Le régime de l’ancien président congolais Joseph Kabila avait pris pour habitude de camoufler l’importation d’équipements militaires sous l’appellation de « produits agricoles », pour des montants qui atteignaient plusieurs dizaines de millions de dollars.

Selon le dernier rapport du groupe d’experts des Nations unies sur la RDC, qui a été communiqué le 10 juin au Conseil de sécurité, le régime de l’ex-président Joseph Kabila s’est livré pendant plusieurs années à un jeu de passe-passe destiné à dissimuler l’acquisition de matériel militaire. L’astuce consistait à présenter les livraisons d’équipements comme des achats de « produits agricoles ».

Cette désignation apparaît dans une série de documents bancaires consultés par les experts onusiens. Selon ces derniers, les montants en jeu atteignent plusieurs dizaines de millions de dollars. Ainsi, entre 2012 et 2015, la Banque centrale du Congo (BCC) a versé un peu plus de 29 millions de dollars à la société Netwest Finance pour l’acquisition « d’équipements agricoles ». Il s’agissait en réalité d’équipements militaires à destination du ministère congolais de la défense.

Cette société, installée au Belize et dirigée par le Serbe Aleksandar Vasic, n’est pas la seule à être impliquée dans le stratagème. On retrouve également Mosston Engineering. Enregistrée aux Seychelles, elle est la propriété de Davit Galstyan, un homme d’affaires arménien poursuivi dans son pays pour des détournements de fonds et la fourniture de munitions de mauvaise qualité. En 2014, sa société a perçu de la BCC 2,7 millions de dollars pour la livraison d’équipements agricoles, alors qu’il s’agissait en réalité de roquettes de type S-8KOM.

Un moyen de contourner la frilosité des banques

 Selon les experts onusiens, cette astuce a été imaginée par le général François Olenga, ex-chef de la Maison militaire entre 2014 et 2018, et sous sanctions des Etats-Unis depuis 2017. La pratique, qui s’est poursuivie jusqu’en 2019, pourrait intriguer à première vue.

Contrairement à une idée tenace, les Forces armées de la RDC (FARDC) ne sont pas soumises à un strict embargo des Nations unies, et peuvent donc s’approvisionner librement en matériel de guerre. La seule obligation consiste à ce que le fournisseur notifie la livraison auprès du comité des sanctions. Pour les autorités congolaises, le stratagème présentait l’avantage de contourner la frilosité des banques commerciales, certaines étant soucieuses de ne pas être associées à des transactions liées à l’acquisition de matériel militaire.

Rien n’indique pour le moment que le système ait perduré après l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi. Les experts onusiens notent toutefois que certains fournisseurs continuent d’omettre de notifier leurs livraisons d’équipements militaires au comité des sanctions. C’est le cas du brésilien Condor Non-Lethal Technologies (CONDOR), qui a passé un contrat en 2021 de 3 millions de dollars avec les autorités congolaises. On retrouve également la société congolaise Osiris, créée courant 2021 par le Bulgare Dimitrov Aleksandar Lyubomirov, qui a importé du matériel non létal livré aux forces de défense et de sécurité.

Africa Intelligence

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