La Chine a envoyé une invitation au président congolais Félix Tshisekedi pour se rendre prochainement à Pékin (AI)

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Le régime de Xi Jinping a convié le chef de l’Etat congolais à se rendre à Pékin dans le courant du printemps pour discuter de la coopération économique entre les deux pays. Cette invitation intervient alors que Washington, qui a opéré un spectaculaire retour en RDC depuis l’élection de Félix Tshisekedi, scrute de près l’activisme chinois dans le pays.

D’après les informations d’Africa Intelligence, la Chine a envoyé une invitation au président congolais Félix Tshisekedi pour se rendre prochainement à Pékin. Si aucune date n’a encore été arrêtée, ce déplacement devrait intervenir entre mai et juin prochains, dans la foulée de la nomination du gouvernement du nouveau premier ministre Sama Lukonde Kyenge – ce dernier vient d’achever les consultations des forces politiques et sociales en vue de la désignation de ses futurs ministres .

Au cours de son séjour à Pékin, Félix Tshisekedi va notamment évoquer avec son homologue chinois Xi Jinping la poursuite du partenariat économique entre les deux pays. Celui-ci a connu une nouvelle étape avec la visite en janvier dernier à Kinshasa du ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi, au cours de laquelle il a annoncé l’effacement d’une dette de 28 millions de dollars de la RDC auprès de Pékin. Il a également profité de son séjour pour signer un protocole d’entente sur la coopération de la RDC avec l’initiative chinoise de la Belt and Road Initiative (BRI). Ardemment porté par le pouvoir de Xi Jinping, ce projet vise à construire une série d’infrastructures transnationales afin de trouver de nouveaux débouchés à la production chinoise.

Changement de pied entre Washington et Pékin

Ce déplacement de Félix Tshisekedi interviendra quelques mois seulement après l’arrivée au pouvoir du nouveau président américain, Joe Biden. Le mandat de son prédécesseur, Donald Trump, avait été marqué par une implication grandissante de Washington dans le jeu congolais, en appuyant ouvertement la présidence de Félix Tshisekedi au détriment de son prédécesseur et alors partenaire au sein d’une coalition qui s’est terminée cet hiver, Joseph Kabila.

Malgré l’alternance à Washington, l’administration Biden semble néanmoins déterminée à maintenir son appui à Tshisekedi. Le 26 février, la vice-présidente des Etats-Unis, Kamala Harris, s’est longuement entretenue par téléphone avec le président congolais. La diplomatie américaine serait notamment favorable à la réintroduction d’un régime de sanctions contre le milliardaire israélien et intime de Joseph Kabila, Dan Gertler – ce dernier avait fait l’objet d’une levée partielle des sanctions par le Trésor américain dans les derniers jours de la présidence Trump.

Le retour en force de Washington en RDC est une réponse directe à la longue lune de miel entre Kinshasa et Pékin, qui a prévalu tout au long de la présidence de Joseph Kabila (2001-2019). Celle-ci avait été marquée par la signature en 2007 du contrat « infrastructures contre minerais » entre l’Etat congolais et la Sicomines (Sino-congolaise des mines), une joint-venture entre des entreprises chinoises et la société publique congolaise Gécamines. Comme l’a souligné le Fonds monétaire international (FMI) en 2019, ce contrat n’a pas été sans conséquence sur les finances de la RDC, avec une dette cumulée en 2019 de 2,56 milliards $, soit 40 % de sa dette extérieure (6,43 milliards $, ). Au-delà de la seule Sicomines, les compagnies chinoises sont aujourd’hui les premiers investisseurs dans les mines de RDC, et surtout dans son stratégique cobalt.

Cet appui américain a permis à Félix Tshisekedi de s’émanciper de la relation exclusive avec Pékin, et d’ouvrir la porte à d’éventuels investisseurs occidentaux. C’est le cas notamment pour le développement du projet de méga-barrages du Grand Inga, dont la production électrique a vocation à desservir l’Afrique bien au-delà des frontières de la RDC. Alors que l’option chinoise avec le consortium sino-espagnol The Inga Unified Consortium avait jusqu’à présent les faveurs du pouvoir congolais, celle proposée par le géant minier australien Fortescue prend de plus en plus consistance auprès de l’administration Tshisekedi . Cette dernière pousse d’ailleurs de plus en plus à un rapprochement entre les deux options.

Africa Intelligence

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