« Le cobalt détruit la ville de Kolwezi car les galeries minières s’étendent jusque sous les maisons »

C’est le Graal, la solution ! Bannir le nucléaire, assécher les moteurs à essence, chasser le puant diesel et… passer aux moteurs électriques pour atteindre enfin la neutralité carbone qui sauvera la planète. Le reportage saisissant de Quentin Noirfalisse et Arnaud Zajtman sur la RTBF (1) jette un fameux bémol sur ces ambitions : du Katanga jusqu’en Finlande, où se trouvent les principaux gisements de cobalt de la planète, ils montrent l’envers du décor.

C’est au Congo que le scandale est le plus manifeste. Voici vingt ans, on filmait les mines du Kivu d’où les enfants extrayaient le coltan qui alimente nos portables. Aujourd’hui, après le cuivre, l’uranium et autres métaux précieux, c’est le cobalt qui détruit la ville de Kolwezi car les galeries minières s’étendent jusque sous les maisons : les remblais, hauts comme des montagnes, masquent le paysage. Et surtout, les rejets des mines géantes, appartenant aux entreprises chinoises, au suisse Glencore, au kazakh ENRC, empoisonnent les nappes phréatiques et rendent l’agriculture impossible. Les cours d’eau qui se jettent dans le fleuve Congo, artère majeure pour tous les pays riverains, sont eux aussi contaminés.

Sur papier, on savait tout cela : le fait que la consommation actuelle de cobalt est de 140.000 tonnes, que la généralisation de la voiture électrique va faire passer la demande de cobalt à 250.000 tonnes d’ici cinq ans, que le minerai bleuté sera le sésame de nos villes propres et dépolluées.

Mais ce qu’on n’imaginait pas, c’est le prix que la population congolaise allait payer une fois encore pour faire advenir le miracle. Car le documentaire de la RTBF démontre que c’est au Congo que les teneurs en cobalt sont les plus élevées au monde (le scandale géologique, une fois de plus…) et qu’une grande part de la production repose sur les artisans creuseurs, ces hommes et ces femmes qui creusent les galeries, tamisent les résidus, ramassent des cailloux, qu’ils évaluent à mains nues et revendent à des commerçants chinois et autres qui truquent les balances évaluant le poids et, surtout, la teneur.

Les auteurs du reportage ne se sont pas contentés de filmer au ras du sol des gens qui coltinent des sacs de vingt kilos d’un minerai brut qui sera raffiné en Chine. Ils ont aussi remonté la filière, celle qui mène à Dan Gertler, le milliardaire israélo-américain aujourd’hui vilipendé, à la société suisse qui loue les meilleurs avocats du monde, et ils révèlent, excusez du peu, que l’Etat congolais aurait déjà perdu un milliard de dollars dans des négociations inégales, mais qui n’ont pas été perdues pour tout le monde.

Le reportage, très complet, laisse aussi entrevoir quelques lueurs : la détermination de l’Union européenne qui veut produire des batteries propres et s’imposer sur le marché mondial, le combat des Finlandais qui se battent pour leurs eaux pures et poissonneuses, le plaidoyer des scientifiques congolais qui évaluent les dommages causés par la pollution et espèrent bien, un jour, être entendus.

Colette Braeckman /le Soir

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