Outre de vastes projets miniers, celui-ci pourrait également comprendre un volet militaire.

Les contours de l’accord minier d’ampleur entre la RDC et les Emirats arabes unis continuent de se négocier. Selon les informations d’Africa Intelligence, la présidence congolaise a soumis à Abu Dhabi une liste de 14 permis, tous situés dans l’ancienne province minière du Katanga (sud-est). Cette proposition répond aux ambitions minières des Emirats, qui ont manifesté leur intérêt via Primera Group, une entité constituée par les hommes d’affaires Sibtein Alibhai et Ajay Bathia pour le compte du pouvoir émirati.

Le choix des permis proposés par Kinshasa, dont certains appartiennent à l’entreprise publique Gécamines, fait encore l’objet d’intenses tractations. Celles-ci sont d’autant plus sensibles que la propriété de certains de ces titres demeure floue. Au cadastre minier de la RDC (Cami), les autorités congolaises ont ciblé des actifs jugés inexploités par leurs détenteurs. C’est le cas notamment du permis 591, détenu par Swanmines, une filiale du groupe kazakh établi au Luxembourg Eurasian Resources Group (ERG). Après s’être vu notifier par les autorités congolaises le retrait de son permis, ERG s’est récemment tourné vers la justice arbitrale à Paris.

Un deal encore plus ambitieux

Outre ERG, on retrouve sur cette liste d’autres sociétés minières de premier plan, à l’image de Kipushi Corporation (Kico), une filiale d’Ivanhoe Mines du milliardaire américano-canadien Robert Friedland, titulaire de trois des permis listés. Contacté par Africa Intelligence, le président du conseil d’administration de Kico, le Congolais Louis Watum – également président de la chambre des mines au sein de la Fédération des entreprises du Congo (FEC) – a indiqué ne pas avoir été informé des intentions des autorités congolaises. Les titres en question, expirés depuis début 2020, sont en cours de renouvellement au Cami. Un autre permis potentiellement problématique est, selon la liste consultée, celui détenu par Interactive Energy Russia, une société du mystérieux homme d’affaires russe Ruben Katsobashvili, âgé de bientôt 90 ans.

Les discussions se poursuivent entre Kinshasa et Abu Dhabi et la liste des permis cités n’est pas encore définitivement arrêtée. Le deal en gestation pourrait d’ailleurs s’avérer beaucoup plus ambitieux, les Emirats ayant d’autres visées dans le secteur minier congolais, notamment autour de l’entreprise publique Sakima (Société aurifère du Kivu et du Maniema), en grande difficulté financière. Dans l’espoir de la remettre à flot, la présidence de Félix Tshisekedi avait signé un protocole d’accord en juin 2021 avec la société Dither, dont le siège se trouve à Kigali, pour que celle-ci traite l’or produit par la Sakima. Mais la mise en œuvre de cet accord a été suspendue à la suite de la détérioration des relations diplomatiques entre la RDC et le Rwanda voisin, sur fond de crise sécuritaire avec la rébellion du M23 ; ce qui laisse de facto le champ libre à d’autres d’acteurs.

Une usine de traitement dans le Petit Nord

Un autre projet d’envergure se dessine dans la région du Petit Nord (province du Nord-Kivu). Dans les cartons du partenariat congolo-émirati pourrait ainsi figurer la création d’une usine de traitement pour les minerais jugés stratégiques (cassitérite, coltan et wolframite, les « 3T »). Sa localisation exacte est encore incertaine, mais elle pourrait voir le jour près du site de Rubaya, où du coltan est extrait de manière industrielle par la Société minière de Bisunzu (SMB) du député Edouard Mwangachuchu. Ce dernier est poursuivi devant la Haute Cour militaire pour ses liens présumés avec les rebelles du M23. Autour de l’exploitation de la SMB, de nombreux creuseurs opèrent de manière artisanale. Le site, particulièrement stratégique, semble susciter l’intérêt des Emirats.

A la présidence congolaise, c’est le conseiller privé de Félix Tshisekedi, Kahumbu Mandungu Bula, dit « Kao », qui orchestre la relation avec Abu Dhabi. Il a la confiance du chef de l’Etat congolais et du président émirati Mohammed bin Zayed al-Nahyan (MBZ), avec qui il est en lien direct. Parmi ses interlocuteurs aux Emirats sur la partie minière, figure notamment Ali Alrashdi, à la tête du conseil d’administration d’Emiral Resources. Cette société fondée par l’homme d’affaires russe Boris Ivanov opère notamment dans le secteur aurifère au Soudan, en Mauritanie et au Ghana.

Ali Alrashdi officie surtout pour le compte de la puissante International Holding Company (IHC) de Tahnoon bin Zayed al-Nahyan, frère de MbZ et conseiller à la sécurité nationale. Il opère dans le secteur extractif aux côtés de l’ancien courtier en or artisanal Sibtein Alibhai, qu’il a placé, aux côtés de Ajay Bathia, à la tête de Primera Group.

Extrait de l’article d’Africa Intelligence