Alors que la présidence congolaise s’est engagée dans la renégociation des accords du pays avec la Chine, l’Agence de prévention et de lutte contre la corruption (APLC) met le nez dans des contrats accordés sous la mandature de Joseph Kabila avec les chinois Sinohydro et WIETC pour la rénovation de l’aéroport de N’Djili.
Le chantier de la piste avait été confié en 2012 au géant chinois des infrastructures Sinohydro.
La jeune Agence de prévention et de lutte contre la corruption (APLC) congolaise, créée en octobre 2020 par le chef d’Etat Félix Tshisekedi et placée sous son autorité directe, choisit des cibles très politiques. Les enquêteurs présidentiels ont décidé de s’intéresser de près aux travaux engagés depuis 2012 par des entreprises chinoises sur le site de l’aéroport international de N’Djili, à Kinshasa. Un choix qui intervient dans un contexte très particulier : la présidence congolaise s’est engagée dans un bras de fer sur la renégociation de ses accords avec Pékin .
Emmenés par leur directeur, l’avocat Ghislain Kikangala, les limiers de l’APLC ont fait fin mars une descente sur le site de l’aéroport à Kinshasa, avec pour ambition de vérifier l’état d’avancement des différents chantiers gérés par la Régie des voies aériennes (RVA), l’entreprise publique chargée de la gestion des aéroports congolais. Lancés sous la présidence de l’ex-président Joseph Kabila, ces travaux visaient notamment à réhabiliter la piste et à construire une nouvelle aérogare.
Des malfaçons sur la piste
Le chantier de la piste avait été confié en 2012 par la RVA au géant chinois des infrastructures Sinohydro pour un montant d’un peu moins de 65 millions de dollars. Outre sa réhabilitation, l’entreprise publique chinoise avait pour tâche de la raccourcir de 700 m. Sa longueur de 4 700 m – la plus importante du continent – était considérée comme surdimensionnée. Elle avait d’ailleurs été sélectionnée par l’agence spatiale américaine Nasa comme piste d’atterrissage d’urgence pour ses navettes de retour de l’espace.
Après inspection du site, l’ALPC a estimé que les travaux entrepris par Sinohydro ne sont toujours pas finalisés, neuf ans après leur lancement. Selon les hommes de Ghislain Kikangala, l’ouvrage se distingue par une série de malfaçons. Surtout, ils notent que si le raccourcissement de la piste a bien été réalisé, seulement 45 m de largeur – sur les 60 de la piste – auraient été réhabilités.
Le financement de l’aérogare en question
La question de la nouvelle aérogare a également été au cœur des interrogations de l’APLC. En mai 2018, Joseph Kabila avait posé la première pierre du chantier, dont la réalisation est revenue à une autre entreprise chinoise Weihai International Economic & Technical Cooperative (WIETC) – cette dernière a sous-traité une partie des travaux à Sinohydro. En l’espace de trois ans, les travaux ont avancé à pas de tortue, seules les fondations du site ayant pratiquement été achevées. Pire encore, ils sont à l’arrêt depuis décembre, malgré l’installation récente d’un village d’ouvriers à proximité.
Cette situation s’explique par le mode de financement de l’infrastructure, qui devait bénéficier d’un prêt de plus de 300 millions de dollars de l’Export Import Bank of China et d’un apport de 50 millions de dollars de la RDC. Cette dernière n’en a déboursé que 20 millions. La partie chinoise se montrerait rétive à débloquer les fonds tant que le gouvernement congolais ne finance pas les 30 millions restants. Les enquêteurs de l’APLC s’interrogent sur les modalités de cet accord de prêt, dont les fonds n’ont toujours pas été versés, mais qui donnerait déjà lieu au paiement d’intérêts – estimés à plusieurs millions de dollars – de la part de la RDC.
L’APLC, qui travaille en collaboration avec le procureur général près la cour d’appel de Matete, s’est également attardé sur plusieurs marchés passés avec des concessionnaires par la RVA. C’est le cas du parking de l’aéroport, qui coûte 5 dollars à chaque automobiliste, et dont la traçabilité des fonds se révèle impossible. Il y a aussi la question de l’entretien du pavillon présidentiel, effectué quotidiennement par les agents de la RVA, alors que cette tâche a été confiée à un prestataire externe pour environ 40 000 dollars par mois. Ce prestataire est soupçonné par l’APLC d’être une société-écran liée au clan de Joseph Kabila.
Africa Intelligence