Conséquence de la Covid-19 : les Congolais font le deuil de leurs deuils

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Mais certains Congolais veulent la pérennisation de la décision d’interdire les veillées mortuaires, au regard du dévoiement des coutumes, surtout à Kinshasa

Depuis le mardi 24 mars, le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a décrété l’Etat d’urgence, avec pour conséquence, l’interdiction des grandes cérémonies de deuil. « Les dépouilles mortelles seront conduites directement de la morgue jusqu’au lieu d’inhumation et en nombre restreint d’accompagnateurs », a-t-il précisé. Il s’agit d’un coup dur  aux traditions et à un moment fort de la vie sociale.

  « Familles, amis et connaissances » au chevet du défunt

Certaines  Congolais souhaitent même que cette interdiction des grandes veillées mortuaires se prolonge après la crise sanitaire, afin de  mettre fin au dévoiement de cette coutume, surtout à Kinshasa. « J’ai un deuil »: dans le monde d’avant la pandémie, cette phrase rythmait aussi souvent les conversations que « je suis invité(e) à un mariage », « je vais au culte » ou « je retrouve des ami(e)s dans un bar ».

Dans la capitale, les deuils annoncés dans les médias pouvaient plusieurs jours et nuits dans des locaux loués à prix d’or, au point que même les maisons communales offrent, contre argent,  des espaces pour que les « familles, amis et connaissances » puissent rendre un dernier hommage au défunt.

 Enterrer dans les normes sociales coûte une fortune à Kinshasa

Et ces cérémonies avaient lieu en présence de dizaines d’invités, parfois  arborant  pagnes et T-shirts à l’effigie du défunt, assis sur des chaises en plastique jusque sur le trottoir. Beaucoup de Kinois déplorent le fait que les veillées mortuaires soient devenus une sorte d’événement mondain, où les gens vont, sans un regard pour la dépouille mortelle,  pour constater qui est là et qui est absent, colporter les derniers potins, apercevoir des gens connus, quand il ne s’agit pas de sortir ses vêtements à la mode.

Il y a aussi les gens qui sont en quête de liaisons amoureuses, quand il ne s’agit pas pur eux d’une occasion de  danser, manger, s’enivrer ou encore de se droguer… sans compter les personnes à la recherche d’un vol ou autre acte de délinquance à commettre.

Signalons que parmi les premières victimes du coronavirus figurent des personnalités de la vie publique et des proches du chef de l’Etat, qui auraient pu bénéficier en des temps ordinaires d’obsèques en grande pompe, comme Jacques Ilunga,  chargé de mission à la Présidence mort le 26 mars ou encore l’ ancien bâtonnier Jean-Joseph Mukendi Wa Mulumba.

 Le précédent Ebola

La RD Congo a déjà expérimenté les enterrements « dignes et sécurisés », mis en place par la Croix-Rouge pour lutter contre l’épidémie d’Ebola dans l’Est du pays. A l’époque déjà,  ces enterrements tout en sobriété avaient été source de tensions et d’incompréhension avec les proches des défunts, choqués d’être tenus à distance.

YHR

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