Le projet “Congo Green H “ de l’homme d’affaires allemand Gernot Wagner

 
Les autorités congolaises se montrent prudentes face aux ambitions du patron de la société Evagor, qui souhaite développer un projet d’hydrogène grâce au futur méga-barrage d’Inga III et construire près de 10 000 km de voies ferrées.


En déplacement la semaine dernière à Kinshasa, où il était accompagné d’une délégation d’hommes d’affaires allemands, le consul honoraire de RDC à Leipzig Gernot Wagner est reparti bredouille de son séjour kinois. A la tête d’Evagor, une entreprise spécialisée dans la structuration de projets en Afrique, cet ancien consultant au sein du Boston Consulting Group et de l ‘ Environmental Defense Fund espérait signer plusieurs accords avec les autorités congolaises.

Notons que Gernot Wagner a fait un passage bref dans le journalisme (Financial Times) avant de se lancer dans les mines au Tchad .


Ambitions dans l’électricité et le rail


C’est le cas notamment d’un projet pour le développement d’une usine à hydrogène à Banana, dans la province du Kongo-Central, qui serait alimentée en électricité grâce au futur méga-barrage d’Inga III .Baptisé Congo Green H, ce projet prévoit de stocker sur le site l’hydrogène liquide produit avant de l’exporter et de le gazéifier en Europe.

En outre, via la société Congo Railway Development, Gernot Wagner ambitionne depuis plusieurs années de construire près de 10 000 km de voies ferrées dans le pays, un centre de formation dédié au ferroviaire dans le Kasaï ainsi qu’une série de centrales à biomasse destinées à électrifier les trains. Le coût total de ce projet, auquel seraient associés Siemens et des banques qataries, avoisine 23 milliards de dollars selon le plan présenté par Gernot Wagner aux Congolais.

Lors de son voyage, qui était organisé par Nicolas Kazadi, l’ambassadeur itinérant du président Félix Tshisekedi, Gernot Wagner était accompagné des représentants du fabricant autrichien de turbines Andritz Hydro, qui a déjà été sollicité pour des travaux de rénovation sur Inga I et Inga II, du constructeur Siemens New Energy (groupe Siemens), et des entreprises gazières Ontras Gastransport GmbH et VNG Gasspeicher GmbH. Au cours de leur séjour, ces derniers se sont notamment entretenus avec Désiré Cashmir Kolongele Eberande, le directeur de cabinet du chef de l’Etat, et le ministre de la coopération internationale Guillaume Manjolo.


Prudence congolaise


Abordé lors du conseil des ministres du 14 août, le sujet a suscité la méfiance de l’exécutif congolais, qui a donné consigne de ne signer aucun document avec la partie allemande. En cause : le fait que l’ensemble des ministres concernés n’ait pas été associé aux discussions, ainsi que l’absence d’officiels au sein de la délégation conduite par Gernot Wagner.

Kinshasa s’est offusqué du revirement de Günter Nooke, le représentant personnel de la chancelière Angela Merkel pour l’Afrique, qui avait initialement confirmé sa venue. Contacté par Africa Intelligence, celui-ci affirme pour sa part avoir dû renoncer en raison des restrictions de voyage imposées par la pandémie de la Covid-19.

Depuis la visite du président Tshisekedi à Berlin en octobre 2019, au cours duquel un Memorandum of Understanding avait été signé avec Siemens pour le développement de projets dans le ferroviaire et l’énergie, la RDC attend beaucoup de la coopération avec l’Allemagne. Programmées en début d’année, plusieurs réunions devaient permettre de revoir le cadre de coopération entre les deux pays, notamment sur la question des garanties souveraines et des verrous à l’investissement en RDC, mais elles ont été annulées ou décalées en raison de la crise sanitaire.

Africa Intelligence

Related posts