L’ombre de la Maison-Blanche pèse sur le procès Kamerhe en RDC

Le procès de Vital Kamerhe, le directeur de cabinet du Président de la RDC Felix Tshisekedi, a repris ce mercredi, après l’assassinat récent du président du Tribunal. Le climat est de plus en plus lourd sur cette affaire, alors que les États-Unis ont accru la pression sur le Président Tshisekedi pour qu’il « nettoie » le pays de la corruption.

Empoissonnement, corruption, procès spectacle, menaces de morts, des dollars comme s’il en pleuvait… Tous les ingrédients d’un polar sulfureux sont réunis. Sauf qu’ici, la réalité rejoint la fiction et enflamme la République démocratique du Congo, un des pays les plus pauvres du monde.

La troisième audience du procès de Vital Kamerhe, le directeur de cabinet du Président Félix Tshisekedi, accusé de détournements de fonds, a repris ce mercredi, en plein air, dans l’enceinte de la prison de Makala à Kinshasa. Plusieurs auditions de témoins étaient prévues lors de ce procès retransmis à la télévision national.

L’atmosphère est lourde. Le juge Raphaël Yanyi, président du tribunal du procès dit des « 100 jours », est mort d’un arrêt cardiaque dans la nuit du 27 mai. L’autopsie des médecins légistes conclut à une mort non naturelle, « vraisemblablement par empoisonnement ». Une expertise internationale est requise pour identifier le poison.

Un juge assassiné

Le juge Yanyi avait suspendu les audiences jusqu’au 3 juin pour délibérer sur la demande de libération conditionnelle de Vital Kamerhe. Le procès a repris son cours. Raphaël Yanyi a été remplacé. Vital Kamerhe est toujours en prison.

Les rumeurs sur les commanditaires de cet assassinat prolifèrent sur les réseaux sociaux. Les uns s’interrogent sur la responsabilité de Vital Kamerhe. Son parti, l’Union nationale pour le Congo, a démenti cette thèse dans un communiqué. Les autres désignent les nombreux ennemis de Vital Kamerhe, soucieux de se débarrasser d’un juge « trop favorable à l’accusé ».

La famille dénonce les conditions d’emprisonnement. « Vital Kamerhe va très mal, il a maigri de 8 kilos, il est enfermé avec des prisonniers atteints du Covid-19 », dit un de ses proches. Sa femme, Amida Shatur, est sous surveillance policière. « Sa famille reçoit des menaces de mort, ils ont peur, ils n’osent plus bouger. »

Arrêté le 8 avril dernier, Vital Kamerhe est accusé d’avoir détourné plus de 50 millions de dollars dans le cadre des travaux des « 100 jours » décidés par le Président Tshisekedi après son investiture en 2019. Deux accusés sont à ses côtés, dont l’homme d’affaires libanais Samih Jamal, patron de deux sociétés qui devaient livrer 4.500 maisons préfabriquées à Kinshasa.

L’ombre de Washington

Selon plusieurs sources, ce procès serait une opération « main propre » décidée par le Président Tshisekedi sous pression de la Maison-Blanche.

Ces dernières années, les États-Unis ont accru leur influence sur la RDC, le pays le plus riche du monde en minerais vitaux pour les nouvelles technologies (or, cobalt, étain, coltan, tungstène).

Après l’élection de Félix Tshisekedi, Washington a libéré 600 millions de dollars pour consolider la transition politique. En avril dernier, le FMI a débloqué 363 millions pour soutenir la lutte contre le coronavirus. Fin mai, la Banque mondiale versait à la RDC 445 millions de dollars pour la stabilisation du pays. Impossible pour la vieille Europe, et la Belgique, de rivaliser.

Washington a également renforcé sa présence militaire en Zambie, à la frontière de la RDC (sud-est).

En échange de cette aide massive, Félix Tshisekedi a été sommé de mettre de l’ordre dans les affaires de la RDC, un pays où la corruption est tentaculaire. Les États-Unis réclament aussi la tête d’Albert Yuma, le président de la puissante Gécamines, qui symbolise pour eux la corruption sous l’ancien régime du Président Joseph Kabila. « L’objectif est d’écarter Kamerhe du pouvoir pour rassurer Washington. Ensuite, cela pourrait être au tour d’Albert Yuma », dit une source.

Lecho.be

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