Kinshasa cherche à reprendre les consultations avec les groupes armés dans l’est de la RDC, dont a été exclu le M23. Très impliqué dans cette médiation, le Kenyan Uhuru Kenyatta doit faire le déplacement dans les prochains jours à Goma.
Uhuru Kenyatta doit se rendre d’ici à la fin du mois d’octobre à Goma, le chef-lieu de la province du Nord-Kivu, pour participer aux discussions avec les groupes armés. Aucune date n’a encore été fixée. L’ancien chef de l’Etat kenyan entend poursuivre sa mission de bons offices auprès de la présidence de Félix Tshisekedi pour la résolution de la crise sécuritaire dans l’est de la RDC.
Il avait lancé cette médiation à la fin de son mandat en accueillant en avril à Nairobi les pourparlers entre les autorités congolaises et des représentants de plusieurs groupes armés, à l’exception du M23. Connue sous le nom de « processus de Nairobi », cette initiative s’est doublée peu après de la mise sur pied d’une force régionale sous l’égide de l’East African Community (EAC), destinée à éradiquer les groupes refusant de s’associer aux discussions avec Kinshasa. Même si des militaires kenyans ont été aperçus ces dernières semaines à Goma, cette force demeure embryonnaire et loin d’être opérationnelle.
La présidentielle kenyane, qui s’est soldée en août par la victoire sur le fil de William Ruto, avait mis en sommeil ce processus de Nairobi. Soucieux de le relancer, Félix Tshisekedi a dépêché mi-octobre à Nairobi son représentant sur ce dossier, Serge Tshibangu, qui s’est entretenu avec Ruto et Kenyatta. Ils sont convenus de la nécessité de dresser une feuille de route de cette médiation pour les trois prochains mois. C’est au cours de ces échanges que s’est dessiné le projet de déplacement de Kenyatta à Goma.
Relation complexe avec Ruto
S’il est disposé à poursuivre l’œuvre de son prédécesseur, William Ruto se montre en revanche plus prudent sur le volet de la force régionale de l’EAC, et tout particulièrement de son financement. Un fonds spécial a été créé à cet effet, mais les sommes réunies jusqu’à présent demeurent faibles – quelques millions de dollars de la part de l’Angola, du Kenya et du Sénégal. Pour trouver de nouveaux contributeurs, Ruto réfléchit à légitimer l’intervention militaire en obtenant, au nom de l’EAC, un mandat de l’Union africaine (UA) et du conseil de sécurité des Nations unies. Nairobi pense en particulier à un fonds de l’UA consacré aux opérations militaires, l’African Union Peace Fund, qui est abondé à plus de 200 millions de dollars.
La marge de manœuvre de Kenyatta risque d’être limitée. Notoirement proche de Tshisekedi, il entretient une relation complexe avec Ruto. Ce dernier est un ami proche du président ougandais Yoweri Museveni, qui lui a apporté un soutien lors de sa dernière campagne. Cette proximité risque d’influencer sa diplomatie dans la région des Grands lacs, où Museveni est soucieux de maintenir son influence politique et militaire, de même que ses réseaux commerciaux, en particulier au Nord-Kivu et en Ituri.
Africa Intelligence