L’administration américaine cherche depuis plusieurs semaines à obtenir un moyen de pression contre le gouvernement de la RDC , pour les contraindre à renoncer au deal avec Dan Gertler . Pour cela, Washington planche sur d’éventuelles sanctions. Selon Africa Intelligence , le département d’Etat a commencé à constituer des dossiers sur plusieurs personnalités clés au cœur de l’administration de Félix Tshisekedi – dont des conseillers du président – impliquées dans l’accord passé avec Dan Gertler.
Plusieurs proches conseillers du président congolais Félix Tshisekedi sont suspectés par les autorités américaines d’œuvrer pour le compte de Gertler, pour certains en lien étroit avec des figures de l’ancien pouvoir de Joseph Kabila.
Après Blinken égale avant Blinken
Félix Tshisekedi attendait d’Antony Blinken une condamnation claire du soutien apporté par le Rwanda aux rebelles du Mouvement du 23 mars (M23) dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Il ne l’aura pas obtenue. Le secrétaire d’Etat américain, qui a terminé, vendredi 12 août, sa tournée africaine à Kigali, a renvoyé dos à dos les autorités congolaises et rwandaises. Bunagana reste sous « occupation » des rebelles soutenus par le Rwanda selon le rapport « confidentiel » des experts de l’ONU. Blinken a même appelé la RDC à cesser tout soutien aux FDLR. Ce qui est synonyme d ‘échec de la diplomatie et des lobbyistes de la RDC à Washington.
Blocs 1&2 : Le deal Tshisekedi – Gertler au centre des accords RDC – USA
En outre, les Etats-Unis par le biais de son secrétaire d’Etat ont montré leur fermeté face au » plan Budimbu » concernant les forages pétroliers et gaziers dans les parcs et les tourbières. En tête-à-tête avec Tshisekedi, Blinken est revenu sur l’accord noué en février 2022 par l’Etat congolais avec Dan Gertler sur les blocs 1 et 2 qui sont également mis aux enchères. Lancé ce jeudi 28 juillet, après plusieurs reports, l’appel d’offres de la RDC proposant de nouveaux blocs a inclus les permis les plus convoités de la RDC, le 1 et le 2 situés dans la province de l’Ituri. Initialement, ces zones ne faisaient pas partie des plans de promotion du ministère des hydrocarbures.De 2010 à 2021, les permis 1 et 2 étaient opérés par les firmes Caprikat et Foxwhelp de l’homme d’affaires israélien Dan Gertler, proche de l’ancien président Joseph Kabila et visé par des sanctions américaines.Le deal Tshisekedi – Gertler est une source de tensions depuis plusieurs mois entre Washington et Kinshasa selon Africa Intelligence.
Négocié en toute opacité et sans que l’administration de Joe Biden en soit tenue informée, il prévoit la restitution des actifs miniers et pétroliers du magnat israélien en RDC, en échange de l’abandon des poursuites judiciaires lancées à son encontre par Kinshasa. Malgré de multiples demandes et de fortes pressions exercées sur la présidence congolaise, l’administration américaine n’a reçu que cinq mois plus tard une copie du texte, livrée par une délégation menée par André Wameso, directeur de cabinet adjoint du chef de l’Etat.
Le voyage secret de Dan Gertler, reçu par Félix Tshisekedi avant Antony Blinken
Selon Africa Intelligence , Moins de 24 heures avant l’arrivée en RDC du chef de la diplomatie américaine Antony Blinken, Dan Gertler s’est rendu à Kinshasa , le milliardaire israélien Dan Gertler s’est secrètement rendu lundi 8 août à Kinshasa où il s’est entretenu en fin de journée, pendant un peu moins d’une heure, avec le chef de l’Etat Félix Tshisekedi.
Les Américains, qui ont placé Dan Gertler sous sanctions de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) il y a cinq ans, s’inquiètent de certaines modalités du deal, passées sous silence par Kinshasa. Celles-ci concernent le remboursement par la RDC à l’homme d’affaires des sommes dues au titre des études menées sur ses différents actifs pour les valoriser. Pour les seuls permis pétroliers de la zone de Graben Albertine, dans la province de l’Ituri, ces montants s’élèvent à 131 millions d’euros – correspondant aux frais des études sismiques menées en 2011.Les Etats-Unis craignent que Dan Gertler soit le « parrain » du plan des forages pétroliers et gaziers qui a finalement poussé le ministre des hydrocarbures Didier Budimbu à déclencher la colère des écologistes.
Des conseillers du président Félix « ciblés »
A commencer par le chargé de mission du président, Taylor Lubanga, juriste suspecté d’avoir mis ses compétences au service des intérêts de l’homme d’affaires israélien.
André Wameso se retrouve également dans le viseur des autorités américaines, de même que son supérieur hiérarchique, le directeur de cabinet du président Guylain Nyembo, et la ministre de la justice, Rose Mutombo Kiese. Ces trois derniers avaient été chargés par Félix Tshisekedi de négocier l’accord signé en février en présence de son ambassadeur itinérant Patrick Luabeya, dont le rôle intrigue les fonctionnaires américains. Il en va de même pour Olivier Tshilumba Chekinah, pasteur et conseiller présidentiel bien introduit au sein des réseaux conservateurs israéliens.
Les démarches du département d’Etat sont encore à un stade préliminaire, conditionnées à l’évolution de la coopération de Kinshasa, sommé de se montrer plus transparent sur cet accord. Au spectre des sanctions s’ajoutent les mises en garde formulées ces derniers mois par Washington sur les éventuelles complicités dont pourrait bénéficier Dan Gertler pour contourner les sanctions américaines qui le visent.
Celles-ci sont d’ailleurs au cœur d’une enquête diligentée par le FBI (Federal Bureau of Investigation), qui s’intéresse au rôle qu’aurait joué la filiale congolaise de la banque camerounaise Afriland First Group.
Coco Kabwika avec Africa Intelligence et Le Monde