Selon Le Figaro, la France n’apprécie pas que les États-Unis soient ouverts à la négociation avec les nouvelles autorités du Niger, ce qui laisse Paris se sentir abandonné par ses alliés sur cette question. Les responsables français sont particulièrement agacés par la visite de Victoria Nuland, numéro trois de la diplomatie américaine, au Niger.

De plus, la France et les États-Unis ne sont pas d’accord sur une éventuelle intervention militaire sous l’égide de la CEDEAO. Alors que la France soutient cette option, les États-Unis ont initialement fermé la porte à une solution militaire. Cette situation est considérée comme un revers pour la diplomatie française.

C’était le coup de trop. Pour Emmanuel Macron, la crédibilité de la France, notamment en termes de discours sur la démocratie, était en jeu. Pour les Américains, même s’ils sont aussi préoccupés par un retour rapide à l’ordre constitutionnel, la priorité, c’est la stabilité de la région », explique ainsi un diplomate français au Figaro.

Le 10 août, les États-Unis ont exprimé leur soutien total à la décision de la CEDEAO d’intervenir militairement au Niger. Selon un journal français, l’enjeu principal pour les Américains dans ce pays est de protéger leurs bases militaires à Niamey et Agadez, où environ 1 300 soldats américains sont déployés. Ces bases sont d’une grande importance stratégique pour les États-Unis dans la région du Sahel et du Sahara, notamment l’aérodrome d’Agadez qui permet le lancement de drones américains et le déploiement de leur réseau de surveillance jusqu’en Libye.

« L’objectif des Américains est simple: conserver leurs bases. Si pour cela il faut tirer un trait sur le retour à la légalité constitutionnelle, ils n’hésiteront pas », affirme ainsi un diplomate français au Figaro.

Selon Michael Shurkin, chercheur associé à l’Atlantic Council, l’abandon de la France en tant qu’allié constitue une rupture dans la politique étrangère américaine qui avait toujours placé sa relation avec Paris avant ses intérêts au Sahel. Cependant, il semble que la France soit actuellement considérée comme un partenaire peu fiable en Afrique de l’Ouest.

« La France est devenue radioactive, sa position est intenable. Dans ce contexte, les États-Unis savent ce qu’ils peuvent sauver, ils savent qu’ils ont tout à perdre à trop s’aligner sur les Français », analyse ainsi le spécialiste des stratégies de défense.

Les autres alliés traditionnels de Paris sont aussi bien discrets sur le dossier nigérien. Ni l’Allemagne, ni l’Italie, ni la Belgique n’ont pour l’heure remis en cause les exigences des nouvelles autorités. Berlin a en particulier besoin du Niger pour organiser son propre retrait du Mali, alors que Rome veut éviter une nouvelle crise migratoire, souligne Le Figaro.

RGL