Une dizaine de ressortissants rwandais sont détenus au secret dans les cellules des services de sécurité congolais. Au moins cinq d’entre eux sont suspectés par Kinshasa d’être des espions à la solde du régime de Paul Kagame. Ce que Kigali dément.
C’est l’un des discrets volets de la crise diplomatique et sécuritaire entre Kinshasa et Kigali. Selon nos informations, le Rwanda réclame depuis plusieurs semaines la libération de onze de ses ressortissants retenus dans des prisons congolaises – une douzième personne a été relâchée le 22 novembre.
Les onze Rwandais en question ont été arrêtés entre mars et novembre par les services de sécurité congolais, en l’occurrence l’Agence nationale de renseignements (ANR) et la Direction générale de migration (DGM), ainsi que par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Ils sont emprisonnés à Kinshasa et Goma.
Parmi ces ressortissants rwandais détenus au secret en RDC, au moins cinq sont soupçonnés de faire partie d’un réseau d’espionnage au profit des services du chef d’Etat rwandais Paul Kagame. Des accusations jugées « totalement farfelues » par Kigali. Si le dossier à leur encontre demeure nimbé de mystères, il est jugé « solide » par plusieurs sources sécuritaires congolaises, qui évoquent un plan de déstabilisation du régime de Félix Tshisekedi par des « agents » opérant sous couverture.
Une ONG suspecte
L’une de ces sources ajoute que ce « réseau » avait acquis un terrain dans les environs de Kinshasa, avec une vue imprenable sur les couloirs aériens de l’aéroport international de N’Djili. Elle précise également que deux de ces individus sont membres de l’ONG African Health Development Organization (AHDO). Le premier, Juvénal Nshimiyimana, est un ancien cadre de l’Onusida, qui officie désormais comme directeur pays de cette ONG en RDC. Le second, Moses Mushabe, serait l’un de ses collaborateurs – il semble être l’un de ses relais dans la province du Kasaï (centre de la RDC). Ils ont tous deux été arrêtés le 30 août.
Sur son site Internet, AHDO se présente comme une ONG fondée à Genève et établie depuis 2018 à Kinshasa, où elle se consacre à la lutte contre la malnutrition dans le pays. L’ONG affirme également avoir signé des Memorandum of Understanding (MoU) avec les ministères congolais des affaires étrangères et de la santé. L’organisation est toutefois méconnue et présente un fonctionnement opaque, aujourd’hui jugé suspect par Kinshasa. De leur côté, des officiels rwandais évoquent plutôt des « experts en santé publique », dont le seul tort est de posséder des passeports présentant de nombreux tampons d’entrée et de sortie.
Les récriminations de Kigali
Les autres individus dont Kigali réclame la libération sont difficilement identifiables. L’un d’eux, Jean-Marie Vianney Rutayisire Gakwandi, est un représentant en RDC de la société rwandaise de BTP Epos. Cette dernière avait mené entre 2020 et 2021 des travaux d’asphaltage d’un tronçon routier à Bukavu pour le compte du gouvernement provincial du Sud-Kivu.
Selon nos informations, les services du ministre rwandais des affaires étrangères Vincent Biruta ont usé des différents canaux diplomatiques pour se plaindre auprès de leurs homologues congolais du traitement réservé à leurs ressortissants. Ils n’ont jusqu’à présent obtenu aucune réponse.
Africa Intelligence