COVID-19 RDC: un pont aérien européen depuis Zaventem pour « déconfiner le travail humanitaire »

Trois avions décolleront ce soir de l’aéroport de Bruxelles, à Zaventem.

Ils partent pour la République démocratique du Congo aux frais de l’Union européenne. A leur bord, 370 passagers : des politiques, des diplomates et des humanitaires, ainsi que du matériel.

Le mois dernier déjà, trois autres avions avaient décollé de Lyon, en France, également affrétés par l’Union européenne, mais cette fois à destination de la République Centrafricaine.

Une double mission qualifiée de « pont aérien » par l’Union européenne, pour soutenir le travail humanitaire alourdi par le coronavirus.

Un commissaire dans l’avion

Le Commissaire européen en charge de la gestion des crises Janez Lenarčič sera cette fois du voyage ainsi que les ministres des Affaires étrangères belge et français, Philippe Goffin et Jean-Yves Le Drian. Une rencontre est prévue à Kinshasa avec le président de la RDC Félix Tshisekedi.

A leurs côtés, des diplomates et 172 travailleurs humanitaires d’une trentaine d’ONG’s différentes : Handicap International, Médecins Sans Frontières, la Croix Rouge, Solidarités international… Ils viennent relayer ou renforcer les équipes humanitaires en RDC.

Dans les soutes, il y aura 45 tonnes de protections médicales individuelles (300 mètres cubes), masques et combinaisons, filtres à eau, médicaments, matériel de soutien nutritionnel : une cargaison pour soutenir la lutte contre le coronavirus, mais aussi la poursuite d’autres projets humanitaires essentiels, compliquée par le virus.

Déconfiner le travail humanitaire

L’arrivée de ces trois avions est saluée par la trentaine d’ONG’s qui ont pu trouver place à bord.

Elles peinent, depuis le début de la crise sanitaire, à se réapprovisionner en matériel : le passage des frontières est devenu plus compliqué pour les cargaisons et même quasiment impossible pour les renforts humains qui viennent de l’étranger. Les équipes d’humanitaires sur le terrain n’ont pas pu être relayées ni renforcées par des extérieurs depuis mars. 

« Ces vols vont nous permettre de déconfiner le travail humanitaire », résume Manuel Patrouillard, le directeur général de Handicap International, qui sera à bord. Il salue l’intervention du commissaire européen, le travail diplomatique qui a permis d’entrouvrir des frontières que le coronavirus avait fermées aux étrangers.

Ce « confinement » des humanitaires a compliqué la poursuite de projets souvent non liés au coronavirus, mais pas moins essentiels.

Rougeole, choléra, Ebola

« Le RDC fait face à un besoin humanitaire important », résume Manuel Patrouillard.

« Il y a l’impact de catastrophes naturelles, notamment des inondations qui ont détruit certaines récoltes et semences. A cela s’ajoutent les catastrophes ‘humaines’, les conflits armés qui agitent certaines régions et ont déplacé plus de 5 millions de personnes, en plus d’un demi-million de déplacés d’autres pays, présents au Congo. On estime que plus de 14 millions de personnes sont en situation d’urgence humanitaire aujourd’hui en RDC. »

S’ajoutent à ces « catastrophes » le poids d’épidémies virulentes, autres que le Covid-19. Les soins et les campagnes de prévention contre ces maladies ont souvent pâti des restrictions liées au Coronavirus.

« La RDC est le foyer de rougeole le plus important au monde aujourd’hui », souligne Manuel Patrouillard.« Et il y a la présence du choléra et une résurgence d’Ebola au nord du pays. »

L’arrivée de ce matériel va permettre de reprendre ou de renforcer le travail sur ces maladies. Handicap international, par exemple, charge un stock de 14.000 masques dans les soutes de ces avions.

« Ce matériel est important pour nous : il permet de protéger les personnes bénéficiaires mais aussi nos collaborateurs dans leur travail. Quand la crise a démarré, nous avons donné des stocks aux différents hôpitaux pour leur permettre d’assurer l’accueil des patients Covid. Maintenant nous devons retrouver des stocks pour pouvoir continuer de travailler, tant pour le Covid que pour Ebola, la rougeole ou le choléra ».

Une crise humanitaire de première importance se profile en RDC

Les statistiques officielles de la RDC aujourd’hui font état de 85 décès du Covid-19 et 4016 cas confirmés. Des statistiques vraisemblablement sous-évaluées puisque, comme nous l’explique un humanitaire en poste à Kinshasa, il ne s’agit souvent que de cas avérés, testés dans les hôpitaux. De très nombreux malades ne se rendent pas à l’hôpital. De nombreux décès pour Covid-19 hors hôpital sont vraisemblablement aussi attribués à la malaria, à l’âge.

Un travailleur sanitaire du ministère de la santé congolais se prépare à réaliser un test du Covid-19, à Goma.
Un travailleur sanitaire du ministère de la santé congolais se prépare à réaliser un test du Covid-19, à Goma. – © ALEXIS HUGUET – AFP

Il n’empêche : l’impact du coronavirus semble, pour l’heure en tout cas, relativement limité en République démocratique du Congo, tandis que la rougeole y cause plus de 6000 décès par an. Les restrictions de déplacements aux frontières ont vraisemblablement pu freiner la progression du coronavirus mais en aggravant d’autres besoins humanitaires.

« C’est l’arbre qui cache la forêt, le Covid. Il a paralysé des infrastructures, compliqué la mobilité des personnes, paralysé l’aide humanitaire et notamment l’aide alimentaire. C’est la crise qui en cache beaucoup d’autres ». Et Manuel Patrouillard conclut : « Une crise humanitaire de première importance se profile en RDC ».

A Kinshasa, un humanitaire en attente de collègues à bord de ces trois avions, nous dit espérer que ce « pont aérien » ouvrira la voie à d’autres vols.

RTBF

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