RDC: le ministre Willy Kitobo sommé de rendre des comptes face à la situation grave sur les mines de coltan et cassitérite de la Société minière de Bisunzu (SMB)

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Un député du Nord-Kivu interpelle le ministre des mines de RDC sur sa gestion de la zone de Masisi, où les sites de production de coltan et cassitérite sont la proie de troubles récurrents. Une mise en cause non dénuée d’arrière-pensée, au moment où l’alliance entre le président Félix Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila se délite.

Hubert Furuguta Mukasa, député de Goma pour l’Union pour la nation congolaise (UNC), a demandé par courrier le 3 novembre à Jeanine Mabunda, présidente de l’assemblée nationale de RDC, à être autorisé à « interpeller » le ministre des mines Willy Kitobo Samsoni lors d’une séance à venir. L’élu affirme que le ministre ne fait rien face à la situation grave sur les mines de coltan et cassitérite (dont sont extraits les « 3T » : étain, tantale et tungstène) de la Société minière de Bisunzu (SMB), exploitées à échelle artisanale dans le territoire de Masisi, dans le Nord-Kivu.

Griefs nombreux

Dans son texte, Hubert Mukasa fait état des violences perpétrées par la police nationale appelée en renfort par la SMB contre les artisans travaillant pour elle. Il dénombre 50 tués par balles entre 2018 et septembre 2020, alors qu’un décret du président Félix Tshisekedi interdit la présence de forces de l’ordre sur les mines . L’élu de Goma assure que les policiers se permettent d’aller au-delà des périmètres miniers pour chasser les habitants des villages tout proches. Enfin, il soupçonne la SMB d’enfreindre la loi quant aux conditions d’attribution et de gestion de ses titres, sans que le gouvernement de Kinshasa ne réagisse.

Contactée, la SMB n’a pas répondu à nos questions. Better Sourcing Program (BSP), système de traçabilité opéré par le cabinet britannique RCS Global et mis en œuvre sur les sites de la SMB, nous a assuré que la production ainsi que son évacuation s’y faisaient de manière responsable, dans le respect des règles. Il a aussi rappelé que la plupart des incidents sur place ont trait à l’extraction de tourmaline – qui est réalisée sur la concession de la SMB par des artisans miniers mais pas pour son compte – et non à celle de coltan et cassitérite, seuls minerais dont la production est contrôlée par le BSP.


Conflits ethniques

Les polémiques entourant l’exploitation minière à Masisi ne sont pas neuves, se faisant souvent à grand renfort de relais médiatiques et politiques. Il faut dire que le site est l’un des plus grands gisements africains de « 3T », minerais très convoités par les secteurs de la téléphonie et de l’électronique. De plus, le fondateur de la SMB, Edouard Hizi Mwangachuchu, est un sénateur local d’ethnie tutsie soutenant le parti de l’ex-président Joseph Kabila.

Dès l’origine, la mine a fait les frais des conflits armés et ethniques dans l’est de la RDC. Des rapports des Nations unies et d’ONG attestent de la prise de contrôle dans les années 2000 des sites de la SMB (alors appelée Mwangachuchu Hizi International) par des combattants du Conseil national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda, formation rebelle tutsie opposée au pouvoir de Kinshasa. Or, certains membres de la Cooperamma, autre entité opérant les sites miniers artisanaux à Masisi, auraient été liés à la milice Maï-Maï Nyatura, composée de Hutus.

Des tensions qui persistent : le 16 novembre, un agent de la SMB est mort lors d’une opération armée. Ces dernières années, SMB et Cooperamma se sont fréquemment accusées de violences sur les périmètres et d’évacuations clandestines de minerais, tant et si bien qu’en 2018, le ministre des mines d’alors, Martin Kabwelulu, avait dû intervenir pour calmer la situation . En juin dernier, la Cooperamma avait déposé plainte devant la cour d’appel du Nord-Kivu contre la SMB pour faux en écriture afin d’obtenir ses permis et pour détournement de policiers afin d’assurer la sécurité sur ses concessions. Contacté, Serge Mulumba, président de la Cooperamma, a affirmé que c’est « une très bonne chose que le ministre des mines […] s’explique […] au sujet des actions de la SMB », après avoir déclaré que cette dernière « a toujours utilisé la force et les menaces pour s’enrichir à travers une sorte de méthode criminelle ».


Consultations de sortie de crise

L’interpellation du ministre actuel par Hubert Furuguta Mukasa intervient alors que la coalition au pouvoir en RDC, entre Cap pour le changement (Cach) de Félix Tshisekedi et le Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila, s’effrite. Le chef de l’Etat a même entamé fin octobre des consultations de sortie de crise avec d’autres partis, leur donnant un espace potentiel pour s’exprimer et pousser leurs intérêts. Or, l’UNC, la formation dont est membre Hubert Mukasa, n’a plus été entendue depuis que son patron, Vital Kamerhe, a été incarcéré en avril puis condamné en juin à vingt ans de prison pour « blanchiment de capitaux, corruption et détournement de deniers publics », et par conséquent destitué de son poste de directeur de cabinet de Félix Tshisekedi. L’UNC s’est entretenu avec le chef de l’Etat le 11 novembre.

Africa Intelligence

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