Zoé Kabila, le frère de l’ex-président congolais, a de grandes ambitions pour son mandat de gouverneur du Tanganyika : créer les conditions pour que sa province devienne un hub minier et industriel de RDC, afin de donner toute son importance au fief de sa famille. Si l’ex-président de RDC Joseph Kabila doit partager le pouvoir à Kinshasa avec l’actuel chef de l’Etat Félix Tshisekedi, son frère et gouverneur du Tanganyika, Zoé Kabila Mwanza Mbala, est l’unique maître à bord dans sa province, qu’il entend façonner à la hauteur de ses ambitions.
LA SOCIÉTÉ MINIÈRE DE TANGANYIKA (SMT) : PÔLE MINIER EN DEVENIR ?
Pour développer le Tanganyika, fief de sa famille depuis plusieurs décennies, Zoé Kabila mise sur le secteur qui fait l’attractivité de la RDC et tout particulièrement de son voisin au sud, le Haut-Katanga : les mines. Le cuivre, le cobalt, le lithium, l’or et les « 3T » (étain, tantale, tungstène) y sont présents en quantité, à des teneurs hautes et des profondeurs relativement faibles sur de vastes gisements. Pour garantir que son gouvernorat recevra des subsides des projets miniers qui seront engagés sur son territoire, Zoé Kabila a créé la Société minière de Tanganyika (SMT) début 2019. Cette entité est détenue à 100 % par la province et entend acquérir un pourcentage (10 %) de tout nouveau permis attribué dans le Tanganyika, en vue d’obtenir des dividendes de la joint-venture opératrice d’un site. Zoé Kabila doit cependant convaincre le ministère du portefeuille de RDC de laisser à la SMT le pourcentage à chaque nouveau périmètre attribué. Il existe déjà une entité publique propriétaire d’une partie du foncier minier de la province, la Cominière. Cette entreprise est contrôlée par l’Etat congolais et non par un gouvernorat, elle reverse donc des fonds au Trésor « fédéral », et non provincial, à l’instar de la Gécamines dans les Haut-Katanga et Lualaba ou de la Miba dans le Kasaï Oriental.
Jusqu’à présent cependant, peu de sociétés ont sollicité la SMT, que dirige Christian Ngoie, au-delà de TLMC Mining SAU. Cette entreprise a conclu un accord avec la SMT en décembre 2019. Elle opère depuis à échelle artisanale des gisements d’or et de cuivre à proximité de Moba, ayant trouvé un offtaker en RDC pour sa production, mais fait aussi de l’exploration.
L’autonomie de la province de Tanganyika : Obstacles logistiques à franchir
D’autres sociétés minières, parmi lesquelles des grands du secteur, gardent un œil sur le Tanganyika, sans y concrétiser leur entrée pour l’instant. Cette retenue s’explique par les difficultés inhérentes à la province. Elle est mal desservie, et il est donc très long mais surtout très cher pour un opérateur de déployer ses équipes et son matériel sur le terrain. Ceci décuple les dépenses d’exploration, le mètre de forage coûtant en moyenne de 200 à 300 $ au Tanganyika, contre moitié moins dans le Haut-Katanga.
Le gouverneur Zoé Kabila ambitionne de changer la donne. Il mise ainsi sur la route que doit construire la société australienne AVZ Minerals, unique entreprise minière cotée active dans la province, entre son gisement de lithium de Manono et le port de Moba, sur le lac Tanganyika. L’objectif est que des barges traversent le lac afin de donner une voie d’accès direct à la Tanzanie et à son gigantesque port de Dar es-Salaam. AVZ n’a néanmoins pas encore trouvé le financement nécessaire au développement de son projet, qui comprend aussi la réhabilitation de la centrale hydroélectrique de Mpiana Mwanga, et ce alors que la province manque d’énergie.
La route qui devait relier la ville de Manono, dont Zoé Kabila fut député avant d’être élu gouverneur de la province en 2019, à Lubumbashi, capitale du Haut-Katanga, n’est plus la priorité. Zoé Kabila entend limiter la dépendance de sa province à sa voisine, le Haut-Katanga, cœur économique du sud-est de la RDC. Il est ainsi dans la même ligne que Richard Muyej, gouverneur du Lualaba, dont le projet d’aéroport international moderne à Kolwezi et les opérations de communication sur sa province ont pour but de la rendre autonome du Haut-Katanga.
Kabila City : Kalémie, future zone industrielle?
Se détournant de Lubumbashi, c’est au nord de la capitale du Tanganyika, Kalémie, sur la route vers les Kivus, que le gouverneur Zoé Kabila prévoit d’implanter une zone industrielle. Outre des unités de services aux miniers, d’autres industries y sont attendues, comme l’agriculture. C’est aussi à 60 km au nord de Kalémie, à Kabimba, que le chantier d’une cimenterie a été lancé fin septembre, et à Bendera, à la frontière avec le Sud-Kivu, qu’un barrage est en cours de réhabilitation.
C’est aussi Kalémie que le gouverneur entend transformer pour en faire une vitrine de son mandat, mais également de sa famille. Pour la ville, dont sa sœur Jaynet Kabila est députée de longue date, il a dévoilé en septembre un plan directeur visant à régler les problèmes d’urbanisme et d’eaux. Le projet, lancé en 2018 par son frère alors président Joseph Kabila, vise à agrandir la cité vers le nord-est. Il a été élaboré par la société polonaise Open Architekci et le consultant Danny Kambo, directeur du britannique Rendeavour en RDC. Avant même de donner le détail du plan, d’autres travaux avaient été réalisés : la pose d’éclairage public sur le boulevard Lumumba, le plus grand de la ville au bord du lac, et le démarrage en juin de la construction par le Groupe Forrest de 6 km de route en l’honneur de l’ex-président et frère du gouverneur : le boulevard JKK, pour Joseph Kabila Kabange. Le gouverneur entend également construire un complexe omnisports à Kalémie et réaménager les bords du lac Tanganyika en ville pour en faire une plage, ainsi qu’une zone touristique. Signe que tout ceci fonctionne, les prix des terrains à Kalémie ont augmenté significativement depuis le début de l’année, et ce malgré la pandémie de Covid-19.
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