Dans la foulée de nos révélations « Congo Hold-up », une enquête judiciaire a été ouverte pour des soupçons de « corruption d’agents publics étrangers ». L’homme d’affaires Philippe de Moerloose a été perquisitionné – à son domicile et dans ses sociétés belges – ce mardi matin.

 

Visite impromptue ce mardi matin dans la superbe demeure du multimillionnaire belge Philippe de Moerloose, à Grez-Doiceau (Brabant wallon). Des officiers de l’Office central pour la répression de la corruption (OCRC), sur mandat d’un juge d’instruction de Nivelles, ont procédé à une perquisition dans le cadre d’un dossier fédéral ouvert pour « corruption privée d’agents publics étrangers ».

 

Le parquet fédéral a confirmé au Soir, au Standaard et à nos partenaires de l’European Investigative Collaborations (EIC), auteurs de l’enquête « Congo Hold-up », la tenue de six perquisitions ce mardi, concernant trois domiciles privés et trois sociétés. Tous situés dans le Brabant wallon, sauf une société installée à Bruxelles. « Ces perquisitions font suite aux informations publiées dans Congo Hold-up », précise le parquet fédéral.

 

Selon nos informations, cette descente de police vise directement un capitaine d’entreprise : Philippe de Moerloose. Le Soir, De Standaard et 22 autres médias partenaires (dont Mediapart et RFI) ont révélé l’hiver dernier dans le cadre de l’enquête Congo Hold-up comment le patron de SDA Holding et d’African Equities avait vendu à la République démocratique du Congo de l’ancien président Joseph Kabila des centaines de machines (tracteurs, remorques, moissonneuses…) en appliquant des marges « stratosphériques ». Ces prix de vente, multipliés jusqu’à sept entre celui de fabrication et celui accepté par la RD Congo, suscitent la curiosité de la justice belge. Les contrats entre les sociétés de De Moerloose et l’Etat se sont élevés à plus de 740 millions de dollars en une dizaine d’années, selon notre enquête. L’intéressé n’était pas joignable ce mardi.

 

En réponse à nos questions, Philippe de Moerloose, qui fait partie du top 100 des fortunes belges, avait démenti toute marge extraordinaire. « Ces marges bénéficiaires répondent aux standards du secteur et du marché (marge brute de l’ordre de 25 à 30 %) », réplique le Brabançon. Qui dément aussi toute proximité particulière avec l’ex-« Raïs » Kabila. Pourtant, Philippe de Moerloose négociait ces contrats en direct avec l’ancien chef de l’Etat congolais, selon des anciens associés que nous avons rencontrés. Cette proximité s’est encore traduite par la vente à la belle-mère de Joseph Kabila d’une superbe villa de sept chambres avec piscine, à Grez-Doiceau, à quelques pas du domicile de Philippe de Moerloose lui-même. Valeur estimée : 1,2 million d’euros.

 

 

Notre enquête Congo Hold-up a aussi révélé que le tout premier deal de la société Sud Oil – une société écran responsable à elle seule d’un détournement de fonds publics congolais de 92 millions de dollars – a été scellé avec Philippe de Moerloose. En 2013, le Belge avait vendu un grand garage de Kinshasa-Gombe, qu’il avait racheté deux ans plus tôt à sa propre entreprise. Et pour négocier cette vente à 12 millions de dollars, le Brabançon savait à qui s’adresser : il écrivait directement à Francis Selemani, frère adoptif de Joseph Kabila et patron en sous-marin de Sud Oil.

 

Hasard du calendrier, cette série de perquisitions fait suite à l’annonce de l’ouverture en France par le Parquet national financier d’une enquête préliminaire sur un autre volet de l’affaire Congo Hold-up. Elle vise de possibles infractions de « blanchiment aggravé de détournement de fonds publics ». Dès nos premières révélations de l’hiver 2021, le parquet de Kinshasa avait indiqué ouvrir une enquête. De Kinshasa à Bruxelles en passant par Paris, la justice commence à mettre le nez dans l’affaire Congo Hold-up.

 

 Le Soir

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