«Philippe est le premier Roi des Belges à condamner le régime colonial». Vincent Dujardin, professeur à l’UCL, décode le discours du roi Philippe à Kinshasa. Il voit une condamnation explicite du régime colonial. Les « excuses » ? Pas si vite. Ce sera l’objet des débats au Parlement.

 

 

 

Professeur d’histoire contemporaine à l’UCL, Vincent Dujardin recadre pour nous le discours prononcé par le roi Philippe à Kinshasa, où il condamne le régime colonial.

 

Placez le curseur par rapport au discours du Roi en termes d’importance, de gravité, d’impact politiques. Il va plus loin que les propos tenus dans sa lettre du 30 juin 2020 adressée au président Tshisekedi, où il exprimait ses « profonds regrets » ?

 

Le Roi est allé plus loin sur le plan de la reconnaissance des faits. Ici, il condamne le régime colonial lui-même. Là, on est clairement un pas plus loin, même s’il avait déjà dénoncé dans sa lettre de 2020 « des actes de violence et de cruauté » durant l’époque de l’Etat indépendant du Congo et des « souffrances et des humiliations » causées durant la période coloniale. Le Roi condamne ici le régime colonial, parce que basé, dit-il, sur l’exploitation et la domination. Vous avez, dans la foulée, les termes de « relation inégale », « régime injustifiable marqué par le paternalisme, les discriminations, le racisme ». Le Roi ajoute encore que ce régime a donné lieu à des exactions et des humiliations. Et puis le roi prononce ces mots au Congo, dans le lieu très symbolique que constitue l’Assemblée nationale. On peut aussi relever que le Roi loue, à l’inverse, la culture congolaise, et ce de façon appuyée.

 

 

Pas d’« excuses » en revanche…

 

Ce n’est pas une surprise. La commission Congo du Parlement fédéral vient d’être prolongée jusqu’en novembre. Les séances dédiées au volet réconciliation n’ont pas encore débuté. Il est donc logique de respecter le travail parlementaire et d’attendre les conclusions puis les recommandations. Après, il y aura le débat parlementaire autour de l’opportunité de prononcer ce mot, sur le plan philosophique d’abord, puis quant aux réparations éventuelles qui s’en suivraient. C’est un débat qui appartiendra au parlement puis au gouvernement qui doit en assumer les conséquences directes. Je note encore que le Roi convoque Patrice Lumumba et le roi Baudouin dans le même discours… C’est à relever, si on a en tête le clash du 30 juin 1960. Mais on notera que le Roi évoque le Lumumba d’avant 1960, lorsqu’il appelait au maintien de l’unité de la nation congolaise. C’est un sujet important pour les Congolais au regard de ce qui se passe notamment dans l’est du Congo aujourd’hui. Le roi Philippe évoque aussi le Baudouin de 1970 et pas celui de 1960. En 1970, il appelait à unir les forces entre Belges et Congolais face à des défis communs, soit exactement ce que la délégation belge veut faire à travers ce voyage, à savoir appuyer la relance de la coopération belgo-congolaise.

 

Le Soir

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