RDC-Lubumbashi: Les comploteurs sont parmi nous… (Tribune)

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Les miliciens « Bakata Katanga » ont signé, dimanche 14 février 2021, une nouvelle incursion à Lubumbashi. C’est le troisième du genre depuis que Felix Tshisekedi Tshilombo est à la tête du pays. Trois dates sont à retenir: le 28 mars 2020, le 25 septembre 2020 et le 14 février 2021. Les services de sécurité (armée, police, services de renseignements civils et militaires) ont chaque fois été « pris au dépourvu » par les assaillants. Comment ne pas donner raison à ceux qui parlent de connivence? Les « Bakata Katanga » sont, sans conteste, instrumentalisés par des opérateurs politiques natifs du « Grand Katanga » en général et du pays Lubakat en particulier. Ici, le pouvoir d’Etat est perçu comme un « legs » de Mzee Laurent-Désiré Kabila. En décembre 2013, un rapport rédigé par des experts onusiens – destiné au Conseil de sécurité des Nations Unies –  présentait John Numbi Banza (ex-patron de la police nationale) et Jean-Claude Masangu (ex-gouverneur de la Banque centrale du Congo) comme étant respectivement « pourvoyeur en armes » et « bailleur de fonds ». L’affaire fut étouffée. Evincé du poste d’inspecteur général de l’armée, John Numbi se trouve depuis juillet dernier à Lubumbashi. Depuis le mois de décembre, l’ex-président « Joseph Kabila » séjourne dans la deuxième ville du pays.

Lubumbashi. Dimanche 14 février. La ville est à peine réveillée lorsque les habitants ont entendu une succession de bruits secs de crépitements d’armes automatiques. Que s’est-il passé? Dans un communiqué publié le même jour, les Forces armées de la RDC indiquent que les miliciens « Bakata Katanga » ont attaqué deux dépôts d’armes. Une première. Bilan: 12 miliciens tués, cinq faits prisonniers, trois membres des forces loyalistes et un enfant de militaire tués, sept armes individuelles et quatre armes collectives saisies y compris des bombes. Sans omettre des chargeurs et des lance-roquettes.

COMPLICITES AU PLUS HAUT NIVEAU PROVINCIAL

Ce communiqué laisse sous silence le fait que les « agresseurs » ont « attaqué » notamment le Camp Kimbembe où sont basés les éléments de l’ex-garde prétorienne de « Joseph Kabila », la très redoutée « Garde Républicaine » (GR). Les miliciens « Bakata Katanga » ont manifestement bénéficié des complicités au plus haut niveau du pouvoir provincial pour oser s’en prendre à ce camp.

C’est le troisième « raid » du genre depuis que Felix Tshisekedi Tshilombo est à la tête du pays. Trois dates sont à retenir: le 25 mars 2020, le 25 septembre 2020 et le 14 février 2021. Les services de sécurité (armée, police, services de renseignements civils et militaires) ont chaque fois été « pris au dépourvu » par les assaillants. Un comble!

En septembre 2020, les « indépendantistes » autoproclamés du « Mouvement indépendantiste des révolutionnaires africains » que dirige l’ex-chef milicien Kyungu Mutanga, alias « Gédéon », avaient tenté de hisser le drapeau du « Katanga sécessionniste » de Moïse Tshombe.

CASUS BELLI

Ce qui s’est passé, dimanche 14, au chef-lieu du Haut Katanga est à insérer d’une part dans le contexte général de la crise politique qui secoue le Congo-Kinshasa depuis le 24 janvier 2019. L’opinion tant nationale qu’internationale a assisté, ce jour-là, à la « passation pacifique » du pouvoir entre « Joseph Kabila » et Felix Tshisekedi Tshilombo. Et d’autre part, le divorce intervenu le 6 décembre dernier entre le Front commun pour le Congo (Fcc) et le Cap Pour le Changement (Cach).

« Joseph Kabila » et Felix Tshisekedi lors de la passation du pouvoir le 24. janvier 2019

La destitution, le 10 décembre dernier, de la présidente de l’Assemblée nationale suivie de celles du Premier ministre et du président du Sénat, tous étiquetés Fcc, ont été accueillies au sein du « clan kabiliste » comme un « casus Belli ». Traduction: une circonstance de nature à provoquer une déclaration de guerre. Quelques indices.

LE SOURIRE SURNOIS DE THAMBWE

Lors de la cérémonie de remise-reprise entre Alexis Thambwe et le président du Bureau d’âge du Sénat Léon Mamboléo, ceux qui aiment décrypter le « langage corporel » (body language) ont été surpris par le sourire sournois qu’arborait le Président sortant de la chambre haute du Parlement. Réputé suffisant et hautain, Thambwe semblait subitement « avenant ». Il semblait « heureux » de céder ce fauteuil auquel il tenait comme la prunelle de ses yeux. L’article 75 de la Constitution stipule: « En cas de vacance, de décès, de démission ou pour toute autre cause d’empêchement  définitif, les fonctions  de Président de la République, (…) sont provisoirement exercées par le Président du Sénat ».

Un expert en matière de langage corporel donne son avis: « La jovialité affichée par Alexis Thambwe lors de cette cérémonie parait préfabriquée. Il manquait une synchronisation entre les mots qui sortaient de sa bouche et son expression corporelle ». Notre interlocuteur d’ajouter: « La sérénité affichée par ‘Alexis’ suggère que quelque chose se prépare du côté du Fcc ». Quoi donc? « Kabila » prépare-t-il la « guerre »? Silence!

De passage à Goma, début février, Marie-Olive Lembe, épouse Kabila, peu habituée à peser le poids des mots,  a articulé une phrase qui ressemble plus à une confirmation qu’à un démenti: « Joseph Kabila est un soldat. Malgré qu’il n’occupe aucune fonction actuellement, il reste un militaire ».

Alexis Thambwe Mwamba face au président du Bureau d’âge du Sénat, Léon Mamboléo

Interrogé à ce sujet, un observateur des questions militaires croit dur comme fer qu’il y a un « malaise palpable » au sein de l’armée congolaise. « Outre les conditions sociales des militaires difficiles, le président Felix Tshisekedi n’aurait pas dû faire évacuer l’état-major général de l’armée du Mont Ngaliema. C’est une erreur. Au camp Kokolo, il n’y a pas assez de locaux », fait-il remarquer.

Notre interlocuteur de déplorer les propos tenus récemment à Goma par le ministre des Hydrocarbures, l’UDPS Rubens Mikindo: « Le déboulonnage continue ». Et d’ajouter: « Après les secteurs politiques, ce sera le tour de l’armée et la police ». Pour lui, les déclarations de ce ministre sont « peu responsables et de nature à provoquer des remous au sein de l’armée ».

« LES COMPLOTEURS SONT PARMI NOUS »

Tout en reconnaissant le droit des familles Chebeya et Bazana de connaitre la vérité sur ce qui s’est passé le 1er juin 2010, notre interlocuteur exhorte le chef de l’Etat à ne pas se laisser guider par la « clameur populaire » qui réclame l’arrestation immédiate de « Joseph Kabila » et John Numbi. « Il s’agit d’un dossier sensible qu’il importe d’être géré avec sagesse. Dans le Grand Katanga, il y a quelques forces centrifuges qui sont à l’affut de la moindre occasion pour couper le Katanga du reste du pays ». Et de conclure: « Felix Tshisekedi et Joseph Kabila ont tort de se sous-estimer réciproquement ».

Depuis qu’il a quitté Kinshasa en décembre dernier, « Kabila » a élu domicile à Lubumbashi. Bien que peu loquace, l’ex-Président n’est pas de nature à rendre les armes. Les caciques du Fcc/Pprd ne cessent de défiler à la ferme de Kashamata. De quoi parlent-ils?

D’aucuns semblent ignorer que « Kabila », Numbi et l’ex-chef milicien « Gédéon » sont de vieilles connaissance. Sans omettre Daniel Mulunda Ngoy. Le quatuor a participé, en mars 1999, à la création des « FAP » (Forces d’auto-défense populaire) à l’époque de Mzee LD Kabila. Il n’ y a plus l’ombre d’un doute: les comploteurs sont parmi nous…

Baudouin Amba Wetshi/Tribune

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