TRUMP/F.TSHISEKEDI: UN RAPPROCHEMENT STRATÉGIQUE AUX EFFETS DOMINO AU BURUNDI

peter_pham et ndayishimiye

Si le rapprochement opéré par Felix Tshisekedi avec l’administration Trump en mars était spectaculaire, celui mené par le président burundais Evariste Ndayishimiye, plus discret, n’en est pas moins stratégique.

Outre les liens religieux, les considérations stratégiques sur l’approvisionnement américain en matières premières critiques et stratégiques ont poussé Trump à se rapprocher d’abord de Felix Tshisekedi et ensuite d’Evariste Ndayishimiye du Burundi pour ses réserves de terres rares. Dans les deux cas, la majorité de leurs mines sont occupées par des groupes chinois, Trump assigne des rôles particuliers à ses diplomates.

Comment les évangéliques et les terres rares ont rapproché Trump de Bujumbura

La confirmation imminente de Melanie Higgins au poste d’ambassadeur américain au Burundi, vacant depuis un an et demi, est la dernière phase d’un rapprochement discret, mais stratégique, entre les Etats-Unis et le Burundi.

J. Peter Pham, artisan du rapprochement entre Washington et Bujumbura, avec l’ex-président burundais Pierre Nkurunziza.

En 2015, le Département d’Etat avait violemment condamné l’élection de Pierre Nkurunziza et mis fin à son programme d’encadrement des soldats burundais déployés en Somalie sous la bannière de l’Union africaine. En moins d’un an, l’envoyé spécial américain pour les Grands Lacs, J. Peter Pham (devenu depuis mars envoyé spécial sur le Sahel), a supervisé une volte-face diplomatique complète et opéré un rapprochement entre Washington et Bujumbura. La confirmation de Melanie Higgins comme ambassadrice américaine au Burundi, qui doit intervenir dans les prochaines semaines, en est le point d’orgue.


Convergences religieuses et intérêts bien compris

Plusieurs facteurs ont incité Pham, auquel le secrétaire d’Etat Mike Pompeo a laissé une très large latitude sur ce dossier, à reprendre langue avec le Burundi. D’abord, les liens personnels tissés par l’ex-président Pierre Nkurunziza, décédé fin mai, et sa femme Denise Bucumi-Nkurunziza au sein de la communauté évangélique américaine (Denise Bucumi-Nkurunziza est pasteure). Le sénateur républicain James Inhofe, figure de la droite religieuse et président de l’Armed Services Committee du Sénat, a rencontré le couple Nkurunziza à plusieurs reprises.

Alors que la majorité des réserves de terre rares est opérée par des groupes chinois, le Burundi accueille l’un des très rares opérateurs occidentaux, Rainbow Rare Earths, contrôlé par le magnat chypriote Adonis Pouroulis. Parmi les administrateurs de cette junior cotée à Londres figure l’Américain Shawn McCormick, qui fut directeur adjoint aux affaires africaines au sein du Conseil national de sécurité sous la présidence de Bill Clinton.


Les sanctions d’Obama oubliées

Pour renouer avec Bujumbura, J. Peter Pham a opéré en deux temps. En septembre 2019, il s’est d’abord rendu au Burundi et a rencontré le président Pierre Nkurunziza dans sa ville natale de Ngozi. Lorsqu’il présidait le Centre africain du think-tank conservateur Atlantic Council, Pham a invité à plusieurs reprises des responsables burundais, et notamment l’ex-ministre des affaires étrangères Alain Nyamitwe et son frère Willy Nyamitwe, qui fut le conseiller spécial de Pierre Nkurunziza.

Une fois l’élection présidentielle passée, le Département d’Etat a immédiatement salué la victoire d’Evariste Ndayishimiye et Pham, bien qu’il soit entre-temps devenu envoyé spécial pour le Sahel, s’est rendu le 1er juillet à Bujumbura pour assister à la fête nationale. Ce voyage n’a fait l’objet d’aucune annonce officielle mais Pham, seul dignitaire étranger à s’être déplacé à Bujumbura, a assisté au défilé militaire entre le nouveau président burundais et son premier ministre, Alain-Guillaume Bunyoni, et ce bien que ce dernier fasse toujours l’objet de sanctions imposées par l’administration de Barack Obama pour son rôle dans la répression des contestations qui ont suivi l’élection présidentielle de 2015.

Cinq semaines plus tard, le 6 août, la future ambassadrice à Bujumbura, Melanie Higgins, était entendue par les membres du Foreign Relations Committee du Sénat, qui doivent confirmer sa nomination après le week-end prolongé du Labor Day. Directrice du bureau « Afrique centrale » du Département d’Etat depuis 2017, Higgins est également la femme de Paul Higgins, qui est le responsable de la sécurité diplomatique au sein de la nouvelle ambassade que les Etats-Unis ont rouvert en Somalie en décembre 2018. Un contingent de soldats burundais sert en Somalie au sein de la mission de l’Union africaine et bénéficie du soutien, sur financement de Washington, des opérateurs américains Bancroft Global Development et Pacific Architects & Engineers (PAE, Africa )

Africa Intelligence

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