Le soutien de l’Ouganda à la RDC voisine dans la lutte anti-terroriste a surtout pour objectif de protéger les futures infrastructures pétrolières du lac Albert.
Officiellement alliés depuis le 17 mai dans la lutte contre l’insurrection islamiste qui ravage le nord de la RDC et pourrait venir menacer les projets pétroliers de l’autre côté de la frontière, au nord-ouest de l’Ouganda, Kinshasa et Kampala affûtent leurs plans.
Selon nos informations, l’Ouganda aurait choisi de doubler son effectif de soldats déployés pour cette mission, passant de 600 à près de 1 500 hommes. Le président ougandais Yoweri Museveni veut à tout prix protéger de toute attaque éventuelle les projets pétroliers Tilenga (Total) et Kingfisher (Cnooc). Il craint que son pays ne soit confronté aux mêmes enjeux que le Mozambique, où des groupes armés autoproclamés djihadistes ont contribué à stopper depuis décembre 2020 la construction des deux trains de liquéfaction de gaz de Total.
Les deux pays souhaitent se protéger des offensives des Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe de rebelles ougandais implanté au Congo, dont la vocation initiale était de combattre le régime de Museveni. Ses actions, régulièrement revendiquées par l’Etat islamique, lui ont valu d’être placé sur la liste des groupes considérés comme terroristes par les Etats-Unis. Le lien avec la nébuleuse djihadiste n’est cependant pas établi.
Qui compose la task force militaire ?
Les troupes ougandaises, positionnées dans une base provisoire dans le district de Kabarole (à l’ouest de l’Ouganda), sont dirigées par le brigadier général Moses Kwikiriza. Ses effectifs rassemblent plus de 700 soldats de la section « 333 Mountain Brigade », brigade de l’armée ougandaise Uganda People’s Defence Forces (UPDF). Spécialisée dans les opérations en milieu montagneux, elle a notamment été formée par des militaires français de la 27e brigade d’infanterie de montagne, unité alpine française. Les soldats sont positionnés non loin des provinces congolaises du Nord-Kivu et d’Ituri qui ont été déclarées en état de siège début mai en raison de nombreuses attaques attribuées à l’ADF-NALU. Officiellement, l’UPDF assure que ses hommes ne seront pas déployés sur le sol congolais.
Comme nous l’avions révélé (AI du 19/04/21), cette mission militaire mobilise également un contingent d’environ 600 soldats ougandais déployé jusqu’en septembre au sein de l’opération de paix de l’Union africaine en Somalie, l’Amisom. Ces hommes étaient stationnés à Mogadiscio afin de protéger les agents de l’ONU.
Les militaires ougandais devront composer avec l’autre allié de la RDC : le Rwanda. Sur fond de méfiance réciproque, la frontière terrestre entre les deux pays est fermée depuis 2019, Museveni et le président rwandais Paul Kagame s’accusant mutuellement de déstabilisation. Museveni accepte difficilement que Kagame, ancien chef des renseignements militaires ougandais dans les années 1980, qu’il a largement accompagné dans sa prise de pouvoir après le génocide, se soit petit à petit autonomisé.
Africa Intelligence