RD Congo : comment Félix Tshisekedi a repris les rênes du pouvoir

felix_discours_separation

PARI. En moins de deux mois, Félix Tshisekedi a fait sauter tous les verrous que son prédécesseur avait mis en place avant de lui céder le pouvoir, en janvier 2019.

Désavoué par l’Assemblée, le Premier ministre de la République démocratique du Congo, Sylvestre Ilunga Ilunkamba, a remis ce vendredi 29 janvier sa démission au président Félix Tshisekedi, qui a désormais les mains libres pour nommer son propre chef de gouvernement soutenu par sa nouvelle majorité parlementaire. Inimaginable il y a deux ans. L’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi était alors loin de faire l’unanimité, pas plus que les conditions de son élection, d’autant plus que sa gouvernance s’annonçait très difficile. Mais, en l’espace de deux mois, l’actuel chef de l’État, plus que jamais soutenu par les Américains et l’Union européenne, a réussi finalement à isoler son tout-puissant prédécesseur, Joseph Kabila, qui espérait ainsi revenir aux affaires aux prochaines élections de 2023.

Habituée aux violences politiques depuis l’indépendance en 1960, la RDC vit une révolution pacifique et constitutionnelle, que les Congolais suivent avec passion en vaquant normalement à leur vie quotidienne.

En route pour l’union sacrée

Le président doit désormais appliquer les promesses qu’il a faites aux quelque 85 millions de Congolais en annonçant la fin de sa coalition avec Joseph Kabila le 6 décembre : lutter contre la corruption et la misère qui touche les deux tiers de la population, ramener la paix dans l’est du pays, ensanglanté par les violences des groupes armés. Le Premier ministre, 73 ans, « a déclaré avoir tiré les conséquences de l’évolution de la situation politique actuelle », a indiqué la présidence sur son compte Twitter.

La situation est désormais plus que favorable à l’ex-opposant Félix Tshisekedi, un civil qui a vécu entre le Congo et la Belgique, face à son prédécesseur, Joseph Kabila, militaire de formation. À 57 ans, il peut désormais gouverner seul, sans les contraintes de l’accord de coalition qu’il avait conclu avec l’ex-président Kabila et sa majorité parlementaire juste avant son investiture le 24 janvier 2019.

Le fils de l’opposant historique Étienne Tshisekedi va commencer par nommer le Premier ministre et le gouvernement de son choix. Pour ce faire, il dispose d’une large majorité de 391 députés sur 500 à l’Assemblée nationale, d’après le pointage du chargé de mission (un « informateur » en droit congolais) qu’il avait nommé pour identifier sa propre « majorité d’union sacrée de la nation ». Agitant une menace de dissolution, le président a rallié à sa cause 24 « regroupements » politiques, dont certains affiliés hier encore au Front commun pour le Congo (FCC), la machine de guerre politique que Joseph Kabila avait mise en place pour quitter le pouvoir sans perdre son influence politique. Dans ce pays où la politique et l’affairisme font cause commune, des députés FCC ont cédé à l’appât du gain, rapportent des rumeurs persistantes. Félix Tshisekedi a aussi rallié à sa cause deux opposants de poids, le riche homme d’affaires Katangais Moïse Katumbi, issu de l’est, et l’ancien chef de guerre Jean-Pierre Bemba, populaire à Kinshasa et dans l’ouest du pays.

Le groupe parlementaire Mouvement de libération du Congo (MLC, le parti de M. Bemba) « a adhéré officiellement à l’union sacrée de la nation », a indiqué l’un de ses cadres, Mohamed Bule. « Nos deux leaders Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba ont décidé de travailler en synergie », a-t-il ajouté. Félix Tshisekedi va devoir désormais gérer les appétits des deux opposants, qui vont exiger des postes et des responsabilités au gouvernement et à l’Assemblée nationale. Le test aura lieu dès la semaine prochaine, lors de l’élection du nouveau bureau de l’Assemblée.

Silence du côté de Kabila

La coalition, la majorité pro-Kabila à l’Assemblée, le Premier ministre et son gouvernement pléthorique de 65 ministres, dont les deux tiers étaient membres du FCC pro-Kabila : « Béton » Tshisekedi (l’un de ses surnoms) a abattu une par une toutes les murailles qui protégeaient Joseph Kabila. Désormais isolé et replié dans son fief du Katanga, à Lubumbashi, avec quelques fidèles, Joseph Kabila, 49 ans, garde toujours le silence.

Avant de lancer son offensive, Félix Tshisekedi, qu’on décrit comme un homme de compromis, s’était assuré de la fidélité de l’état-major de l’armée, dont tous les haut gradés avaient été nommés pendant le règne de Joseph Kabila, qui avait été propulsé à la tête de la RDC après l’assassinat, en janvier 2001, de son père, Laurent-Désiré Kabila. L’armée a respecté jusqu’à présent son pacte républicain en restant loyale à son commandant en chef, le président de la République.

Lepoint

Related posts

Leave a Comment