Au Katanga, quelque 200.000 creuseurs, venus de tout le pays, assurent 20 % de la production totale de cobalt. Ils font tout pour trouver des minéraux, parfois au péril de leur vie.

Les géants canadiens d’Ivanhoe, la plus grande mine de cobalt du Katanga, ont érigé un mur de 25 km le long de leur concession. Hérissé de tessons de bouteilles, il est destiné à dissuader les creuseurs qui, chaque nuit, tentent d’escalader les remblais. Il arrive que des gardes ouvrent le feu sur des silhouettes qui se fondent dans le brouillard. Au pied des terrils érigés par les Chinois de Comus (Compagnie minière de Musonoi) s’étendent des villages de tentes. Des familles fraîchement débarquées d’autres provinces campent sous des bâches. Les hommes creusent des puits, les enfants se glissent dans les galeries qui s’enfoncent dans le terril, les femmes tamisent les pierres dans un ruisseau grossi par les pluies violentes ou cuisinent sur des feux de bois. A Mutoshi, à côté de l’Institut technique construit naguère par l’Union minière et qui formait les meilleurs ingénieurs et techniciens du pays, un village s’étend sur la colline. Devant chaque maison de pisé un trou est recouvert d’une bâche orange qui le protège de la pluie. En cette fin d’après midi, des enfants chargés de sacs se hissent à la surface, échappés de tunnels creusés sous la colline. Tout le monde travaille, personne ne se plaint et, les bons jours, les enfants-creuseurs peuvent espérer gagner 20 dollars, une manne pour toute la famille. Le soir venu, les adultes qui sont tombés sur un bon filon se retrouvent à Jason Place, un café installé au croisement de la grand-route. Devant des bières servies par paire, ils écouteront une musique tonitruante pour fêter la chance qui leur a souri.

Au Katanga, quelque 200.000 creuseurs, venus de tout le pays, assurent 20 % de la production totale de cobalt et une société dépendant de la Gecamines, EGT (Entreprise générale de cobalt) essaie depuis cette année de s’assurer le monopole de cette production artisanale, avec l’ambition de proposer des prix justes et des transactions honnêtes. Mais la concurrence est rude, car les comptoirs d’achat gérés par les Chinois sont loin d’avoir disparu. Derrière quelques tôles installées dans la savane, ils accueillent les creuseurs avec des balances truquées et des instruments de mesure trafiqués, les Metorex. Ils approvisionnent les entreprises chinoises qui assurent 50 % de la production de cobalt congolais.

Moins de zones pour les creuseurs

Face au travail de fourmi des creuseurs artisanaux, face aux acheteurs chinois légaux ou clandestins, les sociétés minières tentent de préserver leurs prérogatives. Achetés à Kinshasa, parfois grâce à des dessous-de-table glissés à des fonctionnaires bien éloignés du terrain, les droits des multinationales sont exorbitants et d’année en année, les zones d’exploitation artisanale (ZEA) réservées aux creuseurs rétrécissent comme des peaux de chagrin.

C’est pour cela qu’à Kov, une colline exploitée par Mutanga Mining le drame a éclaté. Dans cette mine à ciel ouvert, exploitée par la Kamoto Copper Company, (KCC) qui appartient pour 75 % à Glencore, deux tunnels se sont effondrés. Si le bilan officiel est de 41 morts, on ignorera toujours le nombre réel des victimes, qui oscille entre 80 et 300. Un agent de sécurité, anonyme, explique au Tribunal sur le Congo que chaque nuit, entre 1.000 et 3.000 creuseurs clandestins se glissent sur le site après avoir soudoyé les gardiens. Ils creusent des galeries, poussent en avant des enfants de huit ans et le matin, ils émergent avec des sacs de « matière » qu’ils iront vendre aux intermédiaires chinois.

Le visage dissimulé sous un masque, un creuseur rescapé assure que l’accident n’était pas fortuit : « La société, qui n’ignorait pas que des creuseurs se trouvaient sur le site, a utilisé des explosifs pour pulvériser les pierres et c’est ainsi que les galeries se sont effondrées. » Les creuseurs étant illégaux, la société a nié toute responsabilité dans l’accident.

Cependant, très lentement, les grandes sociétés minières évoluent : à Mutoshi, Chemaf, une entreprise basée à Dubai, a concédé à 5.000 mineurs artisanaux le droit de travailler sur son site. Pour éviter les accidents, les engins de la société assurent la « découverture », enlevant les couches supérieures de la colline afin que les creuseurs puissent accéder sans risque au gisement proprement dit. Secouée par le drame de Kov et la publicité négative qu’il entraîne, Glencore, qui a rejoint la « Fair Cobalt Alliance » (Alliance éthique pour le cobalt) songe désormais à intégrer sur ses sites des creuseurs, reconnaissant que, sur la terre de leurs ancêtres, eux aussi ont besoin d’espace pour vivre.

Le Soir

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