Angola évite tout débat sur le partage du pétrole à l’embouchure du fleuve Congo – y compris des blocs de Chevron et ExxonMobil

embouchure fleuve congo

Le gouvernement Lourenço continue avec méthode la politique d’affaiblissement de son voisin de RDC afin qu’aucun partage de pétrole à l’embouchure du fleuve Congo – y compris des blocs de Chevron et ExxonMobil – ne soit jamais acté.


Une petite équipe congolaise s’est rendue à Luanda le 26 novembre à l’invitation du ministre angolais du pétrole, Diamantino Azevedo. Le président Félix Tshisekedi avait dépêché son ministre des hydrocarbures, Rubens Mikindo, et son incontournable conseiller aux investissements Jean-Claude Kabongo. La réunion, rendue publique par un communiqué de presse de l’agence angolaise Angop, n’a pourtant rien dévoilé de ses enjeux réels. L’objectif pour le président angolais João Lourenço est de contraindre le chef de l’Etat congolais à relancer les pourparlers sur la zone d’intérêt commun (ZIC) créée en 2007 à l’embouchure du fleuve Congo, en partie sur le bloc 14 angolais opéré par Chevron.

A l’époque, José Eduardo dos Santos avait proposé à son homologue Joseph Kabila de partager cette zone afin d’éviter toute discussion sur des frontières maritimes pérennes. Un tel débat aurait été, et demeure, risqué car il aurait pu conduire à voir une partie significative de la production angolaise être contrôlée par la RDC.

Les blocs producteurs de Chevron (14), ExxonMobil (15) et BP (31) sont les plus menacés par une discussion frontalière à l’embouchure du fleuve Congo (séparant l’Angola continental de l’enclave de Cabinda). Cette ZIC est d’autant plus un piège pour Kinshasa qu’aucune découverte ne se trouve plus désormais dans son périmètre. En 2015, Chevron était en effet parvenu à réintégrer dans le bloc 14 les deux seuls gisements – Menongue et Negage – mis au jour dans la zone d’intérêt commun.

Lourenço mise tout sur janvier

Azevedo a le feu vert du président angolais pour tout tenter afin de faire revivre – au moins juridiquement – cette coquille vide qu’est la ZIC. Une autre réunion à Luanda est d’ores et déjà prévue pour janvier 2021 avec l’objectif de signer un nouvel accord d’exploration conjointe.

Lourenço avait commencé à travailler au corps Tshisekedi à Benguela, en janvier 2020, pour un réengagement bilatéral à ce sujet. Le leader angolais a un important avantage sur son homologue congolais : il connaît parfaitement le dossier, ayant été l’un des piliers de toutes les négociations liées aux frontières maritimes de son pays lors des débats aux Nations unies sur l’extension du plateau continental. Il n’était alors que ministre de la défense (de 2014 à 2017) avant de prendre le rôle de camarade numéro un.


Manifestations de soutien

De son côté, Tshisekedi est largement intoxiqué par quantité de conseillers de son camp qui ne comprennent pas les enjeux du dossier, n’ayant jamais été en responsabilité avant la victoire à la présidentielle de 2018.

Afin de s’assurer de la bonne composition de la RDC au sujet de la ZIC, Lourenço multiplie les manifestations de soutien à son alter ego congolais, notamment quant à la crise qui frappe la coalition au pouvoir entre le parti Cap pour le changement (CACH) de l’actuel chef de l’Etat et celui de son prédécesseur Joseph Kabila, le Front commun pour le Congo (FCC). Tshisekedi s’est rendu mi-novembre à Luanda pour demander formellement de l’aide à son homologue . Il avait déjà échangé sur ce même sujet avec le maître de Brazzaville Denis Sassou Nguesso début novembre .

Africa Intelligence

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