Accord MIBA – Alrosa : Une « opportunité rêvée » par le « pollueur » pour exploiter le diamant du Kasaï

Le  groupe minier Alrosa, détenu à 33 % par le Kremlin, est le premier producteur mondial de diamants en volume, devant le célèbre De Beers.

La société russe de diamant Alrosa a annoncé, jeudi 9 septembre, la conclusion d’un protocole d’accord avec la Société minière de Bakwanga (MIBA) de la République démocratique du Congo. Le texte vise à accroitre la coopération commerciale, technologique, scientifique et technique entre les deux parties.

Ce protocole d’accord, indique-t-on, permettra à Alrosa de participer à l’exploration et à la production de diamants en RDC, dans le respect des « normes d’approvisionnement responsable » en la matière. 

Si ce sont Vladimir Marchenko, DG adjoint d’Alrosa en charge de l’Afrique, et Paulin Lukusa Mudiayi Kalonji, le patron de la MIBA, qui ont paraphé le document, un homme a été en pointe sur le dossier, Kacy Grine. Ce Franco-saoudien a en effet conseillé le gouvernement de RDC sur le deal a révélé Africa Intelligence

Les visées du géant russe sur le diamant congolais

Déjà en 2005, Joseph Kabila, a rencontré une délégation de la société diamantaire russe Alrosa et du diamantaire israélien Dan Gertler dans la capitale Kinshasa pour discuter de nouveaux projets miniers.

Cela comprenait l’exploration dans la zone proche de MIBA, la plus grande mine de diamants du pays.

Dan Gertler, qui commercialisait  à l’époque  88 % de la production de la MIBA en Israël avait obtenu des droits d’exploration sur une partie de la zone proche de la MIBA. De Beers avait également demandé des droits de prospection dans la région.

A  la conférence de Sotchi du 23 au 24 octobre 2019 où le président Tshisekedi avait été invité, Alrosa a été l’une des rares sociétés à être reçues directement par le chef de l’Etat congolais. Lors de cette réunion, les dirigeants de la société Alrosa avait assuré le président congolais de leur intérêt à appuyer la relance de la MIBA.

Présente en Angola voisine,  la société russe est coactionnaire de l’entreprise angolaise Catoca, à l’origine d’une pollution aux métaux lourds des rivières Kasaï et Tshikapa, qui a coûté la vie à plus de 12 personnes et fait aux moins 4 500 malades au mois de septembre dernier.

Le géant russe des diamants Alrosa, qui entend s’étendre en Afrique au-delà de l’Angola, où il produit 7,5 millions de carats par an,a déclaré dans un communiqué « qu’après avoir découvert que des résidus s’étaient déversés dans la rivière Lova, la brèche a été colmatée en installant deux barrages pour filtrer les sédiments de l’eau ».

Le président de la RDC Félix Tshisekedi ambitionne de revitaliser l’économie de son fief natal, le Kasaï-Oriental, dont l’un des acteurs majeurs est la MIBA (Société minière de Bakwanga), compagnie publique détenu à 80% par l’Etat. 

En général, du fait des formalités administratives et financières, ce genre de procédure prend un mois minimum.

Félix Tshisekedi lui-même qui avait ordonné l’envoi de la cargaison, peu après avoir été sollicité par la MIBA. Le chef de l’Etat a enjoint au gouvernement de décaisser au plus vite la somme nécessaire, environ 230 000 $, que la MIBA n’avait pas et n’aura pas à rembourser, puis à la SNCC d’affréter des trains.

Une opportunité rêvée pour Alrosa

La province du Kasaï était  la première à être touchée, avec la mort massive de ses poissons et hippopotames après cette catastrophe depuis la grande mine angolaise. La flore aquatique a également subi de gros dégâts avec la disparition des algues, des bryophytes et des champignons. Des centaines de personnes auraient contracté la diarrhée en buvant de l’eau contaminée.

Le gouvernement congolais qui a activé le principe du pollueur-payeur, a vu se concrétiser l’arrivée du géant russe dans le secteur du diamant congolais alors qu’ il cherche des partenaires étrangers pour exploiter en joint-venture diverses sections des concessions de la MIBA, qu’il s’agisse des lits des rivières Luela et Lumyamya (240 000 cts/an) ou du gisement de Makumbi, dans la rivière Kasaï.En mai 2019, la Société Anhui-Congo d’investissement minier (Sacim), contrôlée par le chinois Anhui Foreign Economic Construction Group Co, qui avait démarré dès 2013 sans grand résultat.

En discussion depuis le Forum Russie-Afrique de Sotchi en 2019, la «catastrophe environnementale et humanitaire  » du Kasaï a accéléré les négociations jusqu’à sa  concrétisation conformément au principe du « pollueur-payeur » pour la pollution de  rivières congolaises provoquée par les activités minières en amont du bassin par la partie angolaise.

Kacy Grine, conseiller du gouvernement de la RDC dans ce partenariat a commenté : « Le partenariat stratégique entre ALROSA et la MIBA créera une valeur significative pour l’industrie minière congolaise, son économie et sa population. Ce partenariat renforcera également les relations entre la Russie et la RDC et ouvrira la voie à une coopération plus poussée entre les deux pays. Les récentes réformes économiques et sociales envisagées par le président Tshisekedi devraient rassurer suffisamment les investisseurs étrangers pour qu’ils participent aux efforts de la RDC pour diversifier et transformer son économie ».

Coco Kabwika

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