RDC: Multiplicité de déchéances des gouverneurs, les députés provinciaux perdent le sens de leur fonction de contrôle

Les relations tumultueuses entre les exécutifs et les organes délibérants dans les provinces inquiètent et mettent en mal l’unité et la paix sociale. Plusieurs provinces connaissent des conflits et des problèmes entre leurs députés locaux et les gouvernements provinciaux. En effet, c’est devenu fréquent de voir les exécutifs vivre à couteaux tirés avec les organes délibérants. Très souvent, ces conflits interinstitutionnels débouchent sur une seule sentence : la déchéance des gouverneurs. On a l’impression que les gens décident de se régler des comptes plutôt que d’agir pour l’intérêt de la population. L’image qui en sort est négative, c’est que les assemblées provinciales s’érigent en instrument de déstabilisation pour manipuler ou évincer les gouverneurs. Dans cette théâtralisation des missions parlementaires, le grand perdant, c’est le peuple qui, pourtant, attend voir se matérialiser la vision du chef de l’État.

Avoir un droit de regard sur les actions de l’exécutif provincial ne devrait pas se transformer en une sorte de « chasse aux sorcières ». Il s’agit plutôt de contrôler des dérives ou une gestion non-transparente et suggérer des améliorations. Sinon, les déchéances injustifiées et les querelles intestines observées au sein des assemblées provinciales retardent le développement des provinces.

À cet effet, sur le terrain, le constat est malheureux. Le pouvoir de contrôle exercé par les assemblées sur les ministres provinciaux ainsi que sur les gouverneurs a rapidement tourné au chantage puis au racket systématique. Armés de leur droit de voter la « défiance » à l’encontre d’un ministre ou la « censure » du gouvernement, les députés ont, partout, perdu de vue le sens de leur fonction de contrôle pour ne viser que leurs intérêts directs, généralement financiers.

De Kinshasa à la Tshopo, passant par le Kasaï, le Kasaï Oriental, l’Ituri, le Nord-Ubandi, la Mongala, le Maniema, le Kongo Central, le Sankuru, la Tshopo… le mal est profond, si profond que presque toutes les provinces sont affectées par le « cancer de destitution ». Est-ce dire vraiment que tous les gouverneurs de province sont médiocres ?

Comme les animaux malades de la peste

Et dans le registre des griefs évoqués par les députés provinciaux à charge des gouverneurs, l’on note un refrain monotone : « incompétence, mauvaise gestion des ressources … »

Incapables de légiférer, sans claire vision de leur fonction de contrôle, les députés se sont égarés dans des querelles intestines, rendant impossible toute lecture politique du fonctionnement de leurs assemblées pour finir par oublier le sort de leurs électeurs et la nécessité de développer leurs provinces respectives.

Il s’agit là d’une instabilité politique généralisée et qui a atteint son paroxysme qu’aujourd’hui, il apparait important de lever des options claires sur l’avenir de nos provinces.

Exiger l’abandon de la politique de décentralisation qui s’avère jusque-là dangereuse pour le pays ou tout au moins sa « mise entre parenthèses », plus rien ne doit être exclus. Les assemblées provinciales ne se sont pas réellement mises dans l’utilité pour le développement des provinces. Sinon, une évaluation rigoureuse doit être faite pour savoir quelles sont les actions concrètes menées par ces organes délibérants pour l’amélioration des conditions de vie de leurs populations ? Mieux, quelle évaluation peut-on faire aujourd’hui du travail des députés provinciaux ? Combien d’édits ont-ils votés ? Combien des services publics ont-ils interpellés ?

Les réponses à ces questions seront loin d’être satisfaisantes que ce serait simplement l’image des assemblées provinciales « budgétivores ». Ainsi, pourquoi ne pas réessayer un système qui avait marché en son temps, celui des gouverneurs « professionnels » et si possible des « non originaires » !

Si la décentralisation a été accueillie par une large majorité des Congolais comme un moyen efficace permettant d’aller vers le renforcement de la bonne gouvernance à la base, dans la pratique, c’est tout le contraire. Le rythme de couac dans la collaboration entre les gouverneurs et les organes délibérants de leurs provinces en dit long. Le système devient un vrai blocage pour le développement voulu à la base.

Face à cette confusion qui règne, le chef de l’État peut déjà agir. De par la Constitution, il a la marge qui lui confère le plein pouvoir de relever de leurs fonctions les gouverneurs et de dissoudre les assemblées provinciales « lorsqu’une crise grave et persistante menace d’interrompre le fonctionnement régulier des institutions provinciales » (art. 197 et 198 de la Constitution).

Sans cela, comment le président de la république va-t-il faire répercuter sa vision d’un développement à la base, de sorte que le peuple, tout le peuple, y compris celui du Congo profond, se retrouve dans son slogan-programme « le peuple d’abord » ? Dossier à suivre.

Le Potentiel

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