Robert_Seninga

Les Provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri pourraient être victimes de leurs passées belliqueuses, des anciens bourreaux et rebelles devenus responsables politiques, poursuivent leurs guerres par procuration.

En effet, si la nouvelle sur l’arrestation de Robert Seninga président de l’Assemblée Provinciale du Nord-Kivu venait d’être confirmée, alors la paix dans cette province doit nécessairement passée par une nouvelle classe politique jeune et innocente.

Robert Seninga ancien conseillé auprès du Gouverneur du Nord-Kivu Serufuli lui-même issu de RCD-Goma était déjà cité dans un rapport de Human Rights Watch de juillet 2005 Vol. 17, No. 9 (A) où il lui est déjà reproché d’avoir distribué des armes aux milices locales.

En décembre 2004, des soldats de l’armée nationale congolaise (Forces Armées de la République Démocratique du Congo, FARDC), ont attaqué et tué une centaine au moins de civils et violé des dizaines de femmes et de filles lors de combats livrés dans le Nord-Kivu, une province de la République Démocratique du Congo (RDC). Dans certains cas, des civils appartenant à l’ethnie hutu, armés par les autorités locales se sont joints aux soldats pour commettre ces crimes.

« …Des responsables administratifs et de la sécurité ont distribué des armes à feu dans la campagne de Masisi en octobre 2004 selon des informations fournies aux chercheurs de Human Rights Watch par des responsables locaux, des responsables d’église, des fonctionnaires, d’anciens officiers du RCD et des villageois des groupes ethniques hunde et hutu.[1] Le Capitaine Munyamariba, responsable administratif hutu, officié des FARDC dans les anciennes troupes du RCD-Goma, ayant autrefois appartenu aux LDF a été l’un de ceux qui ont organisé et armé des civils hutu dans la région de Banyungu.[2] Dusabe Kashemare et Rukeri Nyange, agents de sécurité de rang intermédiaire[3] et Munaba Rukebesha, autre responsable administratif[4] ont également participé à la distribution dans cette région. De nombreuses personnes ont également rapporté avoir vu le véhicule de Robert Seninga, conseiller auprès du gouverneur et organisateur de ses « Local Defense Force », désormais défuntes, transporter des armes à Masisi…[5] »

Il est aussi cité dans un article de Cairn info de 2013 d’avoir été recruté par Kigali pour intégrer le RCD-Goma :

« …Le moment décisif de cette évolution eut lieu durant le règne du RCD, soutenu par le Rwanda, sur le Nord-Kivu (1998-2003). Face à une insurrection violente dans le nord-ouest du Rwanda, dotée de bases arrières au Nord-Kivu, il devint impératif pour Kigali de sceller une alliance entre communautés hutu et tutsi à l’intérieur même du RCD afin de convaincre la population locale de se dissocier des rebelles de l’Armée de libération du Rwanda (ALiR). Le résultat fut le recrutement de figures dirigeantes hutu, notamment de nombreux magrivistes, par le RCD. Des commandants comme Robert Seninga, Emmanuel Munyamariba, Janvier Mayanga et David Rugayi, qui avaient fait leurs armes dans les combats de 1993, furent intégrés de pair avec une majorité de miliciens hutu et on leur accorda des postes influents dans le RCD… »[6][35][7]

Le même Robert Seninga a été convoqué en date du 20 mai à l’auditorat général de Goma pour aller témoigné sur le trafic des minerais provenant des régions occupées par les rebelles de Masisi entre 2018 et 2019, ayant même fait l’objet d’un documentaire « Les millionnaires du Chaos ».

Robert Seninga, est également cité dans un rapport intitulé ; « Armée nationale et groupes armés dans l’est du Congo Trancher le nœud gordien de l’insécurité ». Publié par JASON STEARNS JUDITH VERWEIJEN MARIA ERIKSSON BAAZ.

Il est présenté en ces termes : « Padiri devint le leader du plus grand groupe Maï-Maï de Bunyakiri et se retrouva à la tête d’un organisme de coordination des Maï-Maï au Sud-Kivu. Bigembe fut le leader d’un groupe armé Hutu au Sud-Masisi où il était chef du secteur de Katoyi. Akilimali était un Nyanga Maï-Maï; il a rejoint Padiri et est aujourd’hui colonel dans l’armée. Robert Seninga était en 1993 l’un des plus importants commandants Hutu ».

Dans un documentaire d’enquête du journaliste Bernard de la villardière dont la diffusion mondiale aura lieu le 30 juin prochain, Robert Seninga, ancien rebelle devenu député du territoire de Masisi puis président de l’assemblée provinciale du Nord Kivu, est accusé d’exploitation des enfants en zone minière.

Dans ce documentaire de 75 minutes, le président de la coopérative des exploitants miniers de Masisi, COPERAMA en sigle, est cité comme disposant d’une fortune colossale qui provient essentiellement de l’exploitation des mines où les enfants travaillent dans les mauvaises conditions pendant plusieurs heures par jour à des dizaines de mètres sous la terre pour extraire du minerais. Selon ce documentaire, Robert Seninga fait partie de 600 millionnaires congolais alors que 70% de la population vit avec moins d’un dollar par jour[8].

Bernard de la villardière, auteur de ce documentaire estime que la RDC est le deuxième plus grand pays d’Afrique, à avoir une particularité: celle de compter le plus grand nombre de millionnaires alors que sa population est majoritairement pauvre.

Dans le lot de ses millionnaires des chaos, on compte des politiciens, militaires, hommes d’affaires, artistes, ex-chefs rebelles ou évangélistes, etc.

Ces millionnaires ont profité du chaos créé par les differents conflits à l’Est du pays pour ce faire de l’argent sur le dos des pauvres populations[9].

Issu du FCC, il  a été élu président de l’Assemblée Provinciale du Nord-Kivu le 13 mai 2019. L’Etat congolais doit éviter que dans l’avenir des personnes citées dans divers rapports en lien avec des crimes et la violation des Droits de l’Homme puissent exercer une fonction politique.

BVR

Téléchargez ces rapports:


[1] Entretiens conduits par Human Rights Watch, Goma, 20 octobre, 9, 22 et 23 novembre 2004, 4 février 2005 et Masisi, 26 au 29 janvier 2005.

[2] Le Capitaine Munyamariba était Chef de poste d’encadrement de Mianja. Entretiens conduits par Human Rights Watch, Masisi, 27 janvier 2005.

[3] Entretien conduit par Human Rights Watch, Masisi, 29 janvier 2005. Voir également Société civile du Nord Kivu, Le Nord Kivu à la dérive, décembre 2004 et RODHECIP, Appel à action urgente N° 001/2004 : le territoire de Masisi en province du Nord Kivu/RDC de nouveau à feu : distribution illicite d’armes à feu aux populations civiles, 6 novembre 2004 (archivé à Human Rights Watch). Albert Semana, un Tutsi du RCD-Goma proche du Gouverneur Serufuli est directeur du service de sécurité provinciale. C’est également un personnage puissant au Nord-Kivu.

[4] Entretiens conduits par Human Rights Watch, Goma, 9 novembre 2004 et Masisi, 26 et 29 janvier 2005. Munaba était secrétaire du Poste d’encadrement de Ngomashi.

[5] Entretiens conduits par Human Rights Watch, Goma, 9 novembre 2004. Voir également Société civile du Nord Kivu, décembre 2004 et RODHECIP, 6 novembre 2004.

[6] Entretien avec Robert Seninga, ancien dirigeant politique de milice au Masisi, Goma, 13 mai 2012. Pourtant, certains commandants hutu continuèrent à s’opposer au Rwanda, dont un grand nombre sous les ordres de Hassan Mugabo et Bigembe Turinkinko.

[7] https://www.cairn.info/revue-politique-africaine-2013-1-page-23.htm

[8] https://www.politico.cd/actualite/2019/06/28/enquete-les-milliardaires-du-chaos-le-president-de-lassemblee-provinciale-du-nord-kivu-accuse-dexploitation-des-enfants.html/44230/

[9] Idem

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