Une délégation conduite par un militaire tanzanien s’est entretenue au Rwanda avec Jean-Marie Runiga, à la tête d’une branche dissidente du M23, pour le compte du mécanisme de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs qui enquête sur les incidents sécuritaires.
Peu disert sur ses activités, le Mécanisme conjoint de vérification élargi (MCVE) est pourtant l’un des acteurs du jeu diplomatique régional autour de la résurgence du mouvement rebelle du M23 . Chargée d’enquêter sur les incidents sécuritaires dans l’est de la RDC pour le compte de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), cette instance a dépêché en toute discrétion, le 11 octobre, une délégation à Kibungo, dans l’est du Rwanda.
Ce déplacement, conduit par un officier supérieur tanzanien, avait pour objectif un entretien avec l’autoproclamé « bishop » Jean-Marie Runiga. Ce dernier est à la tête d’une branche dissidente du M23, créée après son éviction de la tête du mouvement en février 2013. Ses membres sont, depuis, réfugiés au Rwanda. Depuis le début de l’année, Runiga affirme que la reprise des affrontements avec les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) est à imputer à l’autre branche du M23, celle conduite par Sultani Makenga.
Négociations en série
Lors de l’entretien avec les officiers du CIRGL, Runiga s’est plaint du non-respect des engagements pris par Kinshasa à l’égard du M23, notamment l’amnistie de ses combattants, leur rapatriement sur le sol congolais et leur intégration au sein des FARDC. Des griefs dont l’origine remonte, selon lui, à l’accord signé le 23 mars 2009 entre le mouvement rebelle et le gouvernement congolais. Trois ans plus tard, juste avant le déclenchement de la guerre, une évaluation de l’application de l’accord estimait que seulement 34 % des clauses avaient été respectées. En 2013 avait été signé l’accord-cadre d’Addis-Abeba pour la paix et la sécurité. Là encore, Runiga estime que les engagements n’ont pas été respectés.
Six mois après l’arrivée au pouvoir du président Félix Tshisekedi, en juillet 2019, des négociations discrètes se sont tenues à Kinshasa entre une frange du M23 conduite par Runiga, les services de renseignement extérieur rwandais dirigés par Anaclet Kalibata et une délégation gouvernementale menée par le général Delphin Kahimbi composée de représentants de l’Agence nationale de renseignement (ANR), de la Direction générale des migrations (DGM), du Mécanisme national de suivi de l’accord-cadre d’Addis Abeba (MNS). Une « feuille de route conjointe » avait été signée par les deux parties prévoyant notamment l’amnistie et la mue du M23 en un parti politique.
Sultani Makenga n’avait pas été associé à ces tractations et avait dépêché des représentants à Kinshasa en 2020. Claude Ibalanky, le coordinateur du MNS, a tenté de négocier avec Makenga à Entebbe en mai dernier, la veille de la réunion, à Nairobi, des chefs d’Etat de l’East African Community (EAC). En vain.
Désormais, Runiga, à la tête d’une branche dissidente du M23 de Makenga craint que la reprise des combats et l’interruption du processus de Nairobi – du nom de ces pourparlers entre autorités congolaises et groupes armés qui se sont tenus en avril dans la capitale kényane – ne marquent un coup d’arrêt à leurs revendications.
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