Tankila jean jacques tankwey

Avant les premiers contacts avec l’occident, qui datent du 15ème  siècle,  étaient des riches royaumes et empires sur ce vaste territoire  d’Afrique centrale qui a hérité, de la colonisation, d’une frontière de 2.345000km². Durant le début du règne  du président Mobutu, vers les années 1970,  le manifeste de la N’sele, ce document détaillant les grandes lignes philosophiques de ce président, mettait un point d’honneur  au concept du «  retour à l’authenticité » ; un mouvement de ressourcement dans l’héritage ancestral. 

L’ancestral ici se résume autour du  savoir-faire sus-évoqué, et mis en place à travers les sociétés organisées sous forme des royaumes et empires bien structurés et ayant un savoir-faire culturel et artistique  incomparable, s’articulant autour de plusieurs secteurs de la société et le tout axé sur l’utilitaire et l’enchantement. D’où, un « design made in Congo ». Ces réalisations qui meublent les institutions muséales par-ci par-là et continuent, pour un grand nombre, parmi eux, d’être utilisés dans la vie quotidienne actuelle en RD Congo, et à Kinshasa en particulier. 

Création design et objets cultes

Il est important de questionner sa société sur : d’où venons-nous ? Quel est notre héritage ? De quoi sera fait demain et avec quoi le ferons-nous ?  Et Comment réinventer perpétuellement le  présent et le futur en connivence avec le passé ?

Et dans ce même ordre d’idées vient pratiquement se greffer la question « d’éternité ». Cette dernière qui revient constamment dans mon processus créatif dans le but de  savoir : qu’est-ce qui peut faire que l’objet du design du temps actuel  traverse les époques, pourra-il avoir les mêmes influences auprès du public dans les jours avenirs ?  Aura –t-il le même engouement ?  

Toutes ces questions taraudent mon fort intérieur et traversent continuellement mon esprit , raison pour laquelle j’ai observé autour de moi et j’ai vu, repéré dans ma société des objets du quotidien qui nous environnent depuis des lustres, ustensiles majoritairement traditionnelles  qui ont une force, un pouvoir presque d’éternité ; objets dont les auteurs ou les créateurs ne sont pas connus, perdus dans le temps. 

Un constat est que ma société n’en fait pas de publicité, pas de bruit  mais ces instruments du quotidien s’imposent comme des dictateurs dans le déroulement de notre société d’hier à celle d’aujourd’hui et ont besoin d’être revisités par les designers afin d’en rendre encore plus performants.

Quel en est le secret  de cette longévité? D’où le choix de ce sujet : « Objets cultes, intemporels du quotidien : pouvoir & destin ? ». Il est à noter que cette présentation est une ébauche d’un travail approfondie qui viendra postérieurement.

Cette approche se base sur le maintenant, c’est-à-dire, sur les objets actuels qui font partie de notre quotidien, ceux qui ont traversé le temps jusqu’à occuper notre écosystème, ceux dont les auteurs sont anonymes,  authentiques, particuliers, constituant une richesse extraordinaire dans leurs fonctionnalités, des objets intemporels, cultes. Ces objets fascinants qu’on retrouve aussi dans des contes et légendes, mythes et mythologies de ma société ou de plusieurs tributs de mon pays. 

 Qu’est ce qui fait leur force ? Pourquoi n’être pas disparu après tant de générations et d’influence du modernisme ? Pourquoi la colonisation n’a pas pu éradiquer leur présence dans les ménages de congolais ? Quels sont leurs itinéraires ?  Un angle de vue qui  s’associer à plusieurs domaines tels que l’art, le design, l’histoire  et la sociologie, etc.

Parmi ces objets  poétiques et utilitaires, nous citons : Nzete ya fufu (Malaxeur), Mbabula (Brasero),  Kitikwala, Etoko(Natte), Liboka na mutute (mortier),…

Vu le grand nombre de ces objets, il a été opéré un choix pouvant  faciliter la tâche quant au contexte des recherches dont il est ici question. De ce fait, trois objets ont été pointés du doigt pour servir d’échantillonnage dans cette étude non exhaustive.

1.     MBABULA OU LITUKA

Mbabula
  1. DESCRIPTION ET UTILITE

Appelé en français brasero, c’est un objet qui sert à la cuisson, sans couleur, et généralement de deux sortes : un utilisant que de la braise et un autre utilisant de la pile avec induit (adaptation). Selon les formes nous avons de plusieurs sortes : carré, circulaire,… 

Il est accompagné par un dispositif appelé Mombonda

(cheminé) ; qui permet que le feu soit allumé tout en évitant que le vent puisse l’éteindre pendant ce processus d’allumage. Le Mbabola n’a pas de sens sans les braises ; cet élément capital appelé Makala qui est en fait du Charbon de bois permet de cuire les aliments en bonne et due forme. Mais avec la venue des foyers améliorés, les Mbabula en tôles et en céramique,  cette dernière qui permet de retenir aussi longtemps le feu permet de faire une économie en ce qui concerne les braises ou charbon de bois qui en principe ne sont que peu recommandable pour ce genre de foyer. Il y a aussi des pierres qui accompagnent ce peu de charbon et la céramique qui constitue sa matrice ; cela crée une fonctionnalité efficiente et économique dans un contexte où dépenser plus s’avère un casse-tête. 

  • DIMENSIONS

Sa hauteur atteint environ 24cm, surface de cuisson : 440, 625 ou 900 cm2, et les orifices d’air de 10mm, épaisseur  tôle 3mm

  • MATERIAU DE FABRICATION

Tôle noire ou de récupération

  • PROPRIETES PHYSIQUES, MECANIQUES

Il est Rigide, résistant au choc, à la traction, a une longue   vie, assemblage par soudure

  • COMMERCIALISATION

Le prix d’achat pour un Mbabula simple est  à environ 2.5$us (Plus ou moins 4OOOfrancs congolais ou  7.5$us (13000 francs congolais), pour les électriques

  • SYMBOLIQUE

Très populaire dans les milieux urbains ; utilisé au quotidien le plus souvent par les femmes dans les ménages et  indispensable dans la cuisine à cause des problèmes d’électricité récurent dans les villes ; c’est une sorte de modernisation des foyers traditionnels (bois et pierres installés pour la cuisson dans la brousse ou dans des villages). 

Qu’est ce qui fait la force de la résistance de cet objet  après plusieurs générations ? 

  • Usage par les femmes
  • Intervention dans la cuisine
  • Fabrication et usage simple,  objet presque rituel,

d’initiation facile avec un ancrage culturel  fort 

  • Non stabilisation du courant électrique même dans de grandes villes
  • Accessible pour les moins nantis
  • Pratique

2.     NZETE YA FUFU (MALAXEUR)  

 

Nzete ya fufu ou malaxeur
  1. DESCRIPTION ET UTILITE

C’est un objet de  cuisine, en bois, dont la longueur varie selon la tâche et la dimension de la marmite qui l’accueillera. Il sert à malaxer  le « Fufu ». Ce dernier,  fait de farine de manioc et de maïs ou froment,  est un des aliments de base et de première nécessité dans les ménages de congolais de tous les coins du pays,  appelé Bukari par les swahilophone, Bukula bua nseka par les Balubas, Fufu à Kinshasa et dans toute la région de

l’ouest du pays. Il est à noter que cet aliment, à Kinshasa, a par son importance capitale  pu bénéficier d’un amour inconditionnel qui a fait en sorte qu’il bénéficie des surnoms laudatif tels que Badi, Bodra, Boule nationale, Bukula, Mukapara, Drogue, etc. 

Il y a de ceux qui préparent le fufu avec rien que le maïs, cette sorte est désignée au nom de Kakonto, prisé par les Balubas et certains Kinois qui l’appelle Cake car il devient  dur après avoir perdu sa chaleur ; le fufu fait à base de farine de manioc seul est élastique, il est appelé le Mulutu et est  prisé par les Bakongos ainsi que certains kinois… Il est à signaler que le Fufu n’est pas seulement consommé en RD Congo ; une grande partie de l’Afrique de l’ouest le connait aussi et le prépare aussi à leurs manières.    

  • DIMENSIONS

Nzete ya fufu atteint environ 24cm de longueur et …cm de largeur ;…cm  d’épaisseur. D’air de 10mm, épaisseur  tôle 3mm

  • MATERIAU DE FABRICATION

Il est fabriqué avec du bois dure.

  • PROPRIETES PHYSIQUES, MECANIQUES

C’est un instrument de cuisine Rigide, résistant aux chocs, à la traction, et a une longue   vie

  • COMMERCIALISATION

Le prix d’achat du marché, est  à environ 2-3 $us, soit plus ou moins 4OOOfrancs congolais.

  • SYMBOLIQUE

Très populaire dans les milieux ruraux et urbains, utilisé  au quotidien par les femmes.  Ne pas disposer d’un tel instrument est un handicap énorme dans un foyer. Ne pas l’utiliser est synonyme d’un manque de moyens pour s’alimenter car le Fufu est le chemin obligé pour clôturer sa journée dans le chef de la majorité. Qu’est ce qui fait la force de cet objet résister après plusieurs générations ? 

  • Usage par les femmes
  • Intervention dans la cuisine
  • Fabrication et usage simple,  objet presque rituel,

d’initiation facile avec un ancrage culturel  fort

3.     LIBOKA & MOTUTE

Liboka
  1. DESCRIPTION

Il s’agit  d’un dispositif constitué de deux éléments en bois dont le Liboka qui est le Mortier et le Motute qui est le pilon.  Ensemble très utilisé dans la  cuisine congolaise, servant à moudre le Pondu(les feuilles de manioc),  les riz, les maniocs séchés pour obtenir de la poudre à Fufu, du piment, de la courge

; bref, des  épices.    L’aliment phare dans l’utilisation de cet instrument reste le Pondu qui est l’un des aliments de base consommé dans les quatre coins du pays appelé Pondu à l’ouest, Matamba dans le grand  Kassai, Sombe par les swahilophone 

  • DIMENSIONS
  • Pour le Liboka, en grand format il atteint la Hauteur  d’environ 24cm, et la larguer de…. cm. Son  épaisseur  est d’un air de 10mm…

Petit format :*

  • Pour le Mutute :
  • MATERIAU DE FABRICATION

Les Bois dures sont au service de cet instrument de cuisine très fonctionnel.

  • PROPRIETES PHYSIQUES, MECANIQUES

Ils sont Rigides, résistants au choc, à la traction, et ont une longue  de vie.

  • COMMERCIALISATION

Le prix d’achat au marché, est  à environ 40000Fc soit 24,5$us

  • SYMBOLIQUE

Très populaire dans les milieux ruraux et urbains dans les ménages, utilisés au quotidien le plus souvent par les femmes.

Malgré l’arrivée des machines à moudre cet instrument traditionnel reste prisé car selon la majorité des ménages, il permet de garder la saveur d’aliments, à l’exemple du Pondu (des feuilles de manioc) qui dégagerait un goût pas assez intéressant après avoir été moulu via une machine contrairement à celui qui est passé par le Liboka et le Motute.  Qu’est ce qui fait la force de cet objet résister après plusieurs générations ? 

  • usage par les femmes
  • intervention dans la cuisine
  • fabrication et usage simple,  objet presque rituel,
  • d’initiation facile avec un ancrage culturel  fort

Texte & recherches : Tankwey Mulut Jean Jacques « Tankila »

Biographie 

Tankwey Mulut jean jacques « tankila » est né à Kinshasa en 1979, obtient son diplôme d’architecte intérieur en 2004 à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa, lance sa carrière de designer avec sa chaise 2kotes en 2009 au salon de Mobilier et de l’objet de Kinshasa (Samo), sera découvert et convié à  installer le même modèle au hall d’entrée de la Société des finances et de développement (Sofide).

Cofondateur de la plateforme d’artistes polyv’art (2010) et sera son manager général (2010-2018), créateur et CEO de  tankila studio(2018), pilote le groupe de recherche de design Banka Kinshasa/Savvy Contemporary spinning triangles Project (2019) et va l’initié le Kin design Week « kindeswe » (2020), premier salon international du mobilier design et textile à Kinshasa. Il a plusieurs casques : designer, artiste, Manager d’artiste et de projet, chercheur, formateur, conférencier, entrepreneur,…

Sa carrière sera nourrie des rencontres professionnels d’exception : Cheick Diallo, Bonaventure Soh Bejeng Ndikung  et Savvy contemporary (2019), Jakob timpe (2017), Xavier lust et Thomas Lutumbwe (2014),…

Il réalise son premier canapé décomposable c-vi (2016) et son projet canapé connecté multifonctionnel kk2050 qui est sélectionné parmi les 7meilleurs projets de concours  Kinshasa 2050, et  exposé à Institut français de Kinshasa (2017), puis sera retenu pour être exposé au musée Grassi Leipzig/Allemagne à l’exposition Megalopolis stimmen aus Kinshasa (2019). 

Une réflexion sur “ Design made in Congo : Entre le poétique et le fonctionnel dans les objets du quotidien

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