RDC: La MONUSCO a-t-elle échoué ?

casque bleu RDC

Les choses se sont emballées ces dernières semaines pour la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco) qui a fait l’objet de plusieurs manifestations des populations de la RDC qui ont exigé son départ du pays.

 

Les derniers incidents à la frontière avec le Rwanda où deux civils ont été abattus par les forces de maintien de la paix ont rajouté à la colère des populations.

 

Pour apaiser les tensions, le gouvernement congolais a annoncé la suspension des soldats impliqués et l’ouverture d’une enquête.

Mais de nombreux acteurs estiment que la MONUSCO a failli à sa mission de protéger les populations.

Comment les objectifs ont-ils évolué au fil des ans ?

 

Au fil des ans, avec les réalités sur le terrain, le Conseil de Sécurité, par une série de résolutions, étendra le mandat de la MONUC au contrôle de l’application de l’accord de cessez-le-feu et lui attribuera plusieurs autres tâches connexes.

Le 18 décembre 2020, avec l’adoption de la résolution 2556, des priorités stratégiques sont attribuées à la mission.

 

Elle obtient dès lors les prérogatives de contribuer à ‘’assurer la protection des civils, d’appuyer la stabilisation et le renforcement des institutions de l’État en République démocratique du Congo ainsi que les principales réformes de la gouvernance et de la sécurité.’’

 

‘’Les arguments sont manifestement son incapacité opérationnelle à protéger les civils et mettre fin par la force aux groupes armés alors qu’il s’agit justement de son mandat. Quand on voit la taille du budget et des effectifs, le bilan de l’action de la Monusco est presque insignifiant’’, estime l’analyste politique Christian Moleka.

Les objectifs de la mission ont-ils été atteints ?

‘’Nous pensons que la MONUSCO n’a pas pu atteindre ses objectifs. Parce qu’au départ lors de la définition de sa mission en 98 lorsqu’elle a commencé comme MONUC, elle a une mission d’observation, ça veut dire qu’elle devrait observer les actes de violence et les actes de guerre posés par certains groupes armés’’, soutient Jack Sinzahera, activiste au sein du collectif AMKA CONGO et CONGOLAIS DEBOUT à Goma dans la province du N0rd-Kivu.

‘’Pour nous, on considère que la MONUSCO, c’est le malheur du Congo. C’est la MONUSCO qui envenime, qui instrumentalise les guerres sans fin en RDC. La mission a échoué et nous on veut demander que cette mission parte’’, poursuit Jack Sinzahera qui est aussi membre de la Synergie des mouvements citoyens pour la campagne Bye-Bye MONUSCO.

 

Pour sa part, le gouvernement a donné sa position, à travers Focus on Africa, par la voix de son porte-parole, Patrick Muyaya.

‘’Les gens sont très en colère contre la Monusco, pas seulement à cause de l’incident à la frontière ougandaise, mais aussi parce que la Monusco n’est pas capable de nous aider à mettre fin aux agressions du M23’’, a-t-il indiqué.

 

‘’Et ce qui s’est passé dimanche est quelque chose de malheureux et de très mauvais du point de vue des Congolais qui doivent faire confiance à ces soldats de la paix de l’ONU tout en les voyant tirer sur les gens comme ils l’ont fait. C’est tout simplement incroyable. C’est pourquoi notre peuple a parlé à la délégation du gouvernement qui était là pour dire au président que nous ne voulons plus les avoir en RDC’’, dit-il.

Faut-il rappeler que jusque-là, le chapitre sept n’était réservé qu’à la FIB. Et le reste de la force avait la latitude de suivre le chapitre quatre, qui est la mission d’observation’’ a-t-il ajouté.

 

La brigade d’intervention, aussi connu sous son acronyme en anglais FIB, est une unité d’environ 3 000 hommes, qui ont un mandat offensif, celui de combattre directement les groupes armés avec les FARDC.

 

L’annonce faite pendant cette conférence de presse a donné l’impression que tous les autres 16 000 casques bleu avaient désormais un mandat similaire. Mais ce n’était pas le cas.

 

‘’Je pense que les déclarations lors de la signature des directives opérationnelles FARDC-MONUSCO ont été mal interprétées’’ a recadré Mathias Gillman, porte-parole de la mission onusienne à l’époque, dans une correspondance adressée à la BBC.

 

Selon lui, ‘’le document signé formalise le modus operandi des opérations conjointes FARDC MONUSCO, un document similaire est signé en amont de toute opération conjointe, il n’y a donc rien de nouveau.’’

 

Cette confusion autour de ce que peut ou ne peut pas faire la Mission de l’ONU pour la Stabilisation du Congo, MONUSCO, est un facteur important dans la perception du degré de son efficacité par la population congolaise.

Pourquoi le conflit continue-t-il ?

L’analyste politique Christian Moleka est formel. Il estime que si ce conflit continue, c’est bien parce qu’il y a des gens qui y trouvent leur intérêt, au détriment du peuple congolais.

 

‘’Une économie de guerre profitable aux différentes parties en interne, comme à l’international, à tel enseigne que l’instabilité de la région semble être bénéfique à tous les acteurs excepté le peuple congolais’’, affirme-t-il.

 

Néanmoins, Christian Moleka explique que la complexité de la question de ‘’la sécurité à l’est de la RDC, du fait qu’elle englobe des dynamiques à la fois locales (question foncière et identitaires), des dynamiques nationales (faibles réformes du système de sécurité et de renseignement, effondrement de l’autorité de l’Etat, mercantilisme des élites politiques et sécuritaires, instrumentalisation politique comme manœuvre politique) et des dynamiques régionales (implication directe et indirecte des Etats voisins ) », font perdurer le conflit.

 

A son avis, la ’’bureaucratisation’’ de la Monusco, ‘’avec le plus gros budget et le plus grand effectif’’, ont fait que ses capacités opérationnelles n’ont pas pu ‘’impacter sur la situation’’ en RDC.

 

Quels ont été les arguments en faveur de la fin de la mission ?

Les Congolais, unis comme un seul homme, exigent le départ des troupes de la MONUSCO de leur pays.

 

‘’La Charte des Nations unies parle de la mission primordiale, la sécurité des civils ; mais c’est nous le peuple congolais, on s’est levé pour dire non à cette mission’’, souligne Jack Sinzahera.

 

‘’La MONUSCO est une mission des Nations unies qui prône les droits de l’homme, qui prône le respect des textes légaux mais nous au Congo, notre constitution parle de la souveraineté et nous sommes le peuple souverain. Et comme le mandat de la Monusco est de sécuriser les civils, nous les civils, nous ne voulons plus de cette protection’’, poursuit l’activiste.

 

‘’Et voilà pourquoi, à la suite des incidents qui se sont produits à Kasindi, à Goma, à Butembo, on comprend que cette mission est maintenant une mission terroriste. Comment pouvez-vous nous forcer votre paix ? On ne veut pas votre sécurité’’, gronde-t-il.

 

Le Baromètre Sécuritaire du Kivu, une initiative qui suit de près le conflit, estime que le nombre des civils tués dans des attaques armées dans ces zones entre mai 2021 et avril 2022 a doublé par rapport à l’année dernière, avec un bilan de 2 500 tués.

 

Les réfugiés qui ont fui leur village sont parfois la cible de ces attaques.

 

Au total, 11 attaques ont été enregistrées en 2021 par le Cluster Protection, pour un bilan d’au moins 151 morts.

 

Le fait que certains de ces sites se retrouvent à proximité des camps des FARDC et de ceux de la MONUSCO ‘’remettent en cause la capacité des forces de sécurité étatiques et internationales (MONUSCO) à protéger les populations civiles’’, alertait le Cluster Protection dans une note de plaidoyer en date de Février 2022.

 

‘’Les attaques répétées contre les sites entachent aussi la crédibilité et la réputation de tout le système humanitaire et de protection, dans la mesure où cela révèle le manque d’efficacité des mécanismes d’alerte et de plaidoyer, à même de prévenir ce genre d’attaques’’, poursuit le rapport.

 

‘’Les gens se demandent donc pourquoi nous devrions garder ces soldats de la paix de l’ONU ici alors qu’ils ne peuvent pas résoudre les problèmes d’insécurité avec notre armée’’, indique Patrick Muyaya, le porte-parole du gouvernement.

Quels sont les arguments en faveur de son maintien ?

Pour toute réaction à la campagne de dénigrement dont elle fait l’objet, la MONUSCO a rappelé le rôle qu’elle a joué dans l’atténuation des actions des groupes armés en RDC.

 

‘’Il est important de noter à cet égard qu’il y a plus de 20 ans, quand les Casques bleues ont déployé en RDC sous l’égide de la MONUC, le pays était en proie à des défis multiformes y compris la présence d’armées étrangères et de groupes armés qui menaçaient la stabilité et l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo’’, indique la mission.

 

‘’Les opérations conjointes décisives MONUC-FARDC contre ces groupes au Sud et Nord Kivu, dans l’ancienne province orientale, dans le Maniema ont grandement contribué à une dégradation significative de leurs opérations de terreur sur les populations civiles et d’instabilité des institutions dans ces territoires’’, fait-elle remarquer.

 

La Mission indique également qu’au côté de nombreux partenaires nationaux, régionaux et internationaux, elle a soutenu ‘’le processus de paix qui a permis de restaurer l’autorité de l’Etat sur 90% du territoire, et la tenue des élections présidentielles de 2006.’’

 

Que pourrait-il se passer maintenant ?

Patrick Muyaya, le porte-parole du gouvernement a signalé que le président de la République a ‘’demandé au Premier ministre de préparer rapidement une table ronde entre le gouvernement et la Monusco pour faire une sorte d’évaluation de ce qui a été fait, en particulier en ce qui concerne le plan de retrait, parce qu’il y avait un plan dont le point final serait le retrait des Casques bleus de la RDC.’’

 

Selon lui, il est de leur devoir de considérer ce que pense le peuple congolais et ‘’ensuite voir avec le personnel de la Monusco ce qui peut être fait pour s’assurer que nous atteignions le point de retrait de la force rapidement.’’

 

‘’Permettez-moi d’être clair sur ce point. Le plan que nous avons avec la Monusco est qu’elle doit se retirer avant la fin de 2024. Après cette réunion technique, nous pourrons voir s’il est possible de retirer la Monusco avant la fin de l’année 2024, mais cela dépendra de nos conversations. C’est le premier point’’, dit-il.

 

‘’Le deuxième point est que nous, en tant que gouvernement, nous travaillons quotidiennement à la réforme de notre armée et de nos services de sécurité. Nous y travaillons, mais nous ne pouvons pas avoir la Monusco toutes les années car nous l’avons eue ces 20 dernières années et le problème de l’insécurité demeure’’, conclut-il.

BBC

 

 

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