A Toute chose malheur est bon, dit-on. Cette maxime tombe à point nommé en République Démocratique du Congo en ce moment de grande épreuve. Alors qu’on ne devrait nullement se réjouir d’un tel drame qui sème pleurs et désolations, que l’on devrait s’inquiéter de la banalisation des statistiques morbides qui cachent devant l’abstraction des chiffres des vies qui s’arrêtent, la disparition des proches , parents, conjoints , amis, la perte des talents et des génies, cette pandémie de coronavirus a eu le mérite de nous rappeler tout cru « les bonnes vérités » que nous faisions sembler , dans notre inconscience collective, d’éluder. Corona virus nous place tel un miroir devant nos propres évidences, notre triste nudité d’un pays « colosse au pied d’argile » et il nous revient en toute humilité de tirer les conséquences de notre inconséquence depuis plus de 60 ans !
A défaut d’être exhaustif, nous avons retenu quelques 7 leçons que nous avons jugé prioritaires :
- De la nécessité d’améliorer le pouvoir d’achat des congolais !
Alors que le confinement général semble être la solution la plus efficace pour rompre la chaine de contagion, le gouvernement de la république semble hésiter à lever cette option, conscient bien évidement de la vulnérabilité et de la précarité du congolais lambda. Le dilemme parait digne de sciences fictions : « se confiner pour vaincre la pandémie et mourir de faim ». Sans doute que l’instinct de survie mènerait d’aucuns à violer les consignes de sécurité et le confinement dans ce cadre-là ne servirait à pas grand-chose. Il est d’une nécessité impérieuse que les décideurs réfléchissent à notre modèle la croissance. L’amélioration du pouvoir d’achat est également un levier de la croissance parce qu’il permet de tirer la productivité. Et le plan national stratégique pour le développement (PNSD) l’avait bien compris en inscrivant à l’horizon 2035 le relèvement du revenu national par habitant à 2000 USD dollars par habitant[1].
- De la nécessité d’inscrire la relance agricole comme priorité des priorités !
Economie extravertie et important presque tout, la république démocratique du Congo subit à ce jour les conséquences du ralentissement de l’économie mondiale. Et bien plus encore, notre système d’approvisionnement alimentaire reposant essentiellement sur l’important est à ce jour menacé parce que nous dépendons de tout sauf de nous-mêmes. Et pourtant ! Et pourtant, le pays dispose de plus de 75 millions d’hectares susceptibles de contribuer au développement agricole [2]! Qu’à ce jour à peine quelques 8 millions d’hectares, c’est-à-dire moins de 10 pour cent sont en exploitation alors que l’agriculture occupe plus de 50 pour cent de la population mais ne contribue qu’à au moins 30 pourcent du PIB. L’objectif prioritaire devrait être l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire de la population et la substitution des importations par la relance des filières riz, maïs. Ce qui aurait entre autres mérites également d’arrêter avec l’exportation des devises et d’équilibrer notre balance de paiement.
- De la nécessité de revisiter totalement notre système sanitaire !
Plateaux techniques défaillants, infrastructures insignifiantes, médecins mal payés. Tel est tableau alarmant de notre système de santé sur lequel nous nous appuyons tous pour combattre la pandémie. Et parmi ses médecins que nous voulons dévoués pour garantir notre santé collective, près de 8 milles jeunes médecins qui prestent sont non bénéficiaires des primes gouvernementaux ! De la recherche, je ne dirai rien parce qu’il n’ Ya rien à dire.
- De la nécessité d’améliorer la gouvernance !
1, 8 millions de dollars américains. Ce montant résume tout. Comment peut-on espérer la prise en charge des contaminés, la communication multisectorielle et vectorielle, l’équipement des infrastructures avec cet enveloppe ! Une gestion plus saine des finances publiques, plus orthodoxes des faibles moyens de l’Etat et un rééquilibrage des dépenses publiques, trop portées vers les dépenses institutionnelles nous auraient épargné cette triste situation. Et s’il faut ajouter à cela l’épineuse question de la qualité des ressources humaines, le choix judicieux des animateurs qui devraient privilégier les mérites et les compétences plutôt que le clientélisme et le militantisme qui nous a montré toutes ses limites, la question de « l’alternance de gouvernance » est la clé de voute du développement et le vrai chantier que nos décideurs devraient prendre à bras le corps.
- De la nécessité du E-gouverment !
A gouvernement paralysé, pays paralysé. La pandémie du coronavirus ne va pas seulement confiner le peuple mais également le gouvernement. La distanciation sociale et le rassemblement à moins de 20 s’en prend à notre appareil étatique totalement dépourvu des projections technologiques (vidéo conférences, e-gouvernement). Dans un monde où l’économie se dématérialise et que tout se numérise, le pays est demeuré à la traine, ayant raté le train du postmodernisme. Nous avons conservé la vieille méthode de la paperasse coloniale. Les services publics, fiscaux, éducatifs sont donc contraints de migrer à pas de charge !
- De la nécessité de réguler internet !
Infox, intox et désinformation font les lots des quotidiens des internautes, territoires sans loi ni droit où chacun impose sa vérité, récusant l’ordre et la sécurité publique. Les pouvoirs publics congolais sont abonnés absents. Personne ne semble se préoccuper de cette bombe à retardement où vols d’identités, cybercrimes, injures, atteintes à l’honneur et autres délits font bon ménage. Il est plus que le temps que le Ministre des Pt NTIC, s’appuyant sur les travaux préparatoires de quelques congolais, notamment Me KODJO ndukute, de nous aider à réguler ce nouvel espace démocratique.
- De la nécessité de renforcer l’intégration africaine !
Enfin, cette pandémie nous a rappelé que le monde était désormais un petit village sans frontières, que les solutions aux grands enjeux tels que celle-ci dépasser les limites étroites de la souveraineté des nations et que les grands ensembles favorisaient une solidarité agissante, et mutualiser les ressources. Il nous faut donc plus d’intégration africaine. Puisse le président Félix TSHISEKEDI TSHILOMBO, qui prendra prochainement les rennes de l’union africaine, s’impliquer à cette fin. En réussissant déjà pour le Congo le défi de la Zone de libre-échange Continentale.
Christian NDOMBO MOLEKA
Politologue prospectiviste et coordonnateur national de la DYPOL, la dynamique des politologues de la R D Congo.
[1] Document cadre pour l’élaboration du plan national stratégique pour le développement de la République démocratique du Congo.
[2] Document cadre pour l’élaboration du plan national stratégique pour le développement.