Ebola : la saga du Mab 114, un médicament « made in Congo »

Entre l’Afrique et les Etats-Unis, la mise au point de cette molécule a pris plus de vingt ans. Depuis le mois d’août, elle a été administrée à 42 patients dans le Nord-Kivu.

C’est l’histoire d’un médicament « made in Congo » qui pourrait être le premier traitement contre la maladie d’Ebola. Depuis le mois d’août, le Mab 114 a déjà été administré à 42 patients dans le Nord-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC). Il fait partie de la poignée de molécules expérimentales utilisées pour tenter d’enrayer l’épidémie qui a déjà fait 186 morts (pour 298 cas) dans cette région dévastée par les conflits.




L’histoire du Mab 114 a débuté en 1995, à Kikwit, à 500 kilomètres à l’est de la capitale, Kinshasa. Pour la première fois depuis l’apparition d’Ebola dans le pays, en 1976, le virus se propage dans une ville. La mortalité est élevée, près de 80 %, et les équipes médicales démunies pour soigner les quelque 300 patients infectés. A cette époque, Ebola suscite peu d’intérêt parmi les chercheurs : les épidémies sont rares et cantonnées à des régions très reculées. Les médecins tentent alors une expérience de la dernière chance : transfuser les malades avec le sang des survivants. « Sur les huit personnes ainsi traitées, sept ont survécu », témoigne le professeur Jean-Jacques Muyembe, directeur de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB).

Une fois l’épidémie terminée, intrigué par ce résultat inespéré, il propose à un survivant de 28 ans, Cyprien (dont le nom de famille n’a pas été révélé), de l’accompagner à Kinshasa. Seul rescapé avec sa sœur d’une famille de quinze, le jeune homme avait passé après sa guérison plusieurs mois au chevet d’autres patients et avait donné son sang dans le cadre des transfusions expérimentales.

« Notre idée était de renouveler l’expérience. Mais nous n’avons finalement pas pu le faire lors des épidémies suivantes », raconte le professeur Muyembe. « A chaque fois, les équipes médicales internationales présentes pour nous aider à lutter contre la maladie nous disaient “si vous faites cela, on part” », souligne le scientifique.




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