crash antonov72

Le rôle de l’ancien conseiller et ami personnel de Joseph Kabila, Charles Bujiriri Deschryver dans la location de l’avion toujours pas déterminé

L’enquête sur le crash du 10 octobre 2019 devrait notamment viser à éclaircir les zones d’ombre entourant le propriétaire de l’Antonov 72 affrété par la présidence. Sorti d’usine en 1987, l’appareil a changé d’immatriculation à plusieurs reprises, opérant respectivement en Afghanistan, en Ukraine et aux Emirats arabes unis avant de rejoindre la RDC.

Le commandant de bord de l’Antonov, Vitaly Shumkov, avait été arrêté en Thaïlande en 2010, soupçonné de transporter plus de 30 tonnes d’armes nord-coréennes sous embargo. Quant au co-pilote, Vladimir Sadovnichy, il avait été condamné en 2011 au Tadjikistan pour « trafic » après avoir traversé sans autorisation la frontière depuis l’Afghanistan aux commandes d’un Antonov 72 pour le compte d’une société enregistrée dans les îles Vierges britanniques.


Le bras de fer entre l’assistant logistique du président congolais, Jean-Paul Mulamba Mutekemena, et le directeur de cabinet Vital Kamerhe


L’organisation des voyages présidentiels a opposé l’ancien logisticien de Kabila, Charles Bujiriri Deschryver, à l’assistant en titre de Félix Tshisekedi, Jean-Paul Mulamba Mutekemena.

Commencée le 15 octobre, l’enquête sur le crash de l’Antonov 72 qui transportait plusieurs gardes du corps du président congolais envoyés préparer la visite de Félix Tshisekedi dans l’est du pays sera particulièrement longue et difficile. D’autant plus qu’elle devrait se dérouler sur fond de bras de fer entre l’assistant logistique du président congolais, Jean-Paul Mulamba Mutekemena, et un ancien conseiller de Joseph Kabila, Charles Bujiriri Deschryver. Incontournable chef de la logistique aérienne durant plus de dix années, le très discret conseiller était notamment responsable de l’ensemble des déplacements de Joseph Kabila. Si son rôle, dans la location de l’Antonov 72 qui s’est crashé le 10 octobre, n’est pour le moment pas établi, Charles Bujiriri Deschryver a néanmoins été sollicité plus d’une dizaine de fois par le directeur de cabinet du président congolais, Vital Kamerhe, pour affréter plusieurs aéronefs avec équipage pour le compte de la présidence depuis février 2019.

Fils d’un photographe belge installé à Bukavu, dans le Sud-Kivu, depuis les années 50, Charles Bujiriri Deschryver est un ami intime de Joseph Kabila, qu’il a connu lorsque ce dernier n’était encore que chef d’état-major de l’armée de terre. C’est au milieu des années 2000 qu’il a rencontré Vital Kamerhe, alors que l’actuel directeur du cabinet présidentiel était le président de l’Assemblée nationale. Surnommé « Charlie Delta » pour son réseau tissé dans l’aérien congolais sous l’ère Kabila, son nom était déjà apparu après le crash à Nsele (Ouest), le 30 septembre 2017, d’un Antonov 12 loué avec un équipage russe par la présidence pour le compte de l’armée congolaise.

Le rôle joué par « Charlie Delta » auprès du directeur de cabinet est un sujet de vives tensions alors que la charge des vols présidentiels est théoriquement dévolue à l’assistant logistique du président, Jean-Paul Mulamba Mutekemena.

Depuis mars, les incidents entre Vital Kamerhe et l’assistant logistique se sont multipliés. En mai, Jean-Paul Mulamba Mutekemena avait même tenté un coup de force en nommant un « directeur des opérations de l’aviation présidentielle » sans l’accord préalable de Vital Kamerhe. Une manœuvre qui avait suscité l’ire de ce dernier. Cet été, le directeur de cabinet avait même tenté de mettre à pied l’assistant logistique alors qu’il avait réquisitionné un hélicoptère militaire pour le compte de la présidence sans le lui notifier.


La Lettre du Continent 

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