et le 29 mai. Il y a rencontré son homologue Jean-Bosco Kazura, ainsi que le ministre de la défense Albert Murasira, avec qui il a signé un protocole d’accord portant sur un renforcement de la coopération militaire entre les deux pays. Dans la foulée, Mohammed Farid s’est rendu à Nairobi, au Kenya, où il a également rencontré son homologue Robert Kariuki Kibochi, ainsi que la ministre de la défense Monica Juma, avec qui il a également signé un protocole d’accord.

En avril, à Kampala, le Moukhabarat al-Harbeya, les renseignements militaires égyptiens, a noué un autre partenariat avec l’Uganda People’s Defence Forces (UPDF, l’armée ougandaise). Plus récemment, le chef d’Etat égyptien Abdelfattah al-Sissi lui-même s’est rendu à Djibouti, où il a discuté, entre autres, avec le président Ismaïl Omar Guelleh (IOG) d’une possible coopération militaire. 

Course contre la montre

Depuis 2010 et le lancement de son projet de barrage, l’Ethiopie souhaite régler les différends sur le partage de l’eau entre pays riverains du Nil dans le cadre d’un accord-cadre passé entre plusieurs pays membre de l’initiative du bassin du Nil (Nile Basin Initiative, NBI). L’Egypte et le Soudan refusent d’intégrer cet accord-cadre. A défaut, plusieurs tentatives de médiation sur le GERD ont été entamées depuis une décennie. Il s’agit de discussions tripartites entre l’Egypte, le Soudan et l’Ethiopie. Des médiations ont également été entreprises par l’Union africaine (UA), sous la houlette du Sud-Africain Cyril Ramaphosa en 2020, ou bien sous celle de son successeur à la présidence tournante de l’institution panafricaine, le chef d’Etat congolais Félix Tshisekedi. L’ancien président américain Donald Trump s’y est aussi essayé. Tous s’y sont cassé les dents. L’Ethiopie souhaite compartimenter les problèmes, et d’abord signer un accord sur le remplissage avant de régler la question sur le partage des eaux. L’Egypte s’y oppose, de même que le Soudan.

Conscient que le chrono joue en la faveur du premier ministre éthiopien Abiy Ahmed Ali, Sissi s’active, démarche, et tente de séduire un à un les pays du NBI.

En parallèle de cette diplomatie agressive, le président égyptien exhibe ses biceps. Son pays vient d’achever deux séries d’exercices militaires conjoints – terrestres et aériens – avec son voisin soudanais. A la faveur d’un rapprochement entre le président du conseil de souveraineté soudanais, le général Abdel Fatah al-Burhan, et al-Sissi, les deux pays ont accéléré leur coopération militaire ces derniers mois . Burhan a suivi sa formation militaire en Egypte et partage avec al-Sissi une position commune sur la question du GERD.

Contrats d’armement

Hasard du calendrier, la présence de Mohammed Farid Hegazy à Kigali fin mai coïncidait avec celle du président français Emmanuel Macron dans la capitale rwandaise. L’Egypte a officialisé le mois dernier une commande de 30 avions de combat Rafale à la société d’armement hexagonale Dassault, pour une enveloppe de près de 4 milliards d’euros, financés par un prêt sur dix ans.

En matière d’armement, la France est au milieu d’une course à l’échalote entre Addis-Abeba et Le Caire : alors que Dassault reconstitue le stock d’avions de chasse de l’armée égyptienne, l’entreprise de construction navale française Sillinger doit, quant à elle, fournir à la future marine éthiopienne deux vedettes semi-rigides, grâce à des financements accordés par le ministère français des affaires étrangères . Même si les montants des contrats sont incomparables – plusieurs milliards pour Dassault, moins d’un million pour Sillinger -, Le Caire prend la création d’une flotte éthiopienne très au sérieux et observe la mise en place du contrat français d’un œil inquiet.

En effet, Macron a signé en 2018 avec l’ancien ministre éthiopien de la défense, Lemma Megersa, un accord de coopération militaire portant sur la restructuration de la composante navale de l’armée éthiopienne. Plusieurs autres contrats d’armement aux montants plus conséquents devraient suivre la livraison des deux vedettes.

Difficultés de financement pour l’Ethiopie

La menace d’une flotte éthiopienne en mer Rouge demeure toutefois lointaine. L’Ethiopie n’a pas d’ouverture sur la mer et ne dispose pour l’instant d’aucun accord avec ses voisins érythréen, djiboutien ou somalilandais pour l’utilisation d’un de leurs ports à des fins militaires. 19 % du capital du port de Berbera, au Somaliland, sont censés être réservés à l’Ethiopie, mais la prise de participation n’est pour l’instant qu’à l’état de projet.

Ensuite, dans la course à l’armement qui oppose l’Ethiopie à l’Egypte, cette dernière dispose d’un avantage de taille vis-à-vis de Paris : sa capacité à payer ses commandes d’armements. Depuis novembre dernier, l’Ethiopie est engluée dans une guerre meurtrière et extrêmement coûteuse, contre l’armée rebelle du Tigray (Tigray Defense Forces, TDF), dans le nord du pays. Addis-Abeba n’a pour l’instant pas vraiment les moyens de s’offrir une flotte. Le pays serait même en difficulté pour financer la fin de la construction du GERD. Depuis dix ans, ce projet pharaonique est entièrement autofinancé, ce qui a permis jusqu’ici à l’Ethiopie de s’exonérer des droits de regard extérieurs sur le méga-barrage.

Africa Intelligence

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