Giscard et l’Afrique : la France très interventionniste de Bangui à Kolwezi

L’ancien président français, décédé le 2 décembre 2020, était très attiré par le continent africain, tant sur le plan personnel que politique. Sous son mandat, la France y a été très active, s’attirant souvent les foudres des autres pays.

Des relations entre Valéry Giscard d’Estaing et l’Afrique, la mémoire des Français ne retient peu ou prou que la fameuse « affaire des diamants« , cadeau de l’empereur de Centrafrique Bokassa au président français. Ce qui a, en partie, contribué à la défaite de VGE en 1981 lors de la présidentielle, est pourtant loin de résumer l’action du troisième président de la Ve république sur le continent africain.

La politique giscardienne en Afrique commence par un voyage chargé de symboles en Algérie en 1975. Giscard d’Estaing est le premier président français à s’y rendre en déplacement officiel depuis l’indépendance. « La page est tournée« , affirme Houari Boumédiène, alors président algérien. Dans un communiqué, les deux pays manifestent leur volonté de rapprochement et d’échanges sur les plans culturel et économique ainsi qu’un intérêt commun pour une redéfinition de « l’ordre économique international ». Mais l’embellie sera de courte durée. Le soutien de la France au Maroc sur la question du Sahara occidental refroidira de nouveau les relations.

Ce sera une constante du mandat de Valéry Giscard d’Estaing. « Il sait que, pour exister au sein de l’Ouest, il lui faut apparaître aux yeux des Américains, qui sortent de la guerre du Viêtnam, comme le meilleur rempart militaire contre le communisme sur le continent »écrit Jean-Pierre Bat dans Afrique contemporaine.

« La légion saute sur Kolwezi »

Durant son mandat, la France a été particulièrement active pour protéger ses intérêts économiques en Afrique, parfois au prix d’accords très inconfortables avec certains régimes. Ainsi, entre 1977 et 1981, l’armée française est intervenue au Zaïre (l’actuelle RDC), en Mauritanie, au Tchad, en Centrafrique.

Le Zaïre n’est pas dans la « zone d’influence » de la France. Mais lorsqu’une rébellion soutenue par l’Angola éclate dans la province du Shaba, ses alliés – Etats-Unis et Belgique – tardent à soutenir le président Mobutu. Lequel n’est plus en odeur de sainteté. Son régime de plus en plus dictatorial, sa répression féroce, ses mises à l’écart des cadres du pays les plus compétents, assortis d’une corruption abyssale, en sont les causes.

Les légionaires français prennent le contrôle de Kolwezi, dans la province congolaise du Shaba, le 20 mai 1978. Une opération qui a permis d'évacuer 3000 ressortissants européens bloqués dans la ville occupée par des rebelles. (VANEES / UPI)
Les légionaires français prennent le contrôle de Kolwezi, dans la province congolaise du Shaba, le 20 mai 1978. Une opération qui a permis d’évacuer 3000 ressortissants européens bloqués dans la ville occupée par des rebelles. (VANEES / UPI)

L’intervention militaire la plus emblématique est celle de Kolwezi au Zaïre en 1978, lorsque les parachutistes français sautent sur la ville pour protéger 3 000 ressortissants Français et Belges pris en otages par des rebelles. Si l’opération, tant sur le plan militaire que politique, est un succès, au final, la France échoue à s’imposer comme un partenaire essentiel du Zaïre.

Le nucléaire pour l’Afrique du Sud

Etendre la zone d’influence de la France s’entend également dans le domaine économique. Là aussi, il s’agit de profiter de l’absence momentanée d’autres puissances pour tenter de se faire une place. La France va ainsi construire, à partir de 1976, deux réacteurs nucléaires en Afrique du Sud. Le pays est pourtant placé au ban des nations pour sa politique d’apartheid. Les détracteurs de VGE affirment qu’au-delà des intérêts de la nation, le président protège aussi ceux de sa famille, très impliquée dans l’industrie nucléaire.

Djibouti et les Comores

C’est sous la présidence Giscard que Djibouti accède à l’indépendance le 27 juin 1977. Aux Nations unies, l’existence du Territoire français des Afars et des Issas (l’ancien nom de Djibouti avant son indépendance) isole la France et bloque l’action de sa diplomatie sur d’autres questions. La France n’a plus guère le choix, tant sa présence sur le sol Africain contredit le principe de « l’Afrique aux Africains ».

A Djibouti, l’accès à l’indépendance se fait dans le calme, un climat de paix qui contraste avec les prévisions des observateurs qui craignaient le pire. En fait, la diplomatie française a œuvré à « neutraliser les prétentions territoriales des Etats de la région », écrit Daniel Bach. Tout en travaillant, en parallèle, avec les politiques locaux.

Conséquence de la partition de l'archipel des Comores, Mayotte restée française voit arriver un flot constant de migrants  venus des autres îles. (ALEXANDER JOE / AFP)
Conséquence de la partition de l’archipel des Comores, Mayotte restée française voit arriver un flot constant de migrants  venus des autres îles. (ALEXANDER JOE / AFP)

L’indépendance des Comores, dernier territoire français en Afrique avec Djibouti, a été plus chaotique et a débouché in fine sur la partition du territoire, l’île de Mayotte voulant conserver ses liens avec la France. Au prix d’un tour de passe-passe dénoncé par une grande partie de l’opinion internationale, le référendum unique prévu pour l’ensemble de l’archipel va finalement se doubler d’un second vote, exclusif à Mayotte en 1976, qui lui permet de rester française. Aujourd’hui encore, l’Union des Comores revendique sa souveraineté sur Mayotte.

L’affaire des diamants

Au-delà de l’angle de politique nationale que comporte l’affaire, l’histoire est exemplaire des choix parfois peu avisés de la France dans ses soutiens à certains régimes. Jean-Bedel Bokassa accède au pouvoir le 31 décembre 1965 à la faveur d’un coup d’Etat. La République centrafricaine, comme son nom l’indique, a une situation stratégique essentielle. Que son nouveau chef soit francophile, et qui plus est ancien capitaine de l’armée française, est un atout. Aussi, Paris ferme les yeux sur les agissements d’un homme que le général de Gaulle a pourtant qualifié de « soudard ».

Au temps de l'amitié, Valéry Giscard d'Estaing et Jean-Bedel Bokassa, président de la République centrafricaine, assistent le 5 mars 1975 à une cérémonie à Bangui. Le président français y était en visite officielle. (- / AFP)
Au temps de l’amitié, Valéry Giscard d’Estaing et Jean-Bedel Bokassa, président de la République centrafricaine, assistent le 5 mars 1975 à une cérémonie à Bangui. Le président français y était en visite officielle. (- / AFP)

La France regarde le pays glisser dans la pire dictature qui soit. Bokassa va dans un premier temps s’autoproclamer président à vie, puis maréchal et enfin empereur en 1977, dans une ultime bouffonnerie. Valérie Giscard d’Estaing tout comme ses deux prédécesseurs (de Gaulle et Pompidou) a laissé faire. Il aura fallu le massacre d’une centaine d’écoliers par la garde personnelle de Bokassa pour que la France intervienne enfin en 1979. Une fois encore, les parachutistes français sont mis à contribution afin de chasser le dictateur du pouvoir.

Giscard le chasseur

Passionné par l’Afrique, Valéry Giscard d’Estaing y a effectué de nombreux voyages, tant officiels que privés. Il l’est aussi par la chasse, en particulier les safaris. Il ne trouvait rien à redire au fait d’avoir abattu un « grand éléphant » en République centrafricaine ni un grand Koudou, « un animal que j’ai longtemps recherché », se confie-t-il à France bleue Orléans.

Comme un ultime adieu à ce continent qui lui est cher, c’est enfin en Afrique qu’il situe l’action de son dernier roman paru en 2011. Mathilda raconte l’histoire tragique d’une famille allemande venue s’installer en Namibie. Un hymne charnel à l’Afrique, selon Thomas Mahler du Point.

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