Blocs d’Exxon, Chevron et BP : Félix Tshisekedi se fait – il berner par João Lourenço ?

carte bloc pétrolier exxon

depuis déjà plus de deux décennies, les permis 0 et 14 (Chevron), 15 (ExxonMobil) et plus récemment le 31 (BP) devraient rester dans les seules mains des Angolais alors que le nouveau président congolais, Félix Tshisekedi, tente d’obtenir des miettes pour son pays. Enquête.


La reddition de Benguela

En villégiature dans la province du Kongo Central à l’embouchure du fleuve Congo, Félix Tshisekedi en a profité pour faire un saut en Angola, le 5 janvier, dans la province natale de son homologue João Lourenço à Benguela. Mal préparée du côté congolais, la rencontre a permis à Lourenço – ex-ministre de la défense parfaitement au courant des problématiques de frontière – de remettre sur la table la zone d’intérêt commun (ZIC) créée en 2007 pour partager notamment une partie du bloc 14 de Chevron. Tshisekedi a sauté sur l’occasion en acceptant de remettre en selle une commission mixte pour définir les modalités d’une exploration en commun sur la ZIC. Parvenu au pouvoir en 2017, Lourenço met en avant cette ZIC, tout comme son prédécesseur José Eduardo dos Santos, car elle permet d’éviter de parler du sujet qui fâche : les déterminations des frontières maritimes de la RDC. Si celles-ci étaient déterminées suivant les règles édictées par le droit de la mer de Montego Bay, permettant l’accès à la haute mer de tous les Etats côtiers, les blocs producteurs 0, 14, 15 et 31 seraient tous coupées en deux. Cela donnerait à Kinshasa un accès automatique à de conséquents revenus pétroliers, sachant que ces permis représentent plus de la moitié de la production angolaise. Cette hypothèse étant hors de question, Lourenço fait dévier le débat sur une zone sur laquelle seules deux petites découvertes – Menongue et Negage – ont été mises au jour. Pour compliquer le débat, en 2015, ces deux champs ont été redonnés à Chevron sur le bloc 14 après avoir été retirés de la ZIC.

Quel statut pour la ZIC ?

Sous la présidence d’Eduardo dos Santos, le ministre congolais des hydrocarbures et actuel ministre de la défense Aimé Ngoy Mukena avait écrit le 18 février 2015 à son homologue angolais José Maria Botelho de Vasconcelos pour dénoncer le retrait des deux seuls gisements de la ZIC . Constatant le fait que la ZIC était vidée de toute substance, Mukena avait ainsi officiellement annoncé la mort de cette zone, appelant à repartir sur de nouvelles bases lors de négociations qui n’ont jamais eu lieu. Dans la même missive, Mukena demandait 500 millions $ de dommages et intérêt que la RDC n’a jamais reçus.

Quid de Ghonda et Gertler ?

La RDC avait signé dès 2008 un contrat d’exploration de la ZIC avec Nessergy, propriété du milliardaire israélien proche de l’ancien président congolais Joseph KabilaDan Gertler. Afin de reprendre cette zone à son compte, Sonangol avait versé en 2015 à Nessergy pas moins de 150 millions $ . Deux intermédiaires de luxe avaient participé à la négociation de cette somme à Luanda : le directeur de cabinet du président Kabila et éphémère ambassadeur congolais en Angola, Gustave Beya Seku, ainsi que l’ambassadeur itinérant et ancien député, Antoine Ghonda. Or, ce dernier, un des plus proches de Kabila, reste très influent à la présidence congolaise sous Félix Tshisekedi et milite pour qu’aucune négociation sur les frontières ne se tienne. Une position relayée, au sein de l’exécutif, par l’une des parentes de Ghonda, qui est directrice de cabinet adjointe du président en charge des hydrocarbures et des mines, Gety Mpanu Mapnu . Les montants versés par l’Angola à l’époque de Nessergy visaient à tuer dans l’œuf toutes velléités de négociations sur les frontières maritimes. Tshisekedi prend ainsi le même chemin que son prédécesseur.

Africa Energy Intelligence

Related posts

Leave a Comment