Ayant obtenu dans les dernières heures de l’administration Trump une licence spéciale qui lui permet d’opérer pendant un an malgré les sanctions qui le visent, le diamantaire Dan Gertler s’est reposé sur un avocat ultra-connecté et un communicant de crise.
La bronca médiatique qu’a suscité, au début de la semaine, l’octroi d’une licence du département du Trésor américain à 35 sociétés du magnat minier Dan Gertler, est la dernière démonstration du persistant problème d’image dont souffre le diamantaire et qui handicape considérablement ses opérations en RDC. Cette licence, accordée dans les dernières semaines de l’administration de Donald Trump, permet théoriquement aux sociétés de Gertler de traiter avec des entités américaines et d’opérer dans le système financier de ce pays, et ce malgré les sanctions mise en place contre ces entreprises et leur promoteur en 2018 par le même département du Trésor.
Fenêtre étroite
Gertler a obtenu cette licence juste avant d’être privé, en RDC, du soutien de l’ex-chef de l’Etat Joseph Kabila, dont le Front commun pour le Congo (FCC) est en train de quitter la coalition gouvernementale qu’il formait avec le Cap pour le changement (CACH) du président Félix Tshisekedi. A Washington, Dan Gertler a aussi agi en amont de l’entrée en fonction de l’administration de Joe Biden, avec laquelle il a moins d’ouvertures qu’avec la précédente. Si ses lobbyistes américains Alan Dershowitz et Louis J. Freeh disposaient d’accès à la Maison blanche sous Trump (Dershowitz était aussi l’avocat de l’ex-président américain) , c’est moins le cas sous Joe Biden, dont les conseillers sont plus proches d’un autre magnat minier congolais, Moïse Katumbi.
Pour décrocher sa licence, Gertler ne s’est pas appuyé sur ses consultants habituels mais sur l’avocat Baruch Weiss. Ce diplômé de théologie juive, qui fut également membre de la direction juridique du Département du Trésor, travaille pour Arnold & Porter. Spécialisé dans les questions de défense et de renseignement, ce cabinet américain a conçu puis mis en place In-Q-Tel, le fonds de capital-risque de la CIA. Arnold & Porter emploie par ailleurs l’ancien directeur juridique de l’agence, Jeffrey Smith. Le cabinet défend, en outre, Joseph Kabila face à une plainte qui le visait personnellement aux Etats-Unis.
Un spécialiste de la communication de crise
Pour pouvoir continuer à opérer au Congo, Gertler a lancé il y a plusieurs mois une vaste opération de communication, centrée notamment autour d’une opération d’épargne populaire sur le site minier de Metalkol, sur lequel il a acquis des royalties en 2017 . En parallèle, il a contacté de nombreux cabinets de relations publiques pour l’épauler. L’un des cabinets qui ont signé avec Gertler est celui de l’Israélien Aron Shaviv, spécialisé dans le conseil électoral et dans la communication de crise. Conseiller du Likoud de Benjamin Netanyahu lors des élections législatives de 2015, Shaviv a travaillé pour la présidente slovaque Zuzana Caputová mais aussi, et plus discrètement, en Afrique, notamment au Congo et au Kenya.
En 2017, il avait intégré le conseil consultatif de Demeter Partners, la société française d’e-reputation fondée par Matthieu Creux et Arnaud Dassier, longtemps actifs dans l’accompagnement d’élections, tout particulièrement en Afrique . Rebaptisée Avisa Partners et repositionnée sur le conseil en influence et l’organisation d’événements comme le Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique, la société n’affiche plus Shaviv parmi ses conseillers stratégiques, même si le cabinet français a gardé des liens avec la société du consultant israélien, Shaviv Strategy and Campaigns.
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