Etain du Kivu : allié de Katumbi, Prince Kihangi reprend du service contre Alphamin (AI)

Activiste du Nord-Kivu très remonté depuis des années contre le producteur d’étain Alphamin et nouvellement député, Prince Kihangi a fait remonter ses griefs en janvier jusqu’au ministre des mines de RDC. A un moment où Moïse Katumbi, qu’il soutient, se rapprochait du président Félix Tshisekedi.

Ayant par le passé souvent cantonné aux interlocuteurs du Nord-Kivu ses plaintes contre la société Alphamin Resources, Prince Kihangi s’est en janvier adressé directement à Kinshasa. Alphamin est producteur d’étain sur le gisement de Bisié, dans le Nord-Kivu, décrit comme l’un de ceux ayant la plus haute teneur du monde. Le 21 janvier, le député du territoire de Walikale, où est actif Alphamin, a transmis un courrier au ministre des mines de RDC d’alors Willy Kitobo Samsoni, cosigné aux côtés d’un autre parlementaire de la zone, Alain Alio Ngera.

Griefs contre Alphamin

Dans ce texte, les deux hommes demandent au ministre de suspendre le processus engagé par la société pour établir son cahier des charges – document listant les engagements d’un opérateur minier auprès des communautés riveraines de ses activités -, car il serait entaché d’irrégularités. Il tend selon les parlementaires « à priver les communautés locales de la jouissance des droits [qui leur sont] garantis ».

La lettre reprend des griefs maintes fois exprimés dans le passé contre Alphamin par Prince Kihangi, qui est réputé proche de négociants de minerais qui contrôlaient par le passé la zone développée aujourd’hui par le groupe minier , sans jamais véritablement trouver suite. Alphamin ne reverse selon lui pas assez à la population de Walikale, ce qui se traduit par des violences régulières. Début janvier, les jeunes de la zone auraient ainsi attaqué le service de sécurité de Bisié.

Les doléances sont d’autant plus grandes que la société s’est targuée dans ses résultats pour le quatrième trimestre 2020 d’avoir produit 2 898 tonnes, au-delà de ses prévisions, et qu’elle prévoit une très bonne année 2021. Le cours de l’étain a en effet cru ces dernières semaines et les volumes extraits à Bisié vont eux aussi progresser.

A la suite de la lettre de Prince Kihangi et d’Alain Alio Ngera du 21 janvier, Alphamin a répondu aux deux députés en affirmant avoir respecté la réglementation minière congolaise dans l’élaboration de son cahier des charges. De plus, le premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba a annoncé sa démission et celle de son gouvernement le 29 janvier, rendant impossible la gestion de la situation par son ministre des mines.

Moment opportun

Le timing pouvait pourtant apparaître particulièrement opportun pour faire entendre les réclamations de Prince Kihangi. Longtemps activiste en tant que secrétaire général de l’ONG locale Bureau d’études, d’observation et de coordination pour le développement du territoire de Walikale (Bedewa), il a été élu en 2019 à l’assemblée provinciale pour la plateforme Alliance des mouvements du Kongo (AMK). Celle-ci est alliée à Moïse Katumbi, qui, opposant pendant des années au pouvoir de Kinshasa, a rejoint en janvier l’union sacrée autour du président Félix Tshisekedi, dont la coalition avec son prédécesseur Joseph Kabila venait d’imploser. Si certains médias rapportent que le chef de l’Etat a proposé le poste de premier ministre à Moïse Katumbi, qui l’a finalement refusé, certains de ses proches devraient participer au prochain gouvernement.

Par ailleurs, président de l’Union africaine pour un an depuis début 2021, Félix Tshisekedi cherche à améliorer son image à l’international, en se saisissant notamment du problème que posent les conflits armés et violences autour des gisements miniers dans l’est de la RDC sur l’ensemble de la région africaine des Grands Lacs.

Africa Intelligence

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