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Chassés par les forces de l’ordre des sites où ils se sont illégalement installés, les artisans miniers se replient vers d’autres. Une course sans fin qui exaspère les groupes, souvent propriétaires des périmètres, et laisse les autorités impuissantes.

Expulsés courant avril de la carrière de Kalukunji, site du Lualaba en RDC où ils extrayaient illégalement du cuivre et du cobalt, par les unités de sécurité envoyés par la direction de Comide, mine détenue par le groupe kazakh Eurasian Resources Group (ERG, ex-ENRC), les creuseurs ont pour la plupart fui vers Kawama. Cette carrière trouvée dans la même province congolaise appartient quant à elle à Kamoto Copper Co (KCC), filiale locale du trader suisse Glencore, qui n’a pas encore fait déguerpir les artisans miniers clandestins. Certains ont aussi quitté les lieux afin de se diriger vers les concessions de Tenke Fungurume Mining (TFM) et Kisanfu, détenus par le chinois China Molybdenum Co (CMOC).

Un jeu de chat et de souris sans fin entre forces de sécurité et creuseurs. Avant de s’installer à Kalukunji, nombre d’exploitants illégaux étaient actifs sur le site de Sierra, dont ils ont été évincés, et les permis détenus par TFM sont depuis longtemps déjà la cible des invasions régulières, parfois violentes, des artisans (Africa Intelligence du 03/09/19). Surtout, le plus souvent, il est impossible de déloger définitivement la totalité des creuseurs, qui agissent également la nuit. Les va-et-vient vers les sites miniers sont permanents, générant des tensions entre artisans et forces de sécurité, ces dernières soupçonnées de participer elles aussi aux activités illégales.

Situation inextricable

Si les faits ne sont pas nouveaux, ils inquiètent plus que jamais les entreprises minières et les autorités, dépassées. La situation devient inextricable : la quasi-totalité des périmètres de cuivre-cobalt du Lualaba et du Haut-Katanga (provinces nées de la partition du Katanga en 2015) sont désormais la propriété de groupes miniers étrangers. Les creuseurs ne peuvent plus, comme ils le faisaient par le passé, s’installer sur un site non-occupé pour y extraire quelques kilogrammes de minerai et le vendre à des comptoirs de la province afin de percevoir des revenus. Ils bénéficiaient alors d’un certain laisser-faire des autorités.

Pour gagner leur vie, les artisans volent désormais du minerai sur des concessions détenues par des compagnies minières afin de le céder ensuite à des comptoirs souvent contrôlés par des businessmen chinois et indiens. Ils agissent là aussi illégalement puisque, depuis son lancement officiel fin mars, l’Entreprise générale de cobalt (EGC), filiale de la société d’Etat Gécamines opérant avec l’appui du trader Trafigura, a le monopole de l’achat-vente de cobalt artisanal dans le Lualaba et le Haut-Katanga.

Les autorités face à une impasse et à la menace John Numbi

Alors que les artisans ont besoin d’argent pour survivre et que les groupes miniers pillés sont exaspérés, les autorités cherchent une issue. La vice-gouverneure du Lualaba Fifi Masuka Saini a organisé une réunion mi-avril avec TFM et des militaires, mais aucune solution pérenne n’a été trouvée. La direction de la province a par ailleurs connu des remous ces dernières semaines : le gouverneur Richard Muyej a été affaibli par de longs soins à l’étranger, bien qu’il soit désormais revenu en RDC, et son adjointe Fifi Masuka Saini, qui a repris les rênes, est critiquée en interne mais a aussi fait l’objet de polémiques sur des contrats passés.

Face à l’impasse, une délégation d’officiers de l’armée congolaise a été dépêchée en urgence par le gouvernement de Kinshasa fin avril à Kolwezi, capitale du Lualaba, pour s’entretenir avec les autorités locales. L’objectif est de trouver une solution pour apaiser les miniers et déloger les creuseurs sans avoir recours à des policiers ou militaires. Depuis une décision de 2019 du président de la RDC Félix Tshisekedi, il est interdit de recourir à eux pour faire la sécurité sur les mines du pays . Toutefois, les autorités de Kinshasa voudraient aussi relever au plus vite les militaires par crainte que certains soient encore fidèles à John Numbi, et qu’ils fassent donc dégénérer la situation. Numbi est un général proche de l’ex-chef de l’Etat Joseph Kabila poursuivi par la justice depuis avril car suspecté d’avoir commandité le meurtre en 2010 de l’activiste Floribert Chebeya et de son chauffeur .

Africa Intelligence

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