La Commission électorale nationale indépendante, institution d’appui à la démocratie créée en 2006, fait face à de sérieuses difficultés. Alors que l’élection présidentielle congolaise est prévue dans moins d’un an et demi, le scénario redouté d’un glissement du calendrier électoral, déjà expérimenté entre 2016 à 2018, pourrait préfigurer une crise politique majeure.

Bien qu’il soit en bons termes avec Washington depuis le début de son mandat, Tshisekedi est néanmoins sous pression pour que les prochaines élections se déroulent dans de bonnes conditions et dans les délais prévus, c’est-à-dire en décembre 2023. Denis Kadima, président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), a évoqué à plusieurs reprises que le calendrier pourrait finir par ne pas être respecté, ce qui inquiète certains partenaires de la RDC.

L’Assemblée nationale congolaise doit se prononcer dans les prochaines semaines sur la révision de la loi électorale. En attendant, les lobbyistes outre-Atlantique

embauchés par Katumbi travaillent d’arrache-pied pour promouvoir le principe d’élections « libres et équitables« .

 

Dernier exemple en date, l’élu démocrate Gregory W. Meeks, président de la commission des affaires étrangères de la Chambre, et son collègue républicain Michael T. McCaul, ont envoyé une lettre à Antony Blinken, le secrétaire d’État.

 

Dans cette lettre datée du 16 mars, les deux parlementaires rappellent que « les élections [congolaises] de 2018 n’ont été ni libres ni équitables, et ont été entachées par les actions corrompues et antidémocratiques de l’ancien président Joseph Kabila […]. Alors que nous reconnaissons que [son] successeur, Félix Tshisekedi, a pris des mesures pour ouvrir l’espace politique, lutter contre la corruption et réformer l’État, de nouvelles mesures doivent maintenant être prises pour ouvrir la voie à des élections libres et équitables en 2023. »

Des documents sur le site du ministère américain de la justice montrent qu’un membre du cabinet d’avocats King & Spalding, qui travaille avec l’ancien gouverneur du Katanga, a échangé avec l’équipe de Michael T. McCaul juste avant la publication de la lettre.

 

 

Bras de fer a Washington entre F. Tshisekedi, Katumbi et M. Fayulu

Est-il possible que Tshisekedi fasse de plus en plus de lobbying aux États-Unis pour tenter de contrer les initiatives répétées de Katumbi, qui est toujours son allié au sein de l’Union Sacrée ? « Nous sommes engagés dans un processus pour positionner la RDC comme un pays solution », indique une source gouvernementale congolaise. « L’objectif est de faire un plaidoyer dans ce sens. Mais cela n’a rien à voir avec ce que font Moïse Katumbi et Martin Fayulu.

Alors que ses rivaux tentent de plaider leur cause devant la Maison Blanche, le gouvernement congolais étend son réseau de lobbyistes américains. A moins de deux ans des élections, un bras de fer est déjà engagé outre-Atlantique.

C’est presque devenu un rituel. Tout comme ils l’ont fait à l’approche de l’élection présidentielle de 2018, les politiciens congolais étendent leur réseau de lobbyistes américains à Washington.

L’administration Tshisekedi a commencé à riposter après que l’opposant Martin Fayulu a offert les services de la société Future Pact LLC pour 17 500 dollars par mois en janvier dernier. De plus, depuis juin 2021, Moïse Katumbi a signé avec trois cabinets (King & Spalding, le groupe DCI et Brownstein Hyatt), pour un total de 80 000 $ par mois.

 

Un contrat de 900 000 $

 

Le 11 mars, le ministère de la Communication, dirigé par Patrick Muyaya, a signé un contrat d’un an avec Ballard Partners, une puissante firme fondée en Floride en 1998, d’une valeur de 900 000 $. L’objectif est « d’améliorer les relations bilatérales entre les États-Unis et la RDC ; renforcer les institutions démocratiques et l’État de droit; et faire progresser la croissance économique de la RDC. Le contrat stipule également que Ballard Partners « contribuera à faire en sorte que [la RDC] soit reconnue comme un pays leader dans la lutte contre le changement climatique et à promouvoir ses actions dans ce domaine ».

Le 14 mars, le même ministère a également conclu un accord avec Scribe Strategies and Advisors, une société fondée par Joseph Szlavik. Parmi les clauses de ce contrat figurent « l’amélioration de l’image de la RDC aux États-Unis » et « l’augmentation des investissements américains » en RDC.

 

Szlavik, qui a travaillé avec la Gécamines, connaît bien les milieux politiques et économiques congolais.

Selon nos informations, les discussions sur ce dernier contrat ont débuté en septembre 2021, lorsque Félix Tshisekedi est venu à New York pour participer à la session annuelle de l’Assemblée générale de l’ONU. Le président congolais en a profité pour prendre contact avec Szlavik, qu’il avait rencontré par l’intermédiaire de Gilbert Mundela.

Mundela, décédé en 2019, était un cousin éloigné du chef de l’Etat et l’un de ses principaux points de contact avec les Américains. Il avait travaillé avec Pamoja USA, le cabinet de lobbying que le candidat Tshisekedi a engagé pour la campagne présidentielle de 2018.

 

Africa Report

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