Hier mardi 6 mars 2018, 9 jours après la mort de Rossy Tshimanga Mukendi, la paroisse Saint-Benoît de Lemba a accueilli une messe en mémoire de l’activiste pro-démocratie. Dans cette même enceinte où il avait été mortellement atteint le 25 février, les mouvements citoyens, des proches et des fidèles ont rendu hommage à un militant dont la mort est rapidement devenu l’un des dossiers emblématiques de la répression des manifestations en RDC.
Le Collectif des mouvements citoyens a organisé cette célébration avec la participation de plusieurs organisations de la société civile et mouvements pro-démocratie, notamment la LUCHA, Filimbi, Éccha, Collectif 2016 et plusieurs autres structures. Des figures de l’opposition et de la société civile étaient également présentes.
Dans son homélie, le père David Mboloko, qui disait avoir vu Rossy vivant peu avant sa mort, l’a présenté comme un homme de paix et appelait les militants à poursuivre son exemple en privilégiant une mobilisation pacifique.
Mais derrière l’hommage religieux se dessinait une autre préoccupation : comprendre exactement comment Rossy Mukendi avait perdu la vie.
Parmi les témoignages exprimés autour de cette célébration, Patrick Kiweke, un des proches de Rossy, a décrit une scène particulièrement violente. » Alors que les forces de l’ordre utilisaient des gaz lacrymogènes, Rossy a tenté de faire entrer les manifestants dans l’enceinte de Saint-Benoît avant d’être atteint.
Nous l’avions transporté à l’intérieur de l’église pour une prise en charge mais la présence de policiers armés à proximité de la sortie principale compliquait son évacuation.
Nous avions finalement choisi un autre itinéraire, d’abord à pied, puis à bord d’un véhicule. Rossy Mukendi avait malheureusement perdu beaucoup de sang et est mort alors que nous étions à proximité de l’hôpital Saint-Joseph », a-t-il déclaré.
Une version qui contredit publiquement la présentation officielle du décès comme la conséquence d’un simple tir de projectile en caoutchouc.
Pour lui, la version du gouvernement ne correspond pas à ce que les paroissiens ont constaté et entendu. Il la qualifie alors de version « montée de toutes pièces ».
« Je suis prêt à aller jusqu’au bout pour que la vérité éclate et pour honorer la mémoire de Rossy », déclare-t-il.
Notons qu’un comité d’hommage est déjà constitué en collaboration avec la famille et les mouvements citoyens. Une première date d’enterrement, le 16 mars, est évoquée, sans qu’un consensus familial soit encore acquis à la date de la messe. Dossier à suivre.
Roger Lazio