Mis en cause pour ses liens d’affaires avec l’ex-patron de la commission électorale, l’homme d’affaires Roger Abotome Bekabysia a fait du compagnonnage avec le mouvement de l’ex-président Joseph Kabila un véritable business model.
Electrisé par le rapport publié le mois dernier par The Sentry (une ONG cofondée par l’acteur américain George Clooney), qui détaille ses liens d’affaires avec l’ex-directeur de la Commission électorale, Corneille Nangaa Yobeluo, l’entrepreneur Roger Abotome Bekabysia tente de riposter. Mais s’il minimise son rôle auprès de Nangaa, il a néanmoins développé ses affaires en s’engageant auprès du mouvement politique de l’ex-président Joseph Kabila.
Cet entrisme s’est révélé payant en 2018, avec son élection comme député de la province du Haut-Uélé – dont est originaire Corneille Nangaa, et qui est dirigée depuis 2019 par le frère de celui-ci, le gouverneur Christophe Baseane Nangaa. Il a été élu sous l’étiquette Convention des Congolais unis (CCU), la formation de Lambert Mende, ancien ministre de la communication et proche de l’ex-président Joseph Kabila.
C’est d’ailleurs dans cette province que l’entrisme politique de Roger Abotome Bekabysia s’est fait le plus manifeste. D’après un document daté de février 2019, la CCU avait passé un accord destiné à soutenir la réélection du gouverneur sortant, Jean-Pierre Lola Kisanga. En échange, ce dernier s’engageait à régler les dettes de la province envers Doko Cleaning and Maintenance Services (DCMS), une société appartenant à Roger Abotome Bekabysia et spécialisée dans les services auprès de l’industrie minière.
En outre, l’équipe sortante « s’engageait à associer DCMS et les sociétés recommandées par l’alliance (CCU) dans la réalisation des grands travaux et investissements de la province ». Contacté par Africa Intelligence, Roger Abotome Bekabysia affirme que cet accord a été conclu, soulignant, à l’appui de ses dires, que « le document ne comporte pas sa signature ».
En lien d’affaires avec le financier de Kabila
Certains des associés de Roger Abotome Bekabysia ont, comme lui, cherché à devenir parlementaires. Si l’un de ses bras droits, Shabir Lusangi, a échoué à se faire élire comme sénateur dans la province de la Tshopo, ce n’est pas le cas de Jean Gambu Bakomito, qui a réussi sa campagne dans le Haut-Uélé.
Cet ex-cadre d’Uélé Motors Corporation, une société appartenant à Pacifique Kahasha, un entrepreneur considéré comme très proche de l’ex-directeur de cabinet Vital Kamerhe, est l’un des associés de Roger Abotome Bekabysia au sein de DCMS. Ce dernier affirme qu’il s’agit d’un homonyme avec une autre personnalité de la province. Problème : la date de naissance du sénateur coïncide avec celle déclarée par son « homonyme » dans les statuts de la société.
Jean Gambu Bakomito a connu une ascension politique fulgurante. Elu sénateur en 2019 sous les couleurs du Front commun pour le Congo (FCC, la formation de Joseph Kabila), il est devenu en novembre le président de la commission politique, administrative et juridique au Sénat, en lieu et place de François Muamba Tshishimbi, qui a pris la fonction de coordonnateur du Conseil présidentiel de veille stratégique.
En plus de ces personnalités, Roger Abotome Bekabysia a également été en lien d’affaires avec Emmanuel Adrupiako, au sein de la Société de maintenance et d’environnement (SME). Ce fidèle de Joseph Kabila, dont il a été le financier jusqu’aux derniers jours de sa présidence, est aussi l’un des membres fondateurs du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD, le parti historique de Joseph Kabila). Son nom apparaît à plusieurs reprises dans le Passeport gate, du nom de ce scandale sur les conditions du marché des passeports congolais confié à l’entreprise belge Semlex . Il est soupçonné d’avoir profité de ce contrat pour acheter des appartements luxueux à Montréal, au Canada. Des accusations que l’intéressé a fermement démenties.
Africa Intelligence